SCÈNE VU STÉPHANIE, seule
STÉPHANIE reste un moment immobile, puis marche vivement vers la porte.
^lais c'est qu'il est parti! Oui, parti! (Elle regarde par la fenêtre.) Et sans que je sache seulement pourquoi il est venu! C'est indigne, — et cela n'a pas le sens commun. Tomber comme une bombe, et puis s'en allcr^ comme on est venu, sans crier gare, — mais c'est de la dernière inconvenance I (Elle se promène avec rifjitation en se servant de son éventail.) Le vilain personnage! Est-il assez désagréable! Et cette fortune dont il ne veut pas, — comme s'il était
MAYRAN jette son sac et s'approche vivement.
Maintenant que ce maudit argent ne me lie plus la langue, vous allez savoir. — Je suis parti, il y cinq ans, parce que je vous aimais. — Je suis revenu parce que je vous aime. Vous êtes riche, je ne suis qu'un pauvre diable, je n'ai rien pour être aimé... je m'en retourne. J'ai voulu vous voir, m'assurer que vous étiez satisfaite de votre destinée... Jeune, belle, veuve, vous trouverez le bonheur un jour ou l'autre, — je m'en vais tranquille. (Sa voix se brise.) Tranquille... et content...
STÉPHANIE, maîtrisant son émotion.
C'est tout ce que vous vouliez?
MAYRAX.
Ai-je droit à quelque chose de plus?... Vous êtes blessée de mon audace, c'est tout naturel; aussi... je vous en demande humblement pardon... C'est vous qui l'avez voulu... Je m'en vais. Adieu... ma tante... {Stéphanie reste immobile; ils se tournent le dos.)
STÉPHANIE s'essuie les yeux. Un temps.
(A part.) Puisqu'il veut s'en aller, je ne peux pourtant pas lui dire de rester! {Un temps. Elle jette un coup d'œil de côté, s'assure quil n'est pas parti, puis reprend sa pose précédente.)
MAYRAN, très-ému.
(A part.) Elle me déteste, c'est bien fait. Pourquoi l'ai-je tant fâchée?... (Haut.) Ma tante!...
STÉPHANIE, se retonrnant.
Vous êtes encore là?
MAYRAN, faisant un pas vers la porte.
Non... c'est-à-dire, je m'en vais.
STÉPHANIE, sans le regarder.
Qui vous dit de vous en aller?
MAYRAN, transporté.
Vous voulez que je reste?
STÉPHANIE
Je ne veux rien du tout. Quand je vous demande quelque chose, vous ne voulez pas me le dire; — quand je ne vous le demande plus...
MAYR.\N
Vous êtes fâchée?
Qui vous dit que je sois fâchée?
MAYIL^N.
Mais alors...
STÉPH.AN'IE.
Alors... on ne vous dit pas de vous en aller... voilà tout.
MAYIUN.
Dans ce cas, je reste... {Lui prenant la main.) Vous permettez... ma tante?... (// lui baise la main avec passion.)
STÉPHANIE, un peu confuse.
Oui... mon ami...
Rideau.
PERSONNAGES
La princesse MÉRYEM.
Madame VÉRA DE RÉNOF.
MARIETTE, sa femme de chambre.
Accessoires :
Un grand ouvrage de tapisserie.
Une table de toilette, mobile.
Papiers grand format.
Une lettre.
Une aigrette de plumes, avec boucles en diamants.
Le costume de la princesse est un costume oriental avec robe longue et grand voile blanc en gaze ou mousseline. Madame de Rénof est blonde.
La scène est dans une forteresse du Caucase, pendant la guerre de la soumission, 1830-60.
Un salon confortablement meublé à l'européenne. Porte au fond, porte à gauche, fenêtres ouvertes à droite : ces deux dernières en pan coupé.