‹ Comédies de châteauChapitre 25 sur 72 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

Au lever du rideau, BERTHE, seule, regarde et chilTonne les étolTes qui couvrent la table.

Vert! — c'est assez joli, madame Talésieax

Se met toujours en vert. — Au fait le noir est mieux.

Et le noir va toujours très bien à tout le monde I

Lerougeesttropcommun!... Et d'ailleurs jesuis blonde

Que mettre? Quand j'étais jeune fille, le soir

Au bal, je ne mettais ni vert, ni bleu, ni noir;

Ma mère m'entourait de mousseline blanche

Et de fleurs, comme on met la vierge le dimanche;

Etais-je belle ainsi? Qu'importe! je plaisais.

Moins l'on me regardait et plus je m'amusais.

J'examinais pourtant les toilettes des autres Et mes adorateurs, bons juges, — bons apôtres Plutôt, — trouvaient toujours, et moi je les croyais, Ma mise plus jolie et mon teint bien plus frais.

— Ce vert est ravissant! mais il pâlit les femmes! — Après le cotillon, avec toutes ces dames^

■ Au moment de partir, on jasait quelque peu :

— Hé! vousvoici, mignonne ! — Oui, madame! — Mon Dieu! Vous n'êtes pas lassée ! — Oh ! non ! — Est-elle fraîche ! Regardez! quel amour! quel parfum! une pèche!... Lesjeunesgensrôdaient... m'apportaient mon manteau.

— Ils sont moins distingués avec leur paletot, Leurs cheveux défrisés et la mine flétrie...

Mais je les trouvais bien, ils me trouvaient jolie!

— Le noir décidément vaut mieux! — J'étais en noir Lorsque Maurice vint chez ma mère, un beau soir. Voici deux ans! — J'avais perdu ma vieille tante. Nous n'allions plus au bal!... Je n'étais pas contente! J'étais vainement belle en mes habits de deuil

Car personne sur moi ne jetait un coup d'œil,

Et comme je suis blanche et pâle.. — On est coquette

Ou bien on ne l'est pas... — J'étais peu satisfaite !

— Le noir vous va fort bien ! me dit Maurice. — Moi, Je lui répondis; « Oui, monsieur, et c'est pourquoi Vous me voyez en noir! « — Vraiment, c'était stupide De lui répondre ainsi! — • Maurice était timide...

Il ne s'adressa plus qu'à ma mère, — je vis Son œil humide, alors, doucement, je lui dis...

— Décidément ce vert est charmant!... il m'attire!... ...Je dis... je ne dis rien... je me mis à sourire.

— Si vous étiez en blanc je vous aimerais mieux, Dit-il tout rassuré... moi, je baissai les yeux,

Car il ne disait plus de ces choses banales

Que l'on e'coute en l'air et qui nous sont égales.

Je désirai bientôt qu'il me parlât plus bas.

Et je mourais d'ennui quand il ne venait pas,

Ma mère qui voyait notre petit manège —

Les mères, de vo'r tout ont l'heureux privilège —

Ne s'en offensa pasi — Bref, au bout de Tété,

Maurice ne vint plus... car il e'tait resté!

Que c'est bon un mari qui vous aime et vous choie!

Et ce petit enfant!... Quel avenir de joie!...

Allons! je m'attendris et vais au bal, ce soir.

Imprudente! — Est-ce vert quMl faut choisir? — Lenoir

Est triste dans un bal... mais je vois autre chose.

Allons! c'est décide, je vais me mettre en rose!

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