‹ Comédies de paraventChapitre 8 sur 72 · SCÈNE II Les mêmes, LOUISE · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les mêmes, LOUISE

PLUMASSARD. à Louise, qui tourne le coin de la maison, partant nne chaise, nn panier à ouvrage et un petit banc.

Bonjour, ma Louisette; que voulez-vous, mon

enfant?

LOUISE

M'asseoir à l'ombre, monsieur Plumassard; le soleil a tourné!

La! qu'est-ce que je disais! Asseyez-vous, Louisette; et les petites sœurs?

LOUISE, assise et travaillant.

Merci, monsieur, elles vont bien, elles sont à l'école. Depuis que madame Plumassard me permet de terminer ma journée à cinq heures, je peux aller les chercher à l'école; elles ne sont jamais seules, et j'ai toujours l'esprit tranquille. C'est bien bon à vous, madame, d'avoir arrangé cela.

MADAME PLUMASSARD.

Il faut bien faire ce que vous voulez, puisque vous ne voulez pas faire ce que nous voulons; j'aurais mieux aimé vous garder ici tout à fait, pour nous désennuyer, mais vous refusez. LOUISE, souriant doucement.

C'est pour me taquiner que vous me dites cela, madame Plumassard, vous savez bien que je ne puis pas : le bon Dieu m'a donné deux grandes fillettes à élever, ne faut-il pas que la petite maman passe avant l'ouvrière?

MADAME PLUMASSARD.

Je sais bien que vos sœurs ne s'aperçoivent guère avec vous qu'elles sont orphelines, mais elles ont eu de la chance de vous avoir... Ce n'est pas pour vous faire de compliments, Louise, mais je m'étonne que ce vilain pays possède des gens comme vous...

Comme elle? Il n'y a qu'elle, — et elle n'est pas née ici... — heureusement!

LOUISE, souriant.

Oh! monsieur Plumassard, si l'on vous entendait!... Nos pauvres villageois n'ont pas de chance de s'être fait prendre en grippe par de si honnes gens !

aiADAME PLUMASSARD.

C'est nous qui en avons, de la chance, d'être

détestés par de si vilains matous! La! voilà le

linge rentré, Charles peut venir. Est-ce que ce

n'est pas l'heure du train , monsieur Plumassard ?

PLUMASSARD, tirant sa montre.

Oui, mais la côte? Trois quarts d'heure en montant! Joli pays pour les communications!

MADAME PLUMASSARD.

Eh hien, si on est trois quarts d'heure à monter, on est vingt minutes à descendre. Ça a hicn son prix. Allons, mon gros loup, ne fais pas croire à celte enfant que tu as un mauvais caractère. {Louise sourit.)

PLU.MASSARD

Louise sait hien que je n'ai jamais mangé personne. Dis donc, Suzanne, as-tu regardé le papier qu'on a apporté ce matin?

MADAME PLUMASSARD.

Il est joli, ton papier! C'est une assignation! Le voisin de droite prétend que nous avons arrêté l'écoulement des eaux de son jardin, et qu'il a été inondé par la pluie de mardi.

PLUMASSARD.

Inonder son jardin qui est plus haut que le nôtre sur la côte ! — Il est donc fou? si ce jardin était plus bas, je comprendrais encore. C'est lui qui m'inondait l'autre jour avec sa petite cascade... mais j'y ai mis bon ordre. (Lotilse se lève et cherche dans la muraille à droite.) Que voulez-vous, Louise?

LOUISE, apportant un gros tampon de chiffon.

Je cherchais le bouchon que vous avez mis au tuyau de dégagement de ce monsieur.

PLUMASSARD.

Voulez-vous bien laisser ça! Pour qu'à la prochaine pluie, la cataracte recommence dans mes hortensias?

LOUISE, souriant.

Alors, monsieur Plumassard, vous aurez maille à partir avec le juge de paix. Si le voisin réclame, c'est que vous devez avoir quelque chose pour cela dans votre contrat de vente!

MADAME PLUMASSARD.

C'est bien possible. Il y a tant de choses là dedans, auxquelles je n'ai rien compris ! Comment, c'est par là que passe l'eau du voisin? Mais c'est abominable!

LOUISE

Quand il pleut.

Par exemple, je ne m'en serais jamais douté ! . . . Eh bien, puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement, je ferai creuser une petite rigole...

MADAME PLUMASSARD.

Une rigole, à présent'? C'est affreux! c'est à quitter le pays.

PLUMASSARD.

Parce que je ferai creuser une rigole!

MADAME PLUMASSARD.

Tu m'ennuies! Une maison où l'on n'est pas seulement chez soi! Charles aura bien du plaisir à demeurer ici avec sa femme! Est-ce qu'on vous a fait aussi des misères, Louise?

LOUISE, qui est retournée à sa place.

Non, madame, pas à présent. Il y a dix ans que nous sommes ici.

MADAME PLUMASSARD.

Et dans les commencements?

LOUISE

D'abord , nous n'ctions ni riches ni propriétaires, mais on nous tourmentait bien un peu tout de même.

MADAME PLUMASSARD.

Il faudra attendre dix ans pour qu'on nous supporte! C'est consolant! Pour moins de rien, je vendrais la maison.

PLUMASSARD, à part.

Que le ciel t'entende! (Haut.) Suzanne, une si jolie maison!

MADAME PLUMASSARD.

Jolie! jolie,... si l'on veut !

PLUMASSARD.

Mais tu en étais si contente quand nous l'avons achetée?

MADAME PLUMASSARD.

Quand nous l'avons achetée... oui... mais depuis...

PLUMASSARD.

Est-ce qu'elle a enlaidi?

MADAME PLUMASS.\RD.

Non... mais... enfin, elle est à nous, voilà tout. Et nous n'avons pas un moment de repos.

PLUMASSARD.

Un pays si tranquille! On ne nous dérange pas.

MADAME PLUMASSARD.

Je crois bien! depuis noire arrivée, nous n'avons vu que les gens qui viennent se plaindre, et une fois le garde champêtre pour une contravention. C'est gai!

Une jolie maison, pourtant, et puis, quand on n'a pas ce que l'on aime... Ne te fâche pas, madame Plumassard, tu ferais supposer à cette enfant que tu as mauvais caractère. Tiens, voici Charles.

Page 1