SOPHIE, DÉSIRÉE
DÉSIRÉE. — Vous n'avez, de votre vie, vu rien de mauvais comme madame aujourd'hui !
LA PAKTIli: IIE CAMPAGNE. 183
SOPHIE. — Qu"est-ce qu'elle vous a fait?
DÉSIRÉE.— Elle s'en garderait bien, de me rien faire! je l'aurais bien vite lâchée.
SOPHIE. — Et vous auriez ben raison.
DÉSIRÉE. — Jlais c'est après sa fille. Sitôt qu'elle a à s'en prendre à quelqu'un, c'est toujours à elle, jamais à son scélérat de garçon. Et vous croyez que cette jeunesse- là ne ferait pas mieux d'épouser un singe que de rester avec une mère pareille? Ma fol, si, qu'elle ferait bien mieux.
SOPHIE. — Je ne savais pas qu'elle fût mauvaise comme ça, votre bourgeoise.
DÉSIRÉE. — Où que vous en avez trouvé de bonnes, des maîtresses?
SOPHIE. — Pas souvent toujours.
DÉSIRÉE. — Vous voyez donc bien.
SOPHIE. — Et qu'est-ce qu'il vous a dit, le père Godinol?
DÉSIRÉE. — Qu'il allait déjeuner. Figurez-vous, ma cbère, qu'il n'en pouvait plus, le pauvre clier homme; depuis cinq heures qu'ils sont levés avec sa femme, il n'avait rien pris; il tombait de besoin.
SOPHIE. — C'est la même chose chez nous.
DÉSIRÉE. - Vous avez déjeuné, vous?
SOPHIE. — Je crois ben, moi pas hèle.
DÉSIRÉE. — Tout comme n)oi.
SOPHIE. — Tenez, v'iù qu'on vous sonne.
«KsiRÉE.— C'est rien, c'est pour leur z'y monter du vin. Comme ça, chez M. Courlin, ils en disent de belles sur leur compte, pas vrai?
SOPHIE. — Comme bien vous pensez.
DÉSIRÉE. — C'est toujours ce que je me dis : A quoi ça sert de faire des sottises au monde, comme ils en font toujours.
SOPHIE. — Pourquoi aussi le monde est-il assez bête pour toujours en vouloir dans des parties? Tenez, v'ià encore qu'on vous resonne.
DÉSIRÉE. — C'est rien, que je vous dis, c'est pour aller à la cave. Je vas vous dire, on a l'Iiabitude de sortir ensemble, n'est-ce pas? et alors...