‹ Comédiens et amateurs; le théatre et ses dessous. Préf. de Frédéric PelletierChapitre 3 sur 29 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

nous en est tant venu, que nous admirons au théâtre et que nous méprisons partout ailleurs.

A partir du XIXe chapitre, M. Lassalle raconte son expérience personnelle dune tournée en Asie. Cest, selon l'expression consacrée, du roman vécu, d'une lecture attachante, où la note gaie se mêle à l'aventure tragique.

Je ne sais si cette analyse de Comédiens et Amateurs rend bien justice à l'œuvre, mais je serai heureux si j'ai contribué, fût-ce pour une minime part, à la faire aimer d'avance. Ce serait pour moi une joie sans mélange que d'avoir rendu un service à l'auteur, à qui me lie une amitié qui remonte au jour où, le Conservatoire faisant du théâtre en amateur, j'eus l'honneur de collaborer avec lui à mettre à la scène un drame dont il m'avait, sans me connaître, confié i illustration musicale.

Fréd. Pelletier.

Montréal, 14 octobre igig

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jivant-propùs

Depuis longtemps on me demande des conseils et des renseignements sur la carrière théâtrale, et de multiples questions me sont très souvent posées à ce sujet. C'est pourquoi j'ai cru bien faire en publiant ce modeste opuscule, que j'ai essayé de rendre le plus intéressant possible. Il sera, je crois, utile à ceux et à celles qui voudront bien avoir confiance en l'expérience que j'ai acquise pendant plus de quarante ans.

Ce manuel, écrit à bâtons rompus et dans un style bien simple, contient aussi quelques récits et appréciations qui pourront avoir, à beaucoup de points de vue, une heureuse influence.

C'est ce que je désire et c'est ma seule prétention.

Sainte-Marguerite, du Lac Masson juin, juillet, août 1919.

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Le théâtre et son utilité

Le théâtre est d'une utilité incontestable s'il reste éducateur et moralisateur. Voltaire a écrit : « Le théâtre instruit mieux que ne fait un gros livre » ; cela s'explique et peut se comprendre.

Les livres scientifiques, les livres d'histoire, les manuels éducationnels, les ouvrages littéraires, psychologiques, philosophiques, les études de mœurs ou de caractères sont de toute nécessité à l'instruction, au développement, au progrès de tous les pays et on n'en saura jamais trop écrire; mais la plupart de ces livres ne sont pas lus autant qu'ils le méritent. On constate chaque jour, avec regret, que les ouvrages d'une haute valeur et d'un besoin indiscutable n'obtiennent qu'un maigre succès de librairie. Cela tient à ce qu'on ne lit pas assez les livres sérieux, dans lesquels on trouverait pourtant à compléter les connaissances acquises pendant les cours classiques et supérieurs ou dans différentes maisons d'éducation.

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Une fois sorti des écoles on croit généralement en savoir assez; les romans et les journaux illustrés deviennent alors le seul passe-temps d'un trop grand nombre de liseurs.

Les journaux illustrés ont dû faire germer l'idée du cinématographe, comme la légende, l'histoire et le roman ont sans doute motivé les représentations théâtrales.

On a cru bien faire, et on a réussi, en présentant aux yeux des spectateurs, des vues animées de tableaux religieux ou profanes, de scènes historiques du présent et du passé.

Le public éprouve un indicible plaisir à voir se mouvoir sur l'écran les manifestations publiques, les processions, les cortèges, les faits divers, les événements récents au milieu desquels il reconnaît les personnages célèbres qu'il a vus et apprend à connaître ceux dont on lui a parlé si souvent et qu'il n'aurait probablement jamais pu voir vivants.

Il est vrai qu'au cinématographe les acteurs sont muets, mais c'est du théâtre quand même, et je dois dire qu'on devrait tirer de ce genre de spectacle un plus grand parti au point de vue instructif pour le présent et surtout pour l'avenir.

Depuis bien longtemps les légendes, l'histoire et les romans ont été mis en action.

La lecture d'un bon roman peut assurément être agréable, utile et même profitable, mais il faut lui consacrer beaucoup de temps et je ne crois pas que son influence soit aussi forte sur celui qui le lit que sur celui qui voit représenter la pièce dont elle est tirée.

Sur le théâtre, les personnages vivent, parlent, expriment leurs sentiments en trois ou quatre heures de spectacle; l'intrigue, les caractères, le côté moral de ce roman resteront plus profondément gravés dans la mémoire du spectateur parce qu'il aura été vécu sur la scène.

Les tragédies d'Eschyle, de Sophocle, de Shakespeare, de Racine et de Corneille, les comédies de Molière, les romans et les drames de Victor Hugo, les œuvres de Rostand, et de tant d'autres, ne seraient pas passés à la postérité si on s'était contenté de les lire; la puissance irrésistible du théâtre leur a donné l'immortalité.

Les romans d'Alexandre Dumas ont presque tous été miis à la scène et n'ont pas peu contribué à apprendre une partie de l'histoire de France, parfois fantaisiste, il est vrai, mais utile cependant

à ceux qui pouvaient ne la savoir que peu ou pas du tout.

Le théâtre prouve son utilité en se répandant dans tous les pays du globe sous quelque forme que ce soit. Il semblerait qu'il fût un besoin de l'humanité.

Juvénal, dans la Satire X, nous dit que les Romains en étaient arrivés à ne demander que du pain et des spectacles gratuits.

La naissance du théâtre se perd dans la nuit des temps; il faudrait assurément de nombreux volumes pour en écrire l'histoire, si on la suivait de siècle en siècle et de pays en pays. Je m.e bornerai à ne citer rapidement que quelques époques où son utilité s'est vraiment fait sentir et où son action a pu être bienfaisante, surtout en France.

Les historiens nous enseignent que le théâtre se développe dès les premiers siècles de l'Ere Chrétienne. Au commencement du Moyen Age on jouait Les Mystères. Dans ces pièces religieuses on faisait intervenir Dieu, les Anges, les Saints et les diables. Ces sortes de représentations avaient une influence nécessaire sur le peuple auquel on enseignait la Toute-Puissante et Ineffable Bonté Divine qu'il devait mériter et sans cesse

invoquer pour obtenir Sa Grâce et combattre l'esprit du mal.

Charlemagne faisait jouer des pièces de théâtre et sous le roi Saint Louis on donnait en spectacle les exploits des premières Croisades.

Vers 1275, le théâtre prend un rapide accroissement. Dès la fin du XI le siècle on représentait dans les églises, comme de vivants commentaires, de petites scènes subordonnées à la liturgie et rattachées aux cycles de Noël et de Pâques. Durant le XI lie siècle, le théâtre dut être très varié. De toute la production dramatique du XlVe siècle nous avons le vaste et très curieux recueil des Miracles de Notre-Dame.

Au XVe, s'épanouissent les germes qui se développaient depuis 1 50 ans et le théâtre religieux, brisant les deux moules qui l'avaient d'abord enserré, met en scène non seulement la vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ et sa Passion, mais d'innombrables miracles ou vies de Saints, — d'après Pierre Larousse.

A cette époque mille confréries dramatiques, — des sociétés d'amateurs comme aujourd'hui — , florissant, non seulement à Paris (Basoche, Enfants Sans-Souci) mais aux quatre coins de la province,

multipliaient à l'envie, les « Folies et les Moralités » où coulaient à pleins bords l'esprit gaulois et la verve satirique.

Louis XII, roi de France, surnommé le Père du Peuple, faisait représenter pour les besoins de sa politique des pièces que l'on appelait (( Soties ».

Dans la suite, le théâtre a évolué; il s'est amélioré et transformé dans des proportions admirables, surtout arrivé au règne de Louis XIV.

Sous ce règne, le théâtre classique s'organise peu à peu se basant sur le double principe de l'observation morale et de la régularité formelle. Il s'impose par le goût du vrai, le respect de la logique et l'intérêt donné aux choses de l'âme; il opère même comme un auxiliaire de la religion dans des chefsd'œuvre comme « Athalie et Polyeucte ».

A la demande de Mme de Maintenon, le grand poète Racine écrivit « Esther », tragédie en trois actes qui fut jouée pour la première fois par les Demoiselles du pensionnat de Saint-Cyr. C'était le 26 janvier 1689. Cette représentation eut lieu devant le Roi, les gentilshommes de la Cour et trois évêques parmi lesquels était Bossuet. Depuis cette époque, « Esther » fait partie du répertoire de la Comédie française.

Dans « Hamlet », Shakespeare se sert d'une ficelle théâtrale pour permettre à ce prince danois de démasquer et de confondre les assassins du roi son père, en faisant jouer devant eux, par des comédiens, la scène du meurtre dont Hamlet fournit luimême le scénario.

Le théâtre a eu dans tous les temps une puissance indéniable sur le peuple et sur les intellectuels.

Napoléon 1er s'intéressa beaucoup au théâtre. Par son décret de Moscou, en 1812, il établit, sur des bases solides, la Comédie-Française de Paris. Il comprenait l'importance et toute la portée que pouvaient avoir certaines représentations et il sut en tirer parti. Nous trouvons dans des lettres de lui, adressées à Cambacérès archi-chancelier de l'Empire, des ordres de faire jouer telle ou telle pièce pour les besoins politiques ou autres du moment.

En France, les partisans de l'Empire se servirent du théâtre pour préparer le peuple à l'avènement au trône de Napoléon III.

Dans les grands théâtres de Paris et de la province on ne représentait, presque exclusivement comme drames, que des pièces ayant trait à la grande épopée de Napoléon 1er et de ses gloires

militaires. Pendant des mois, on jouait simultanément dans cinq grands théâtres de la Capitale cinq pièces différentes, mais toutes glorifiant le régime napoléonien. La mise en scène en était splendide et l'effet produit sur le public était irrésistible.

Tous les gouvernements se sont servis du théâtre et s'en servent encore dans les moments les plus critiques de la vie. C'est un moyen dérivatif dans les chagrins domestiques et les douleurs nationales ; quand la Patrie est en danger, le théâtre réconforte.

Pendant le siège de Paris, en 1871, des théâtres restèrent ouverts; on y jouait des pièces patriotiques et chaque soir les célébrités artistiques de l'époque chantaient la Marseillaise, le Chant du Départ, les Girondins et autres chants populaires. Le plus souvent l'orchestre était renforci par le bruit assourdissant et sinistre des obus tombant sur Paris. Qu'importe ! les cœurs étaient enflammés, les courages vivifiés et les enrôlements étaient chaque jour plus nombreux.

La province suivit l'exemple de la Capitale, et c'est ainsi que l'on put former l'Armée de la Défense Nationale qui, malgré ses revers, sauva l'honneur de la France, et lui valut l'admiration de toutes les nations, même celle de ses ennemis.

Ce n'est pas toi, ô France admirable dans la défaite comme dans la victoire, qui aurais laissé occuper ton territoire sans combattre !

Le Sultan Abd-ul-Hamid II se servait souvent des représentations théâtrales comme exemple ou pour donner des conseils à ceux de son entourage dont il était mécontent. On eût dit qu'il voulait mettre en pratique le castigat ridendo mores, «elle corrige les mœurs en riant » , cette devise de la comédie imaginée par le poète de Santeul et que l'arlequin Dominique mit sur la toile de son théâtre.

En 1887 et 1888, pendant dix-huit mois, je fus Grand Intendant du luxueux théâtre que le Sultan avait fait construire dans son palais d'Yildiz Kiosque; plusieurs fois, au lieu de faire représenter une pièce de notre répertoire, je me suis trouvé dans l'obligation de faire jouer le soir même une élucubration quelconque qui avait germé dans le cerveau du Sultan et qui m'était apportée le matin même de la représentation par un des chambellans du Palais, sous forme d'un scénario plus ou moins incohérent.

Je réunissais aussitôt mes artistes et le soir nous jouions «au canevas», c'est-à-dire en improvisant

tant bien que mal; mais le Sultan était satisfait et nous recevions chacun une très substantielle gratification.

Je me rappelle qu'une fois, je dus bâcler à la hâte une pièce en trois tableaux sur le scénario suivant qui m'était envoyé par le sultan :

« Un grand personnage de la cour de Turquie s'enfuit à Paris en enlevant une femme du harem. Ils sont pourtant heureux au palais, rien ne leur manque, ils sont choyés par leur monarque qui leur accorde son amitié et les entoure de tous les soins. Cependant au mépris de tous les sentiments d'honneur et de reconnaissance, ils abandonnent leur bon souverain et leur patrie. Arrivés à Paris, ils y vivent pendant quelque temps à leur guise; mais les déceptions, la lassitude, la misère les guettent et bientôt le remords les torture. A bout de ressources, ils tombent dans les bas-fonds de la société, délaissés et méprisés de tous. La femme du harem devient folle et le grand personnage se donne la mort. »

Et voilà comment Abd-ul-Hamid II se servait du théâtre dans certaines circonstances où des exemples pouvaient sans aucun doute servir, car, à chaque représentation, les ministres, les cham-

bellans, les officiers du palais, les eunuques étaient tenus d'assister dans le parterre, ainsi que les sultanes et les femmes du harem qui se tenaient avec le Sultan au premier étage dans une immense loge grillée. On distribuait à tous et à toutes, en langue turque, le récit synoptique de l'intrigue et par surcroît de précaution, il y avait des interprètes pour expliquer les principales scènes.

Oberammergau, un petit village de la Haute Bavière est devenu célèbre par les représentations de la Passion qu'on y donnait depuis 1634 tous les dix ans. Les interprètes étaient choisis parmi de simples paysans que l'on préparait avec un soin tout particulier; ces amateurs produisaient une profonde impression de naturel et de vérité vraiment surprenante et d'une salutaire action religieuse.

On m'a affirmé que cet édifiant spectacle avait eu pour résultat de nombreuses conversions, tant l'effet produit était puissant et suggestif

Dans la récente guerre, ce sont encore les théâtres qui contribuèrent pour beaucoup à raffermir les coeurs, à fortifier les courages du peuple français en lui offrant quelques moments de plaisir pendant lesquels il oubliait un peu les heures angoissantes.

Nous voyons des théâtres improvisés dans les tranchées par les poilus. Les « marmites » interrompaient souvent le cours des représentations, mais les braves amateurs ne se laissaient pas intimider pour si peu et stoïquement ils recommençaient avec entrain et sans se soucier de la mort qui les guettait à chaque instant.

Dans les camps de concentration, en Allemagne, nos prisonniers occupaient souvent leurs loisirs à jouer la comédie pour adoucir les douleurs de la captivité.

De nombreuses représentations théâtrales furent données dans les hôpitaux pour distraire les blessés et leur faire endurer leurs souffrances.

C'est encore au moyen du théâtre que l'on put réaliser, en grande partie, les sommes considérables qui furent envoyées pour venir en aide aux pays envahis, aux veuves et aux orphelins.

Le théâtre sert aussi chaque jour au bénéfice des œuvres locales de charité et de bienfaisance.

Un autre avantage du théâtre c'est celui d'y entendre généralement parler la belle langue maternelle dans son accent le plus pur, surtout par les artistes de valeur qui l'ont bien apprise, et cela dans tous les pays et dans toutes les langues. Le

Spectateur profite aussi du théâtre pour augmenter son vocabulaire et acquérir pour son langage plus d'élégance dans la tournure de ses phrases, les pièces que l'on représente étant presque toutes écrites dans un style soigné, concis et de la plus parfaite correction. La Comédie-Française, l'Odéon de Paris sont des écoles de bon langage, de maintien et d'élégance.

J'ai dit ce que je pensais et ce que je sais du théâtre. Je terminerai ce chapitre en me permettant de conseiller à ceux qui sont appelés à le diriger, de ne pas diminuer son pouvoir éducatif et moral.

Le théâtre peut faire beaucoup de bien; tout dépend de la façon de s'en servir et du choix des pièces

Il ne faut pas oublier que les publics ont tous des goûts différents, en raison de leur expérience, de leurs habitudes et de leurs mœurs. Ce qui peut être inoffensif chez les uns peut être nuisible chez les autres. Il y a assurément un certain genre de théâtre qui n'est pas à la portée des mentalités imparfaitement préparées pour ne pas en subir une influence néfaste.

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Le théâtre et ses dangers

Si le théâtre offre de nombreux côtés intéressants, s'il peut servir par tous ses moyens d'action à l'éducation du peuple, il peut par contre lui être pernicieux s'il s'égare dans une mauvaise voie.

Qu'il soit lyrique, dramatique ou comique, qu'il se présente sous forme de ballet, de pantomime, voire même de cinématographe, s'il s'écarte des bonnes moeurs, de la décence et du bon goût, s'il sert de véhicule à une littérature désuète et corrompue aux tendances destructives ou immorales, il devient un danger pour la société, et par conséquent logiquement condamnable.

C'est alors qu'il donne raison aux Pères de l'Eglise qui fulminèrent par les canons des conciles contre (( les dangers et les voluptés des théâtres », ainsi qu'à l'apologiste Tertullien qui disait : « Les auteurs de spectacles et ceux qui sont chargés de les faire représenter abaissent les comédiens en les vouant au mépris ». Nous sommes en droit [30]

d'écouter et de nous incliner devant Minutius Félix qui au Ille siècle s'exprimait ainsi : « Qui n'a horreur dans la course des chariots de voir la folie de tout un peuple qui se querelle ? Qui ne s'étonne de voir dans les yeux des gladiateurs l'art de tuer un homme ? >> Pourtant le théâtre lui semble pire : «La fureur n'est pas moindre au théâtre, mais l'infamie y est plus grande, car un acteur y représente les adultères ou il les récite et un comédien lascif émeut les passions des autres en feignant d'en avoir lui-même ».

Saint Cyprien, évêque de Carthage, n'est pas plus tolérant quand il s'agit de combattre l'usage mauvais que l'on faisait du théâtre : « les Farceurs avec leurs gestes honteux ne corrompent-ils pas les mœurs, ne portent-ils pas à la débauche, n'entretiennent-ils pas les vices ? Plus ils sont impudiques, plus ils sont estimés habiles, ils émeuvent les sens et fllattent les passions, ils abattent la plus orte vertu. »

Ces sévères, mais justes appréciations nous viennent, il est vrai, des temps anciens où les excès qui n'avaient pas de borne devaient être rigoureusement réprimés ; nous ne serions pas justifiables de les mériter de nos jours.

Certains esprits forts et indépendants pourront peut-être me taxer de rigorisme et m' accuser d'être un antilibertaire; j'avoue que, même en question d'art ou de littérature, je crains la liberté absolue qui dégénère toujours en licence.

En consacrant ce chapitre aux dangers du théâtre, ce n'est pas que j'aie la prétention d'être un redresseur d'abus, ni que je veuille m'ériger en censeur, — je laisse cette tâche à d'autres — mais je tiens surtout et avant tout à faire connaître certains dangers, d'un autre ordre d'idée, à ceux et à celles pour lesquels j'ai cru bon d'écrire ce livre.

C'est une grande erreur de croire que les gens de théâtre sont dissolus ; ils ne le sont ni plus ni moins que d'autres. Je dois dire cependant que les artistes sont plus exposés, surtout du côté féminin, étant donné qu'ils se produisent en public sous des dehors captivants qui suscitent certaines convoitises et les mettent en danger par de continuelles sollicitations.

Il est certain que la plupart de ceux ou de celles qui ont des velléités de « faire du théâtre » sont parfaitement ignorants de ce qui les attend. Ils ignorent le travail auquel ils devront s'astreindre, les^ ^difficultés qu'ils auront à surmonter et les

désillusions qu'ils ne tarderont pas à éprouver. Il faut absolument avoir de solides qualités, une parfaite instruction et de très sérieuses dispositions pour arriver à être un bon comédien, et se faire une réputation qui lui assure le succès et les moyens d'existence.

C'est en suivant assidûment les soirées théâtrales que le goût de « jouer la comédie » germe dans la tête du jeune homme ou de la jeune fille. Les toilettes, le fard, les costumes, tout ce clinquant qui miroite aux feux brillants de la rampe et des herses, les applaudissements, les ovations sont autant de griseries pour la jeunesse qui éprouve, elle aussi, le besoin de se produire en public, de paraître. Cette imprudente jeunesse est prête à tout sacrifier pour donner, sans réfléchir, satisfaction à un désir qui devient une obsession et dégénère en passion.

Ceux qui, n'ayant pas les qualités requises, auront le bon esprit de ne goûter à ce bonheur éphémère qu'un certain temps, éviteront de bien cruelles déceptions; mais malheur à ceux qui persisteront dans cette carrière, elle leur réserve de bien désagréables surprises. Ils végéteront péniblement toute leur vie, mécontents de tous, aigris par les insuccès et les malheurs et finiront fatale-

ment dans la misère sans avoir été utiles à personne ni à eux-mêmes.

La vie du comédien l'oblige à de certains besoins qu'il ne peut pas toujours satisfaire car, s'il ne gagne pas suffisamment pour sa famille et pour lui, il doit dépenser beaucoup pour sa garde-robe et pour son genre d'existence. Il touchera des appointements plus élevés que s'il était dans le commerce ou ailleurs, mais il ne réfléchit pas assez qu'il ne gagnera ces appointements que pendant six ou sept mois par an; qu'en été il trouvera difficilement des engagements, et encore à des prix très réduits. C'est alors, pour ces malheureux comédiens, que commencent le long cortège des créanciers, les poursuites judiciaires, les saisies des appointements; souvent ils sont dans l'obligation de changer de nom; — j'en ai connu qui changeaient de ville et de nom tous les ans — ce qui, tout naturellement, les empêchait de se faire une réputation, même s'ils avaient du talent.

Pour les humbles comédiennes, la situation est bien plus grave; leurs dépenses sont plus grandes. J'éprouverais un certain chagrin à dire franchement et plus longuement tout ce que je sais; un élémentaire respect humain m'oblige à me contenter de

glisser seulement sur les dangers pour elles de la carrière théâtrale et sur ses funestes conséquences.

Jeunes filles, vous m'avez certainement compris.

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Un théâtre national à Montréal

L'étranger qui passe à Montréal, éprouve une certaine surprise à ne pas y voir un théâtre national soit anglais, soit français. Au point de vue français, cette surprise est surtout justifiée pour celui qui sait que la métropole canadienne occupe le quatrième rang parmi les grandes villes du monde de population de langue française.

Il est vrai qu'il trouve à Montréal plusieurs établissements où l'on joue des œuvres françaises et en langue française. Il peut assister à de bonnes représentations dont les principaux interprètes sont des comédiens français de carrière, certains possédant quelques qualités, d'autres un réel talent; mais il cherche en vain un Théâtre national canadien français exclusivement composé d'artistes du pays, qui, sans dédaigner le bon répertoire français, pourraient représenter des œuvres du terroir et encourager ainsi certains auteurs de grand mérite qui sont injustement condamnés à rester inconnus même de leurs compatriotes.

On se demande avec un étonnement mêlé d'un sentiment de regret, je dirais de tristesse, le pourquoi de cette étrange exception dans ce pays, jeune il est vrai, mais qui n'est pas inférieur à bien d'autres par sa littérature et ses goûts artistiques.

Il y a certainement des raisons et des motifs pour que cette anomalie existe.

Les raisons sont-elles justes et les motifs raisonnables ?

Je veux bien croire que dans certains milieux, il arrive souvent que des groupes d'intellectuels, de littérateurs et d'artistes deviennent les artisans de leur propre chute. La jalousie, la vanité, le débinage, l'aversion de la critique même la plus juste, et par-dessus tout le manque de solidarité, sont les causes principales de leur malaise, de leur agonie et de leur fin lamentable.

Mais si la perfection n'est pas de ce monde, les hommes sont perfectibles et il est bon d'aider tous ceux qui pourront faire du bien dans le domaine de la littérature et des arts.

Une nation ne peut être composée seulement d'ouvriers, de boutiquiers, de commerçants, de banquiers et de millionnaires, il faut aussi qu'elle

se glorifie de ses hommes de science, de ses hommes de lettres, de ses professeurs et de ses artistes.

L'argent est un inévitable besoin matériel, mais la richesse intellectuelle d'un peuple est, à mon avis, un trésor que l'on doit garder précieusement et augmenter chaque jour.

C'est pourquoi les édiles municipaux des grandes villes du Canada devraient s'intéresser au développement des arts.

C'est sans doute à cette indifférence que l'on doit d'être privé à Montréal d'un Théâtre National.

En France, à Paris, quatre théâtres sont subventionnés par l'Etat, sous le contrôle du Ministère des Beaux-Arts ; le Grand Opéra, l'Opéra-Comique, la Comédie-Française et l'Odéon. Dans toutes les grandes et petites villes de province, il existe un théâtre municipal qui reçoit un subside important pris sur les fonds de la ville.

Dans certaines localités qui ne peuvent pas donner de subvention au directeur, celui-ci n'a ni loyer, ni éclairage, ni chauffage à payer.

Et c'est ainsi en Italie, en Russie, en Belgique, en Grèce, en Roumanie, en Suède et Norvège, en Finlande, en Suisse, en Hollande, en Allemagne et partout où l'on s'intéresse aux artistes, aux auteurs,

et aux bonnes et honnêtes distractions, utiles et nécessaires aux citoyens à quelque classe de la société qu'ils appartiennent.

Oui, Montréal devrait avoir son Théâtre National et depuis longtemps déjà, car les Canadiens Français possèdent chez eux des éléments qui leur permettent de faire un bon choix parmi des talents très qualifiés pour l'art lyrique ou dramatique.

Je dois me hâter de dire que ces artistes amateurs d'aujourd'hui devront certainement se perfectionner dans l'étude et dans la pratique, pour devenir, en peu de temps j'en suis sûr, d'excellents professionnels de demain.

Depuis treize ans, je crois être bien placé pour constater moi-même combien la race canadiennefrançaise a un goût inné pour l'art oratoire, l'art dramatique, la musique et le chant. Il est vraiment surprenant de voir le nombre considérable de jeunes gens et de jeunes filles, possédant de très remarquables qualités, qui ne demandent qu'à être cultivés. En cela, je suis certain d'être d'accord avec mes collègues, les professeurs.

Un théâtre national ne peut être fondé qu'à plusieurs conditions essentielles.

Il faut nécessairement construire un édifice spécial dans l'endroit le plus central de la ville. Le théâtre doit être un monument isolé de toute habitation, offrant le plus possible un beau coup d'œil architectural. Il doit contenir un nombre de places suffisant en rapport avec la population, afin de ne pas risquer de perdre les fortes recettes quand on peut les réaliser. Il doit y avoir différentes sortes de sièges à la portée de toutes les bourses. L'intérieur doit être très confortable et artistiquement décoré. Des foyers, promenoirs, fumoirs et des cabinets de toilette sont absolument nécessaires à chaque étage.

La partie de la scène doit être l'objet d'un soin très minutieux, et demande certaines connaissances particulières pour qu'elle soit construite selon les multiples besoins de la mise en scène, des artistes, des machinistes et de tout le nombreux personnel utiles aux représentations. Les loges des artistes et des choristes doivent être confortablement installées. Une scène bien comprise doit avoir quatre foyers, un pour les artistes, un pour les choristes, un pour les musiciens et un autre pour les figurants; dans les théâtres d'opéra qui nécessitent un ballet, il y a aussi le foyer de la danse.

Il faut des magasins pour les décors, pour les costumes, les accessoires et les meubles. En résumé, il faut un spécialiste pour en faire les plans et diriger la construction.

Celui qui n'a pas visité la scène d'un grand théâtre avec ses cintres, ses dessous, sa machinerie, ses cordages, ses trucs de toutes sortes, ne peut se faire une idée de ce que c'est.

C'est un théâtre semblable qu'il faudrait construire à Montréal.

A l'instar de nombreux théâtres municipaux de France et de l'étranger, on pourrait y jouer facilement, à jours fixes, l'opéra, l'opéra-comique, la tragédie, le drame et la comédie avec une troupe très complète d'artistes lyriques et d'artistes dramatiques.

Le public trouverait ainsi une variété de genres et de pièces parmi lesquels il choisirait selon ses goûts, et je suis certain qu'au point de vue financier, la direction y trouverait son compte.

Quelques jours par mois, quand une des troupes ne serait pas occupée à Montréal, elle pourrait aller alternativement à Québec, à Ottawa et ailleurs, ce qui serait agréable à la population de ces villes et permettrait aussi de réaliser quelques profits.

Certes, je ne me dissimule pas toutes les difficultés à surmonter pour arriver à la réalisation d'un projet qui semble de prime abord aussi difficile que celui de la fondation d'un Théâtre National Canadien français ; mais il y a un commencement à tout et je crois fermement que la chose est possible tout aussi bien que partout ailleurs.

Ce serait une utopie de croire qu'il serait possible de former une troupe mixte de chanteurs et surtout de comédiens parmi les Canadiens-français sans avoir, au préalable, pris toutes les dispositions nécessaires pour s'assurer un contrôle sévère au moyen de contrats que l'on devrait pouvoir faire respecter.

Depuis douze ans, il existerait à Montréal, une bonne troupe dramatique Canadienne-française qui fonctionnerait aujourd'hui dans d'excellentes conditions, si des intrigues et d'injustes mécontentements ne s'étaient produits. Ces jeunes qui avaient à cette époque des qualités incontestables se seraient peu à peu perfectionnés et depuis quelques années ils formeraient un groupe de véritables artistes. Les uns se sont heureusement lassés, les autres jouent des rôles de deuxième et de troisième plan dans les théâtres : ils méritaient

mieux. Tout cela n'est pas absolument de leur faute.

Voici à quelles conditions on pourrait obvier aux difficultés :

S'informer, auprès des professeurs de chant et de diction, des élèves qui sont sérieusement doués des qualités indispensables à l'art lyrique ou dramatique. Les professeurs devront être de la plus parfaite impartialité et d'un jugement très réfléchi.

Les élèves, chanteurs, comédiens ou instrumentistes ne pourraient être engagés qu'après un certain temps d'étude dans les conservatoires, les académies de musique ou auprès de professeurs sérieux et après avoir passé un concours devant un jury qualifié. Ce concours aurait lieu chaque année.

La direction du Théâtre National pourrait ainsi classifier les chanteurs et chanteuses d'après la tessiture et la qualité de leurs voix et choisir parmi ceux qui sont aptes à chanter les rôles de premier ou de deuxième plan, ou bien encore à faire partie du cadre des chœurs.

Il en serait de même pour les interprètes dramatiques qui seraient engagés pour jouer des rôles en

raison du tempérament, du physique et des qualités de chacun d'eux.

Il faudrait nécessairement payer largement les interprètes, et cela avec une juste proportion, en raison des emplois qu'ils tiendront et du talent qu'ils acquerront.

Il va sans dire que d'anciens artistes canadiensfrançais, ayant une réputation justifiée par leur mérite et leur expérience scénique, devraient trouver place dans ce Théâtre National, suivant leurs talents et leurs connaissances. J'en sais d'excellents. Je m'abstiendrai de les nommer pour ne pas faire de jaloux.

Pour faire face aux dépenses occasionnées par le personnel artistique et autre et par les faux frais inévitables dans tous les théâtres sérieux, il faut beaucoup d'argent. C'est pourquoi les théâtres sont tous subventionnés d'après leurs dépenses et leurs recettes probables.

Une municipalité qui régit elle-même son théâtre, ne doit s'attendre à aucun profit que celui de la perception du « droit des pauvres ».

Avec un directeur artistique économe sans exagération, ayant de l'expérience et possédant surtout les connaissances profondes de son art,

une municipalité peut régir sans crainte son théâtre.

Si le théâtre municipal doit être confié à une entreprise privée, les administrateurs de la ville doivent être très prudents dans le choix qu'ils feront parmi ceux qui poseront leurs candidatures. Ils doivent faire signer au candidat préféré un cahier des charges soigneusement élaboré comme le sont ceux de France et sur lesquels ils pourront se baser.

Pour être certains d'une bonne administration et se garantir contre les cessations de paiements, ou tous autres cas inattendus, la municipalité doit exiger du directeur ou de l'entreprise qui dirigerait son théâtre un cautionnement en rapport avec la subvention accordée; les appointements des artistes et le salaire des employés doivent se trouver garantis.

Le personnel artistique devra signer avec la direction un engagement valable, avec un dédit ou pénalité, protégeant les deux parties contractantes. Ces engagements ont force de loi, comme s'ils étaient passés devant notaire. Les engagements de ceux qui n'ont pas atteint leur majorité devront être contresignés par le père et la mère ou à défaut par le tuteur.

C'est à toutes ces conditions qu'un Théâtre National peut être fondé à Montréal.

Il ne restera plus à la direction qu'une mission très importante à remplir : celle d'apporter la plus sérieuse attention dans le choix des pièces qu'elle mettra à l'affiche.

Pour qu'un théâtre soit vraiment national, il faut qu'il soit desservi par une troupe exclusivement nationale, il faut y faire jouer autant que possible des œuvres écrites par les auteurs du pays et soumises à un comité de lecture.

Quant au répertoire étranger, on devra le choisir en raison des goûts, des mœurs et de la mentalité du public.

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Comédiens et comédiennes

L'origine de la comédie étant fort obscure, il s'ensuit qu'il en est de même pour les comédiens. On sait seulement qu'elle se rattache étroitement au culte de Bacchus.

Les documents historiques nous enseignent que les premiers comédiens apparurent d'abord chez les Dariens, dans le Péloponèse, en l'an 570 avant Jésus-Christ, avec Susarion, un auteur qui apporta la comédie en Attique. Êpicharme, en 486 av. J.-C, commença à faire jouer aux comédiens, en Sicile, des pièces de caractères; mais c'est à Athènes seulement qu'ils purent largement développer leur talent.

Chez les Romains, les comédiens n'offrirent que peu d'intérêt, car les pièces qu'ils devaient interprêter n'étaient que de peu de valeur et d'une mauvaise imitation du genre grec.

Au nie siècle avant J.-C, ce fut Livius Andronicus qui introduisit le bon théâtre grec à Rome. [471

Ce poète dramatique, d'origine grecque, avait été esclave; il jouait souvent les principaux rôles dans ses pièces.

En Italie, le théâtre commença par des farces, des folies et de la pantomime; autant de productions grotesques. De 1512 à 1521, c'est grâce au Cardinal Dovizi de Bibienna, ami de S.S. le Pape Léon X, grand admirateur et protecteur des arts, que la comédie prit un nouvel essor. Ce n'est qu'au XVI Ile siècle que les comédiens commencèrent à s'affirmer sérieusement avec Maffei, l'abbé Chiari et surtout Goldoni qui substituèrent aux bouffonneries souvent indécentes des premières farces italiennes, la peinture des bonnes mœurs du temps.

En Angleterre, dans les débuts du théâtre, le comédien occupe une place insignifiante, car, jusqu'à Shakespeare, il est condamné à ne jouer que des farces grossières et des bouffonneries triviales. Par ses remarquables comédies et tragédies, le grand poète anglais développe le goût du beau et rehausse le niveau de l'art du comédien.

En Allemagne, c'est un cordonnier de Nuremberg, du nom de Hans Sachs, qui, vers 1530, se sert de comédiens pour faire représenter des pièces

quelconques qui ne sont pas passées à la postérité. Au XVI le siècle, les comédiens allemands commencent cependant à se faire remarquer en imitant Molière et ses compagnons. Si, depuis cette époque, les Allemands ont fourni des compositeurs, des auteurs et même des chanteurs de grand mérite, les comédiens, de leur côté, se ressentent encore un peu de leur origine, et, par la lourdeur de leur jeu, ils semblent vouloir garder une certaine reconnaissance au savetier de Nuremberg.

En Russie, dans les temps anciens, on ne jouait que les Mystères; mais, au XVIe siècle, sous le règne de Jean III, les comédiens commencèrent à percer. On affirme que le soir de son mariage avec Sophie Paléologue, la dernière descendante des empereurs de Byzance, des comédiens jouèrent un «à-propos» pour terminer les réjouissances.

Ce fut sous le règne de Catherine 1 1 la Grande, de 1763 à 1796, que les comédiens prirent un essor considérable. Cette souveraine écrivait elle-même des pièces de théâtre qui étaient représentées chez le brillant Prince Potemkine de Tauride.

Alexandre 1er aimait beaucoup les comédiens et les protégeait; mais c'est sous Nicolas 1er surtout que l'art dramatique se stabilisa en Russie. Les

comédiens fondèrent une école spéciale dont les traditions forment jusqu'aujourd'hui les bases du Théâtre Moderne Russe. Parmi les nombreux artistes devenus célèbres, je peux citer les noms de deux grands tragédiens : Karatiguine et Martinoff et du comédien Schoumsky qui, les premiers, appliquèrent le réalisme à la scène. Jusqu'en ces temps derniers, les comédiens et les comédiennes ont toujours été en très grand honneur en Russie.

Celui qui est allé au Japon a pu constater avec quel soin minutieux et quelle force d'expression, les comédiens interprètent les productions théâtrales si curieuses et si originales de leur pays. Les Japonais sont aussi désopilants dans les pièces comiques qu'ils sont terrifiants dans leurs drames. J'ai encore devant les yeux la célèbre Sada Yako, qui, dans une scène de mort, atteignait le summum de l'intensité dramatique par une mimique extraordinaire et un réalisme stupéfiant.

Je pourrais parler des comédiens de bien d'autres pays, mais je craindrais de fatiguer le lecteur par une surabondance de précis historiques. Je ne peux cependant pas terminer ce chapitre sans parler du comédien français et sans citer quelques appréciations à son sujet.

A son apparition, le comédien français ne se distingue pas des autres: il est d'abord l'interprète, lui aussi, au moyen âge, de pièces dénommées : Mystères, Farces, Moralités.

Au XlVe et au XVe siècle, les comédiens jouent un genre dramatique appelé « Sotie » où les personnages sont tous censés être fous.

De cette époque jusqu'au règne de Louis XIV, rien de bien intéressant à signaler; mais, à partir de ce moment, les comédiens se firent une place importante grâce à Corneille et à Racine; ceux-ci durent façonner leurs interprètes et perfectionner grandement l'art dramatique pour le rendre digne de leurs grands chefs-d'œuvre.

Molière, auteur génial et admirablement doué des dons qui font les grands comédiens, s'entoure d'amateurs dont il fait vite d'excellents artistes qui jouent avec lui ses immortelles comédies.

Le Roi-Soleil, qui protégeait tous les arts, appréciait et aimait les artistes; « les comédiens extraordinaires » du Roi, comme on les appelait alors, donnèrent des représentations sur les tapis des salons de Versailles, entre deux paravents en attendant la construction d'un théâtre spécial. La Maison de Molière était fondée; la Comédie-

Française devait grandir rapidement jusqu'à occuper la première place parmi les plus grands théâtres du monde.

Une ère nouvelle s'ouvrait pour les comédiens français; mais aussi allaient commencer pour eux des temps de luttes et de disgrâces.

J'extrais d'un article de Zanetto, les lignes suivantes :

« Il n'y a pas plus de deux siècles, la tante de Jean Racine, Agnès Racine, en religion la mère Agnès de Sainte-Thècle, abbesse de Port-Royal, écrivait à l'auteur de Phèdre et d'Andromaque : « J'ai appris avec douleur que vous fréquentiez plus (( que jamais des gens dont le nom est abominable « à toutes les femmes qui ont tant soit peu de pitié, (( et avec raison, puisqu'on leur interdit l'entrée de « l'Eglise et la communion des fidèles, même à la « mort, à moins qu'ils ne se reconnaissent. »

« Quels sont ces gens affreux ? Des bandits de grande route ? Des pillards sans entrailles qui brûlent les pieds de leurs victimes pour leur faire avouer où sont cachés leurs écus ? Des hommes qui trafiquent de la misère du peuple ? Des parricides ? Des régicides ? Des contempteurs de la majesté royale ?

<( Vous n'y êtes pas du tout. Ces gens dont le nom est abominable à toutes les femmes et que l'Eglise d'alors rejette impitoyablement de son sein, ce sont tout simplement des comédiens . . . Leur crime, c'est d'avoir interprété Corneille, Molière, Marivaux, Jean Racine lui-même... Molière, notre grand Molière, fut enterré clandestinement. Rappelez- vous les vers de Boileau, dans l'Epître VII :

Avant quun peu de terre obtenu par prière, Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière, Mille de ces beaux traits, aujourd'hui si vantés, Furent des sots esprits à nos yeux rebutés.

« Molière était mort sous le coup de l'excommunication qui frappait les comédiens. L'intervention royale fut nécessaire pour qu'il fût inhumé en terre chrétienne. Une troupe de crétins furieux vint troubler le convoi, et la veuve du plus grand observateur de l'humanité que nous ayons peutêtre jamais connu, fut contrainte de distribuer de l'argent à ces féroces imbéciles pour qu'ils se dispersassent.

({ Enfin, en i8i 5, les obsèques de Mlle Raucourt, qui fut une des plus remarquables tragédiennes

de la Comédie-Française, et dont Voltaire, Louis XV, Mme du Barry, Marie-Antoinette et Napoléon protégèrent le talent, furent l'occasion de scènes scandaleuses à l'église Saint-Roch.

« L'entrée du sanctuaire fut refusée au corps de la défunte. C'était en janvier 1815. Les Bourbons se faufilaient en France, derrière l'empereur vaincu. Ils essayaient d'y ramener les préjugés qu'avait détruits la Révolution. Mais la même foule qui avait poursuivi de ces clameurs insultantes la dépouille de Molière protesta contre cet ostracisme avec brutalité. Les portes de l'église furent forcées; des désordres éclatèrent. Un grand concours de peuple accompagna le corps de l'actrice au Père-Lachaise, où son tombeau est décoré d'un beau buste en marbre qui reproduit fidèlement les traits de celle dont tout le dix-huitième siècle a loué la « beauté divine ».

(( Nous avons rappelé ces quelques faits pour montrer combien la situation sociale du comédien a changé depuis cent ans.

« Il était jadis adulé des grands, choyé par les princes, applaudi par le peuple. Mais, au point de vue social, absolument tenu à l'écart et méprisé.

« Ce n'était qu'un amuseur.

« La vie n'était pas toute rose, au bon vieux temps. La liberté individuelle n'existait pas. Aucune garantie de justice. Un magistrat n'hésitait pas, dès qu'il concevait quelque soupçon sur un individu, à lui briser les os des jambes entre les brodequins pour faciliter ses aveux, et François de Malherbe, le poète des Stances à M. du Périer sur la mort de sa fille :

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses

raconte comme une chose toute naturelle, dans une lettre à son ami M. de Peiresc, que Ton menaça Ravaillac de faire écorcher tout vifs, devant lui, son père et sa mère, qu'on alla d'ailleurs chercher, s'il ne se décidait point à nommer des complices qu'il n'avait probablement pas. Le comédien a bénéficié de l'amélioration générale qui s'est produite dans les moeurs. On admet aujourd'hui qu'on peut être acteur et homme de bien.

« Le théâtre tend de plus en plus à devenir une profession tout à fait bourgeoise. En Amérique, en Angleterre, c'est chose faite. Un an ou deux avant la guerre, un club londonien eut l'idée de convier à une fête toutes les actrices entrées dans

la noblesse par le mariage : une centaine d'entre elles assistaient à cette réunion.

« La bourgeoisie destine aujourd'hui ses fils au théâtre comme jadis elle les destinait au barreau, au notariat, à l'armée, et si Georges Ohnet était venu au monde cinquante ans plus tard, au lieu de faire de ses héros de jeunes ingénieurs, il en eût fait des jeunes premiers.

« Et je connais des familles de très bonne et très honorable bourgeoisie qui trouvent fort licite qu'une de leurs filles se prépare aux examens du Conservatoire.

« Je vais peut-être consterner les amies du pittoresque, mais de même que la plupart des humoristes et des auteurs gais sont d'une sobriété exemplaire et mènent une existence plus rangée que celle de beaucoup de notables patentés de ma connaissance, les comédiens et les comédiennes d'aujourd'hui donnent le plus souvent l'exemple de toutes les vertus familiales. »

Il est bon que j'ajoute que si les comédiens étaient autrefois excommuniés, c'est qu'ils avaient plus mauvaise réputation que ceux d'aujourd'hui et qu'étant moins nombreux leurs scandales étaient plus retentissants.

A Paris, dans une de ses conférences des matinées littéraires, l'éminent académicien français Legouvé nous parle des comédiens en prenant pour exemple le grand comédien et professeur Samson, une des gloires de la Comédie-Française, mort en i87i,.à l'âge de 78 ans.

Je crois qu'il n'est pas inutile de reproduire ici un passage éloquent de cette conférence :

(( Vous le savez, toutes les professions ont commencé par être plus ou moins dédaignées. Le commerce, l'industrie, les lettres, l'étude des lois, ont été longtemps reléguées au rang des occupations inférieures; le travail était chose vile, le pain gagné, chose infime; hors le métier des armes, il n'y avait que de vils métiers. Or, comment les membres de chacune de ces classes méprisées se sont-ils peu à peu émancipés et rachetés ? En s'associant , Comment les marchands ont-ils conquis leurs privilèges ? En s'associant ! . . . Comment les avocats et les médecins, les hommes de plume et les hommes de robe, sont-ils montés au rang qu'ils occupent aujourd'hui dans le monde ? En s'associant ! . . . Dès que le principe d'association entre dans une classe, cette classe se relève et s'élève ! Pourquoi ? Ce n'est pas seulement parce que dix

êtres faibles qui s'unissent constituent un être fort, parce qu'ils deviennent une puissance en devenant un corps, parce qu'en association, un et un font trois; c'-est aussi, c'est surtout parce que le principe qui les régit est essentiellement moralisateur ! Tous les membres étant solidaires les uns des autres, chacun vit sous le regard de tous, et cette salutaire responsabilité crée forcément, à côté du fonds social, un capital de vertus.

« Toute association a une caisse de secours, voilà la charité !

Une caisse de retraite, voilà l'épargne.

Un conseil de discipline, voilà le contrôle.

Des élections, voilà la récompense.

Un drapeau, voilà l'honneur.

« Eh bien, la plus solide gloire de la vie de M. Samson est d'avoir compris et appliqué cette belle loi sociale. Profondément pénétré du sentiment de l'honneur professionnel et profondément blessé du reste de discrédit qui pèse sur sa profession, il ne s'est pas contenté de protester contre ce dédain, par une vie sans reproche, par une délicatesse sans tache, par une dignité sans défaillance, il a visé plus haut, il a voulu réhabiliter sa profession même, relever la classe tout entière à laquelle il apparte-

nait; et, dans ce dessein, il a fait pour ses camarades ce que Scribe a fait pour ses confrères; il a, après et avec l'honorable baron Taylor, fondé l'Association des artistes dramatiques ! Pendant vingt ans, il en a été, avec son vénérable ami, l'âme et la voix ! Et si je pouvais vous citer quelques fragments de ses rapports au comité; si vous pouviez voir tout ce que pendant vingt ans il a semé autour de lui de sages conseils ou provoqué de nobles actions, vous diriez avec moi que M. Samson a fait là, non seulement acte de bon comédien, mais acte de bon citoyen, qu'il a bien mérité de son pays.

« Eh bien, le croiriez-vous, cet homme honoré et illustre à tant de titres a vu pendant de longues années ses admirateurs demander pour lui la croix d'honneur, sans pouvoir jamais l'obtenir. Pourquoi ? parce qu'il était comédien ! Il ne l'a reçu que quand il eut quitté le théâtre, et en la lui donnant on voulut lui imposer la condition de ne jamais remonter sur la scène ! Ceux qui lui tenaient un tel langage ne le connaissaient guère. . .

« Jamais, répondit-il, avec indignation, je n'achèterai un honneur au prix d'une lâcheté, et je ne renierai pas toute ma vie sous prétexte d'en décorer la fin ! » . . . « Soyons sincères ! . . . Comment

comprendre qu'une telle iniquité subsiste encore aujourd'hui ? Comment comprendre que toute une classe d'hommes, dont le talent est une de nos gloires, soient parqués dans leur profession comme les Juifs du moyen âge dans leur Ghetto ? Quoi ! la croix d'honneur est accessible à tous les états; aux industriels, aux savants, aux artistes, aux commerçants, aux employés même ! Il suffit d'être arrivé à un ministère pendant vingt ans à la même heure, d'avoir été vingt ans un homme médiocre à la même place, pour pouvoir prétendre à la décoration. On décore tous ceux qui touchent de près ou de loin aux théâtres, ceux qui peignent des décors de théâtre, ceux qui rendent compte des ouvrages de théâtre, et on refuse de décorer ceux qui représentent les pièces de théâtre, c'est-à-dire ceux qui les font vivre ! Que leur reproche-t-on ? De ne pas être d'assez bonne maison ? Qu'on me montre donc une grande famille qui puisse citer parmi ses aïeux trois noms pareils à ceux-ci : Molière, Sophocle et Shakespeare ! Ils ont le tort, dit-on, d'exposer leur personne même aux sifflets ! Que font donc les orateurs, les candidats politiques, voire même les conférenciers ? On répond que si les hommes publics se produisent en public, du moins.

eux, ils s'y présentent, tels qu'ils sont ! Ils ne se travestissent pas ! ils ne se masquent pas ! Travestissements ! masques ! Ah ! que je voudrais pour beaucoup que tous les travestissements de ce monde fussent aussi innocents que ceux des artistes dramatiques, et que les gens si fiers de ne jamais masquer leur visage fussent un peu moins prompts à masquer leur âme ! Voilà les comédiens, qui font vraiment injure à la dignité humaine ! Vous, hypocrites, qui prenez le masque de la piété ! Vous ! fripons, qui prenez le masque de la probité ! Vous, égoïstes, qui prenez le masque du dévouement ! Vous, enfin, vous, qui prenez tous les masques, courtisans de tous les gouvernements et de tous les régimes!... C'est vous qui faites une terrible concurrence aux comédiens, surtout dans l'emploi des valets ! Car, au moins, les acteurs ne jouent, eux, ces rôles-là qu'accidentellement, et que quelques heures par jour... mais vous, c'est toute l'année, c'est toute la journée que vous le remplissez ! Jetons donc de côté une bonne fois pour toutes, ces vieux restes de préjugés ! Proclamons tout haut qu'il n'y a plus que deux sortes de métiers : les métiers honnêtes et les métiers déshonnêtes : qu'il n'y a plus que deux sortes d'hommes, les co-

quins et les braves gens ! Et ne lançons plus l'anathème sur une profession d'où sortent, non seulement les interprètes du génie, mais les auxiliaires de la charité ! Quand il éclate quelque grande catastrophe publique ou privée, quels sont les premiers à la générosité de qui on fait appel, ou plutôt quels sont les premiers qui s'offrent toujours ? Les artistes dramatiques et lyriques ! Il ne s'est pas fait en France, une bonne œuvre, une fondation utile, un grand acte d'humanité où les artistes n'aient été volontairement les contribuables les plus imposés de ce budget de l'aumône ! Comment oublier ce qui se passa à Paris, dans notre cher Paris, pendant ce siège qui, en dépit des envieux et des ingrats, restera l'honneur de la France !. . . Qu'étaient devenues nos actrices ? des infirmières ! Nos théâtres ? des ambulances ! Nos acteurs ? des soldats ! Je ne puis me rappeler sans une émotion profonde qu'ici dans cette salle, rentra un jour, les membres brisés par un obus, un pauvre garçon de vingt-cinq ans, et qu'il expira au bout de quelques jours dans ce foyer où il avait si souvent répété ses rôles ! Ah ! on le décora alors ! . . . On attacha aux rideaux de son lit de moribond la croix d'honneur comme une consolation dernière,

et comme le juste prix de son sang et de sa vie. . . Mais cette vie, de quel droit la lui avez-vous prise s'il n'était pas citoyen comme vous ? Voilà, messieurs, l'argument sans réplique. Les comédiens sont nos égaux devant le service militaire, devant les impôts, devant toutes les charges publiques, devant la justice; nous ne pouvons pas les excommunier de l'égalité qui couronne et consacre tous les autres : l'égalité devant l'honneur ! »

N'aimant pas beaucoup les livres faits de compilations, je m'arrêterai aux deux citations précédentes et continuerai à développer mes propres pensées, au mieux de mes connaissances.

La position sociale du comédien était infâme chez les Romains et honorable chez les Grecs.

Ceux-ci qui avaient une très grande admiration pour eux les désignaient par le mot « Hupocrités » dont a fait le mot « hypocrite ».

On s'en sert depuis pour qualifier, non pas les comédiens, mais ceux qui disent ce qu'ils ne pensent pas, dissimulent leurs sentiments et nous témoignent trop souvent une fausse amitié.

« Tous les comédiens ne sont pas au théâtre » ■ dit un proverbe. On rencontre malheureusement

partout des gens qui cherchent à tromper par des dehors qu'ils affectent.

Est-il donné à tous, le don d'être hypocrite ? Certainement non, car il faut faire un grand et pénible effort pour dissimuler sa nature et s'astreindre à la torture de ne pas être sincère et de ne pas donner libre cours à la bonne franchise. C'est pourquoi l'art du comédien est un art extrêmement difficile.

Le comédien est un être à part qui se dédouble. Il extériorise presque toujours sur la scène des sentiments qu'il n'éprouve pas. Il doit « entrer dans la peau » des différents types imaginés par les auteurs, qu'ils soient sympathiques ou antipathiques. Le comédien doit faire abstraction totale de lui-même et c'est en cela que consiste la grande difficulté. Quand il est arrivé à ce résultat, il est le véritable « hupocrités )) des Grecs, il est un bon comédien.

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Peut-on devenir comédien ou comédienne ?

Vous pouvez devenir un bon comédien ou une bonne comédienne, mais au prix d'un grand travail, surtout si vous ne possédez pas des qualités naturelles et des dons spéciaux.

Vous vous apercevrez bien vite si, oui ou non, vous avez des aptitudes que vous pourrez développer, ou bien si, n'ayant pas de talent, ou ne pouvant pas en acquérir, vous devez renoncer à cette carrière si ingrate et si difficile.

Avant de « faire du théâtre », il vous faut apprendre soigneusement la bonne prononciation française exempte de tout accent particulier ou contraire aux règles de la Phonétique.

De même vous devrez apprendre avec autant de soins toutes autres langues, si vous voulez ou si vous pouvez jouer la comédie dans une autre langue que votre langue maternelle.

Vous devez apprendre l'art de dire avec une parfaite articulation pour parvenir à une indispensable virtuosité d'élocution. Vous ne devez pas ignorer la grande utilité de la ponctuation qui vous permettra de donner de la variété à votre diction et par conséquent d'éviter la monotonie. Il vous faut apprendre à respirer surtout dans les périodes d'exaltation et dans les « tirades » de longue haleine. Il vous faut savoir ce qu'est le mot de valeur, comment on obtient les oppositions, comment on doit diriger sa voix, comment on peut la développer et la corriger.

Vous devez apprendre à extérioriser les sentiments de joie, de douleur, de bonté, de douceur et de colère, et cela, en vous rapprochant le plus possible du naturel, et en raison du caractère des personnages que vous représentez.

Vous devez apprendre à avoir un geste facile, juste, éloquent et distingué.

Vous devez éviter toutes les exagérations déclamatoires qui, dans les scènes pathétiques ou de violence, feront plutôt rire le public qu'elles n'arriveront à l'émouvoir.

Si vous avez un rôle comique, jouez-le sans « charge », le plus simplement possible; les mots

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