‹ Comédies de châteauChapitre 38 sur 72 · LOUIS D'OR DE NICHETTE · texte numérisé non relu

LOUIS D'OR DE NICHETTE

Q^ cMademoiselle éMarie zMorice.

Nichette avait huit ans; elle était blanche et blonde,

Ses yeux, du firmament avaient ravi l'azur,

Elle ignorait le mal et son cœur était pur.

Mais la femme a, dit-on, l'inconstance de l'onde, -

Et Nichette était femme à huit ans, j'en suis sûr;

Car elle était coquette... or, la femme est coquette.

Puis elle était bavarde et... mais je ne veux pas

Vous en dire de mal, car j'adore Nichette;

Et les petits écarts de sa mutine tête.

S'ils sont blâmés tout haut, sont pardonnes tout bas.

Or, la Sainte-Nichette arriva. — Sans nul doute Vous ne connaissez pas cette sainte, — ni moi ; Si dans Sainte-Nitouche il advint que j'eus foi. Je dois vous avouer que j'ai changé de route. Mais Nichette est la sainte en qui vraiment je croi.

C'est un nom simple et doux : d'Eugénie il dérive; Par Nini, par Nichon, à Nichette on arrive. Moi j'aime ce nom-là, je trouve qu'il me plaît... Et je vous avouerai que, si j'aimais Saint Yve, Sans sa permission je vous le dirais net.

La mère de Nichette aimait beaucoup sa fille, Non pas pour la gâter, car cela ne vaut rien. Ai-je tort? je ne sais! cet avis est le mien. Ainsi qu'elle guidait dans le lin son aiguille, Elle guidait le cœur de Nichette, son bien.

Or, pour sa fête, elle eut le singulier caprice Au lieu de lui donner robes, livres, joujoux. De glisser un louis d'or dans sa boîte à bijoux. De l'or! Nichette crut, dans son esprit novice. Pouvoir mettre le monde entier à ses genoux.

D'abord elle voulut acheter quelque chose,

Mais quoi? — Ne riez pas, elle se décida

Pour un chapeau mignon, une capote rose

Qu'à vingt-cinq francs comptant le marchand lui céda;

Mais il manquait cinq francs. — La mère, je suppose.

Ne voulut point venir en aide à son enfant. Car Nichette s'en fut, d'un air tout triomphant, Au vieux pauvre qu'on voit d'habitude à l'église A genoux prier Dieu dans la chapelle grise. Offrir le louis d'or, cadeau de sa maman.

Le pauvre refusa. — « C'est trop, dit-il; l'aumône » Est comme le plaisir, elle doit se borner; » Garde, ma belle enfant, garde ta pièce jaune; » A de plus malheureux tu pourras la donner; » Un sou peut me suffire et l'or peut me tenter! »

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Nichette était vraiment assez embarrassée :

« Q.ue faire de mon or? Le pauvre dit c'est trop,

» La capote est trop chère.. . où placer mon magot ?.. .

» D'acheter des joujoux nouveau^, je suis lassée,

» Et puis je suis trop grande... ah! j'ai ce qu'il me faut! »

Dans le faubourg était une pauvre masure Où quelques malheureux prenaient leur nourriture; Hélas! c'était souvent du pain sec! Les douceurs Ne les accablaient pas. — Leur vie était bien dure! Celles qui les servaient étaient petites sœurs.

Le jour elles allaient, ces filles dévouées. De maison en maison, un panier à la main, Aux riches demandant les débris du festin, Aux pauvres quelques os, à tous un peu de pain ; Puis la récolte faite, elles rentraient lasse'es

Et quand les malheureux avaient pris leur repas.

Elles mangeaient leur reste et ne se plaignaient pas.

Nichette leur donna son or, et sur la pièce

Elle fit une croix et murmura tout bas :

a Te reverrai-je un jour, symbole de richesse! »

Que devint ce louis? Etude curieuse!

D'abord un boulanger l'escompta, puis bientôt Dans le torrent trompeur qu'on appelle agio. Il roula, s'abîma, disparut au plus tôt ! Nichette cependant grandit belle et joyeuse.

Mais l'épreuve arriva. — Son bon père mourut... Ail! quand il fut parti, le clief de la famille, On ne put consoler la mère; pour la fille Sans dot, hélas! le prétendant qui la voulut Jadis, de la maison bien vite disparut.

La ruine vint peser sur elles deux. — La mère Tomba malade... alors Nichette travailla : Chaque nuit en brodant, la pauvre enfant veilla, Elle à qui la fortune avait souri naguère. Ceux qui n'ont pas souffert comprendront-ils cela?

Enfin la pauvre mère à son tour sous la terre Alla trouver celui qui l'aima tant jadis! Nichette resta seule à vingt ans! La misère Usa son pauvre corps, et ses doigts amaigris Ne purent se plier que pour une prière...

Oui... la charmante enfant mendiait!... un passant Qui la vit sangloter fut ému... — « Pauvre fille, » Dit-il... Vous n'avez plus, mon enfant, de famille? « — « Je suis seule et j'ai faim! » — «Oh! Seigneur tout-puissant Dans les yeux du passant une larme scintille;

« — Tenez, dit-il, tenez, mon enfant, c'est de l'or, » Mangez, que la santé revienne... c'est l'aumône » Qui jadis m'éleva, cet or que je vous donne » Puisse-t-il vous sauver!» — « O Dieu clément et fort. Dit Nichette!... la croix! La croix s'y trouve encor! »

C'était la pièce d'or que jadis à sa fête

Sa mère avait donnée à la bonne Nichette,

Car Dieu qui ne fait rien sans but, avait voulu,

Tout en la punissant d'avoir été coquette.

Lui montrer qu'un bienfait n'était jamais perdu.

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Le coq à pleine voix commença ses chansons, Nichette s'éveilla sous les yeux de sa mère... Au dehors babillaient rossignols et pinsons... Dieu, mes enfants, sait bien guider qui le révère, Et les rêves souvent ne sont que des leçons.

FIN DU LOUIS d'or DE NICHETTE

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