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qui, ayant écouté avec attention, était légèrement ému lui-même.
11 la mit au régime de la tragédie. Elle joua la Chimène du Cid, l'Aménaïde de Tancrède, VAndromaque de Racine. Elle avait du succès; on la rappelait tous les soirs, comme on a fait plus tard pour M"*^ Karoly, pour M"'^ Agar, pour toutes les jeunes actrices qui ont affiché l'intention de remplacer Rachel. Elle trouvait cela tout drôle! elle faisait la révérence au public, ravie, extasiée, riant aux frises ; bonne fille au demeurant, et qui, n'y comprenant rien, prenait son succès en patience. M"^ Georges la nommait, par manière de badinage : Ma petite Rachel! Petite, le mot était juste : elle n'avait pas la taille réglementaire de la tragédie. La nature l'avait faite trop courte et trop maigre pour représenter comme il faut ces personnages étoffés et solennels.
Le drame moderne lui allait mieux. C'est elle qui donnait la réplique à Frédérick-Lemaître dans André Gérard. Le grand Frederick, emporté par un rôle violent, la jetait par terre tous les soirs, la meurtrissait sur les planches ; il y allait bon jeu, bon argent, en comédien convaincu qu'il était.
De l'Odéon elle passa à la Porte-Saint-Martin,
OÙ elle ne resta pas longtemps. Elle finit par entrer au Vaudeville, où le drame moderne venait de s'impatroniser d'une façon définitive. Elle était déjà fort connue des amateurs, mais sa réputation ne s'était pas encore étendue au delà d'un certain cercle; le Roman d'un jeune homme pauvre, dont le succès fut immense, la mit plus en vue. Ce n'est pas qu'elle fût excellente dans ce rôle : il exige de grandes manières et une distinction souveraine qu'elle n'avait pas et qu'elle n'aura jamais ; mais elle jouait la scène de la tour avec un extraordinaire emportement de passion qui soulevait toute la salle.
L'aspect chétif et souffreteux de sa personne, la grâce alanguie de ses grands yeux, le tour mélancolique de son visage, la faisaient volontiers choisir pour représenter les poitrinaires, qui meurent, en crachant le sang, au cinquième acte.
Ce fut pour elle pendant longtemps comme une spécialité. Vous savez qu'à Paris, quand un artiste a eu le malheur de réussir trop brillamm.ent dans un rôle qui est plus approprié que d'autres à quelques-unes de ses qualités, on le lui refait sous toutes les formes. Il n'en sort plus, il y est voué à perpétuité. Nous avons vu ce pau-
vre Charles Pérey, mort aujourd'hui, se débattre avec chagrin contre une fatalité semblable. Illui était arrivé un jour d'emporter un grand succès dans un rôle de bon jeune homme pleurnicheur. Depuis cette date funeste, il fut condamné à venir chaque soir pleurer devant le public, et aimer sans espoir, d'un amour respectueux et triste, des j eunes filles charmantes, qui lui accordaient en retour une amitié toute fraternelle. A chaque pièce nouvelle, le malheureux garçon roucoulait d'une voix plus sentimentale, pleurnichait d'un œil plus désolé, et n'épousait pas davantage. C'est ainsi qu'il traversa, toujours pleurnichant et toujours roucoulant, la fin de la monarchie de Juillet, le gouvernement provisoire, la présidence et les premières années de l'empire. Il fallut que le hasard d'un drame pour lequel on n'avait pas d'interprète contraignît ses directeurs, désespéiés de ce contre-temps, à lui confier un rôle de forçai évadé du bagne. Il y fut admirable d'énergie farouche et bestiale, à la grande stupéfaction et des auteurs, et de l'imprésario, et du public, et peutêtre du comédien lui-même.
C'est un peu l'histoire de M"^ Jane Essler. Elle était vouée aux poitrinaires. Fallait-il que Mimi, la Mimi de la Vie de Bohème, mourtàt en
crachant le sang, vite M"'^ Essier. Avait-on besoin d'une Marguerite Gautier pour tousser durant quatre actes et s'en aller sur une chaise longue au cinquième, c'était encore elle qu'on demandait. M. Ponsard voulait-il peindre, dans Ce qui plaît aux femmes, une pauvre ouvrière périssant de faim, de froid et de misère, et s'éteignant sans plainte, M"« Essier était encore là. Elle enveloppait ces personnages d'un brouillard de mélancolie vaporeuse qui les rendait plus poétiques.
Mais ces rôles, non plus que les rôles de grande dame, n'étaient pas encore ceux où elle devait donner toute sa mesure. On ne faisait pas attention qu'il y avait toujours eu du. gamin en elle, un je ne sais quoi de hardi et de capricieux; elle passait, sans transition aucune, de la gaieté la plus folle au plus profond abattement ; rêveuse tour à tour et brouillonne, et quelquefois les deux ensemble; mélancolique et violente; un composé étrange des qualités et des défauts les plus contraires, où surnageait encore un certain goût du romanesque.
La première fois qu'elle prit vraiment possession d'elle-même et du public, ce fut précisément dans un personnage de fantaisie, éclos de l'ima-
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gination aimable et puissante de M™° Sand, le Mario des Beaux Messieurs de Bois-Doré. Ce Mario est un enfant de haute condition, mais abandonné de son père et recueilli par un chanteur nomade, avec qui il a vécu sur les grandes routes, à la grâce de Dieu, de la vie de bohème. A seize ans, il a toutes les qualités aimables et fières de l'adolescence dans un cœur bien né; mais il y joint je ne sais quelle âpre sauvagerie qu'il tient de son éducation première. Il est tendre et farouche ensemble ; il a la gaieté naïve de l'enfant qui sourit à la nature entière, et les répulsions violentes de l'homme éprouvé par le malheur.
Jane était charmante dans ce rôle, qui mettait en relief ce qu'il y a dans son talent de capricieux et de singulier. A la fin du second acte, la compagnie réunie au château de Bois-Doré demandait à cet enfant des gitanos de lui tirer les cartes. Il fallait la voir accomplir, avec un air d'ardente conviction, les conjurations magiques; se pencher sur les cartes étalées devant elle, battre des mains de surprise et de joie, tressaillir d'horreur, rire ou verser des larmes^ passer en un instant par les sentiments les plus divers, qu'exprimait à merveille ce visage étrangement mobile.
Ce fut un enchantement, et lorsque, au dernier acte, reconnu de son véritable père, Mario revint en habit de jeune seigneur, Jane se présenta d'un air à la fois si rayonnant et si modeste que le public tout entier éclata en longs applaudissements. Elle passait comédienne.
Comédienne? Non, pas précisément. Pour mériter ce beau nom , il faut savoir composer un personnage, s'en revêtir en quelque sorte ; il faut aussi connaître à fond l'art de bien dire. Jane a des boutades admirables, elle lance d'une voix vibrante tel mot qui soulève la salle. Qui ne se souvient de la façon dont elle jetah, dans la Bouquetière des Innocents^ ce fameux cri : « Ah ! je sais donc enfin pourquoi je le haïssais tant! » Mais la dignité continue, mais la diction étudiée, ne lui demandez rien de tout cela : c'est une actrice de tempérament.
Médiocre dans les rôles qui exigeaient de la tenue, comme dans la Brancador des Ressources de Quinola, dans M"^ Fernel, et, plus près encore, dans M'"^ de Brisson, de la Conjuration d'Amboise, elle est incomparable dans ceux où elle peut mettre au plein vent sa grâce fantasque.
Quel charme attirant et bizarre elle portait en
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elle quand elle arrivait, sous le nom de la Alaigriotte, dans le costume d'une petite gardeuse de dindons, les cheveux au vent et tout emmêlés de brins de paille, couverte de loques qui lui collaient aux jambes, le cou et les bras noirs de hâle, mais fière sous cet accoutrement^ avec une petite mine effarouchée et des yeux étincelants comme des charbons sous des sourcils noirs comme la nuit !
Et dans le Drac de M""^ Sand ! Elle ravit tous les cœurs quand on la vit paraître sous son costume de pêcheur, avec ses cheveux bouclés, son visage alangui tout ensemble et mutin. Elle rendit avec une grâce mystérieuse et piquante le personnage fantastique de ce sylphe tombé des cieux qui a gardé comme un souvenir éloigné et attendri du domaine azuré qu'il gouvernait autrefois.
Elle avait des surprises d'une adorable naïveté ; des joies de respirer, de marcher et d'accomplir les actes les plus ordinaires de la vie; des chagrins de sentir les premières douleurs des amours humaines ; des violences de passions farouches ; des dépits et des colères de voir sa puissance amoindrie; des fureurs de vengeance se résolvant en larmes soudaines; une foule de sentiments contraires, qu'elle exprimait avec une vivacité et
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une énergie que Ton n'eût pas soupçonnées en un corps aussi frêle.
Qui eût pu tenir contre ce charme ? Il y a dans cette étrange artiste je ne sais quoi de capiteux qui porte au cerveau et le trouble. Cela n'est pas absolument bon, ni digne d'être loué sans réserve. Il s'y mêle des traits de vulgarité fâcheux, et ce qui surnage encore, c'est un accent de préciosité raffinée qu'elle verse sur tous ses rôles, comme une huile aux parfums entêtasts; mais, vous avez beau vous en défendre, vous êtes séduit, ensorcelé.
Elle a des vaillances incroyables de geste et de voix. Son organe, qui est faible, trouve des éclats dont le cœur tressaille comme au cri soudain de la trompette. Ce corps chétif accomplit des tours de force dont on frissonne. Nous l'avons vue, dans le Lac de Glenaston, se jeter bravement par une trappe, au risque de se casser le cou : elle y manqua périr à l'une des représentations. Dans Cadet Roussel, elle escaladait un toit en pente raide ; et, quand la claque la rappelait à la chute du rideau, elle revenait saluer le public du haut de son toit, souriante et fière. Un gamin, vous dis-je, un vrai gamin !
Il est tout naturel qu'elle soit nerveuse, et par-
tant très journalière. Il ne faut guère la voir que les soirs de premières représentations. Cette délicate et frêle créature est surexcitée par l'émotion de la bataille, par le sentiment de la responsabilité, par la joie du triomphe; toute l'électricité qui s'échappe de la salle semble se ramasser en elle et se dégager en coups précipités. Elle a des attitudes passionnées, des cris déchirants ; elle transporte le public.
Ce grand ébranlement dure sept ou huit jours ; après quoi, elle rentre dans son naturel insouciant et libre. Elle cueille des mouches sur le décor en écoutant une déclaration ; elle contemple le nez du jeune premier en se jetant dans ses bras, et lui souffle à Toreille quelque gaminerie. Il faut, pour qu'elle consente à jouer, que le démon la reprenne et la secoue. C'est un hasard.
Vous la voyez, quand elle entre en scène, jeter indifféremment sur la salle un regard circulaire, et laisser tomber ensuite ses paroles avec ennui ; mais qu'elle ait, par aventure, rencontré une figure qui lui plaise, elle place sa main en auvent sur son front et regarde : la voilà qui tressaille, se redresse' et se met à jouer pour ce seul visage.
Les habitués et les musiciens de l'orchestre
n'en peuvent revenir. Ils s'interrogent étonnés :
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« Qu'est-ce que Jane a donc ce soir ? » Us cherchent dans les rangs de l'orchestre le bienheureux mortel pour qui la folle enfant se donne tout ce mal. F'aut-il dire que la plupart du temps l'aveugle ne se doute guère de son bonheur ?
Mais éveille-toi donc, misérable ! Comment ! tu ne vois pas que c'est à toi qu'elle adresse ces sourires, ces élans passionnés, ces cris d'amour? Tu n'es pas jeune, cela est vrai; tu n'es pas beau, j'en conviens ; tu es le premier venu, un passant, le troisième invité, et tu as la tournure de l'emploi, rien n'est plus évident ; mais c'est pour cela précisément qu'elle t'aime.
Son imagination te pare de toutes les séductions que tu n'as pas; elle allume des flammes dans tes yeux indifférents; elle emplit de pensées poétiques et profondes ton cerveau dénudé par l'ennui de la vie bourgeoise ; elle voit fleurir des rêves exubérants de passion sur ton abdomen qui s'enfle et fait remonter ton gilet; elle t'enrichit de cristallisations lumineuses.
Et toi, tu ne te doutes de rien ! Tu vas rentrer paisible au foyer conjugal, sans rien soupçonner de l'orage que tu as déchaîné ! Et sais-tu ce que tu es pour elle à cette heure? Amadis, Galaor, Roméo, le bien-aimé, l'idéal! Elle rentrera au logis
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furieuse de ton inattention; elle ne dormira point, et le lendemain, quel agacement de nerfs ! quelle inquiétude! quelle pétulance d'oiseau irrité! Il lui prend des envies de tout briser chez elle !
Elle va tout mettre sens dessus dessous dans son appartement ; elle changera tous ses meubles de place. La voilà, armée de clous et de marteau, qui grimpe sur les fauteuils, qui déménage ses tableaux (elle en a, et d'admirables, car elle se connaît en peinture et ne hait pas les peintres), qui les décroche, les raccroche, bouleverse ses garnitures de cheminée, change ses rideaux de fenêtre et de porte. C'était hier une bonne petite bourgeoise, qui ne songeait qu'à son pot-au-feu, surveillant la cuisson des carottes, et parlant de s'acheter du 3 p. loo; c'est aujourd'hui une artiste exaspérée ! Ah ! malheureux ! quelle occasion tu as perdue !
Que ne t'es-tu trouvé là, à la petite porte de sortie, au moment où elle s'échappait du théâtre,
à minuit, regardant de tous côtés, inquiète
Comme elle t'eût reconnu, entraîné, à moins qu'elle n'eût remis la partie au lendemain :
« Allons ! cocher , vite à Romainville ou à Montmorency !
— Diantre ! ma chère, mais il fait un froid de
loup, et la terre est couverte d'un pied de neige. »
Que lui importe ? Ah ! la campagne, les arbres, le ciel, et les violettes surtout ! Cueillons la violette ! Veux-tu, Roméo? Et elle en trouve sous la neige, elle en ferait pousser sur les glaçons de la Seine gelée, pour les offrir à son ami, à son trésor, à son seul bien sur la terre.
Et cela dure?... Mon Dieu! cela dure jusqu'à ce que le dauphin, retournant la tête, s'aperçoive qu'il n'a tiré du fond des eaux qu'un simple bourgeois. Vous seriez un grand artiste ou un millionnaire authentique, qui sait si cela durerait davantage ?
Ce gamin est femme jusqu'au bout des ongles. Quelle légende on eût faite de sa vie dans ce charmant XV!!!"^ siècle, où les Camargo et les Sophie Arnould tenaient le haut du pavé ! C'est une Célimène en blouse et en casquette : tendre tour à tour et cruelle, bonne enfant et hautaine; artiste au milieu de tout cela, rêvant de ses rôles, les apprenant avec fièvre, s'en dégoûtant avec rapidité, changeante comme l'onde : un oiseau, une flamme, un feu follet.
En ces dernières années, elle n'a fait dans les théâtres que de courtes et rares apparitions. Nous l'avons vue tour à tour, en 1872, dans le Cente-
naire de Plouvier, à rAmbigu-Comique, où elle tirait des larmes de tous les yeux, récitant une prière touchante, dont sa voix accentuait encore l'expression; puis en 1 873, au Vaudeville, dans la reprise du Roman d'un jeune homme pauvre^ où elle retrouvait son ardeur et son succès d'autrefois ; puis en 1 874, au même Vaudeville, dans le Chemin de Damas, de Barrière, où elle jouait un personnage ironique et hautain de princesse exotique. Depuis lors, nous ne l'avons plus vue que dans la Fantine des Misérables^ à la Porte-Saint- Martin, un rôle qui allait mal à son tempérament et à son visage.
L'avenir lui ménage peut-être quelque éclatante revanche ; mais il faut qu'il se hâte, et quand nous interrogeons l'horizon, regardant, comme sœur Anne, si quelque beau drame neVient point, nous ne voyons que l'opérette qui verdoie et la féerie qui poudroie.
Ah ! combien de fois , dans le cours de ces études que nous allons poursuivre à travers les théâtres de Paris, combien de fois nous aurons à gémir sur cet envahissement de la féerie et de l'opérette! Que d'artistes elles auront réduits à. l'inaction ! que d'autres elles auront empêchés de se former ! Le drame et le mélodrame sont morts
de compagnie ! Où veut-on que désormais les acteurs et les actrices qui s'y étaient fait un nom trouvent à se produire devant le public?
Voilà M"^ Jane Essler, dont nous écrivons l'histoire aujourd'hui. Si jamais, certes, il s'est trouvé une comédienne qui fût née pour tenir la place d'une Dorval, et prêter aux d'Ennery et aux Ferdinand Dugué le concours de son talent primesautier, c'était bien celle-là. Eh bien ! depuis 1 868, nous ne l'avons plus guère vue que par intervalles et dans des reprises. Elle est, par la force des choses, devenue une actrice nomade et intermittente. Elle n'eût pas mieux demandé, assurément, que d'être attachée à un théâtre et d'y créer tous les trois mois un nouveau rôle; mais il n'y a plus de troupe, et j'ajouterais presque : il n'y a plus de théâtre.
A chaque pièce, l'imprésario engage, selon les rôles qu'il doit distribuer, les artistes qui lui paraissent les plus aptes à les remplir; il recrute ainsi à droite et à gauche une troupe de hasard , qui donne vaillamment encore : car les bons comédiens, ceux qui ont été formés par l'ancien régime, n'ont pas tous disparu; mais il n'en reste déjà plus guère, et depuis longtemps il ne s'en forme plus de nou-
veaux. Que deviendra le théâtre dans une quinzaine d'années ? Supposez que dans quinze ans, par une réaction naturelle et même inévitable, on revienne à ce pauvre mélodrame, si dédaigné aujourd'hui : on ne trouvera plus M"^ Jane Essler, qui est déjà plus qu'à demi retirée du théâtre. Aura-t-elle laissé des héritiers? Douloureux point d'interrogation !
Et peut-être me demanderez-vous, en arrivant à la dernière ligne de cette étude, l'âge de celle dont la biographie vient de vous être ainsi contée : car je ne l'ai pas donné, j'ai même évité d'indiquer aucune date précise. Je l'ai fait exprès. A quoi bon insister sur ce détail, inutile tout ensemble et déplaisant ? Serez -vous bien avancés quand vous saurez que M"^ Jane Essler flotte entre trente-cinq et quarante-deux? Vous croyez, Monsieur, qu'elle a moins? Cela est possible; mais d'autres seront persuadés qu'elle a davantage. Qui a raison? C'est vous sans doute, à moins que ce ne soient les autres. Et puis après, qu'importe ?
Si M"*^ Jane Essler remonte sur les planches, et que, jouant un rôle de jeune femme, elle y déploie encore ces mêmes qualités de verve et de grâce qui ont fait sa fortune, je m'engage solen-
nellement à ne .lui donner que l'âge de son rôle, trente ans au plus. Et, de fait, une actrice n'a jamais que Tâge qu'elle paraît, ou plutôt elle n'a que l'âge des rôles qu'elle joue.
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