SCÈNE YIII
STÉPHANIE, MAYRAN, debout su7' le seuil, sonsac de voyage à la main.
MAYRAN
Adieu, madame.
STÉPHANIE pousse un cri et se retourne. Ah! vous n'êtes pas parti?
MAYRAN
Pas encore; avant de vous quitter, j'ai voulu vous demander pardon de ma conduite.
STÉPHANIE, sans le regarder.
Vous prenez trop de peine. Qu'importe la conduite d'un homme qu'on connaissait à peine hier, qu'on ne doit plus revoir, — et qui n'a pour vous... ni estime ni affection?
riche ! — qu'il me laisse sur les bras f Je vais me venger, par exemple! J'écris à l'instant même à mon notaire pour lui signifier que je suis satisfaite. (Elle s'approche de la table.) Tiens, \ il avait écrit. A qui? (Elle rapproche les fragments (le papier.) « Madame, je suis... » (Elle cherche sur latable.) Ce n'est pas cela; l'autre moitié est perdue... En voici une autre : « Je vous ai toujours »... le morceau manque. Ah!... « Je suis parti, parce que... » (Elle cherche fiévreusement.)Rien, rien! Il voulait me le dire. Ah! c'est trop fort! (Elle se promène en jouant avec son éventail.) Oh \ mais c'est trop fort!... C'est un monstre, un malappris... Je ne veux plus entendre parler de lui! (Elle frappe la table de sou éventail, et le brise.) Mon bel éventail ! (Elle le regarde avec émotion, et en jette les morceaux.) Qu'est-il venu faire ici? J'étais tranquille, heureuse... Je pensais bien qu'il reviendrait un jour ou l'autre. . . et j 'attendais avec patience. . . Ce n'est pas ma faute, à moi, si mon mari me parlait toujours de lui, — et puis, il était si loin, — je pouvais bien pensera lui... maintenant, il revient exprès pour me faire de la peine, — il veut se marier! — Il a menti, je suis sûre qu'il aime une autre femme! — Oui, voilà ce
COMEDIE EN UN ACTE. Ii9
STÉPHANIE, blessée.
Comme il vous ^Dlaira, monsieur; vous êtes libre.
MAYR.v>' s'approche de la porte, puis revient. Madame, il y a cinq ans... (Stéphanie se tourne vers lui, il apeiroit le papier qu'elle tient à la main.) Non, c'est impossible, adieu, madame. (Il sort.)