‹ Comédies de châteauChapitre 37 sur 72 · PIERROT · texte numérisé non relu

PIERROT

— Les pommes de terre ! c'est sur le sac de pommes de terre que j'ai tapé! — Ce n'est pas sur elle! — Sapristi! mais je ne suis pas assassin! je suis encore un honnête homme! je pourrai encore aller à mon bureau, chez monsieur Cassandre, toucher mes appointements et faire mon petit déjeuner, manger mes œufs à la coque, sur le plat, en omelette^ comme je voudrai! Ah! bon Dieu! que je suis heureux! (il saute pardessus la table.) Que la vie est belle! (il va à la fenêtre et l'ouvre.) Comme je respire... Tiens, ils font cuire des harengs au-dessous!... Je verrai les arbres, les fleurs, les oiseaux! Ah! non, c'est trop! (Peu à peu il s'attendrit et pleure.) Je ne méritais pas ce bonheur-là!... Je nage dans la joie... (Touchant une de ses deux mains qu'il vient de croiser sur sa poitrine sous son menton.) Tiens! il pleut!... Non, c'est que je pleure?... Ah! que ça me fait de bien! Allons déjeuner maintenant! car j'ai faim! oh! mais

faim!

Fausse sortie.

Et ma bûche! Je l'oubliais, (ii la prend.) Viens, toi!

Viens! (il la presse sur son cœur.) Tu ne me quitteras

plus, entends-tu? Et quand j'aurai des moments de

colère, tu me rappelleras qu'il faut y regarder à deux

fois avant de les satisfaire...

Allons déjeuner!

Fausse sortie.

Mais en passant près de la charbonnière... je vais

lui jeter une poignée de charbon sur le cou, afin de

n'être plus tenté!

Il sort.

Page 1