ACTE n. — SCÈNE II
GEORGES
Quoi! pas même une espérance?
LA COMTESSE
Pas même une espérance, monsieur; s'il est d'usage, dans un certain monde, de donner.... des espérances, je n'appartiens pas à ce monde-là, je vous en avertis; je suis d'une famille où l'on a l'habitude de payer ses dettes, et cela me suffit pour ne pas vouloir, même de vous, comme créancier.
GEORGES
Mais, comtesse, vous vous méprenez étrangement sur ma pensée; comment pouvez-vous croire que je pousserais jamais l'oubli de tout respect jusqu'au point...
LA COMTESSE
Pourquoi pas, s'il vous plaît? et pour quel motif n'exigeriez-vous pas que je vous tinsse une promesse que je vous aurais faite? En vous conduisant autrement, vous feriez preuve sans doute de beaucoup de réserve ; mais ne serais-je pas en droit de prendre cette réserve pour de la froideur ou àpeu-près? Voulez-vous là-dessus tout mon sentiment? Eh bien, si j'étais un beau chevalier comme vous, et qu'une belle dame, comme moi, s'avisât de me donner... des espérances, je ne lui laisserais pas un moment de repos, qu'elle ne m'eut tenu parole, et, croyez-moi, si les hommes en avaient toujours agi ainsi, il y aurait eu peut-être
un peu rrloins de coquettes, mais personne à coup sûr ne s'en serait plus mai trouvé.
GEORGES
Je vous l'accorde, comtesse, et je n'aurais rien à redire à la leçon que vous voulez bien me donner... si je la méritais. Mais, en bonne conscience, où est la coquette et où est l'audacieux? J'ai eu l'imprudence, il est vrai, de vous laisser entrevoir mon secret, et voici que vous profitez de ma confidence involontaire, pour dénaturer le sentiment profond que j'éprouve pour vous et pour en dire tout le mal imaginable. Est-ce bien généreux, et pensez-vous qu'il vous suffise d'être injuste pour ne pas le comprendre?
Soit ; mais êtes-vous bien sûr de le comprendre vous-même, et n'avez-vous pas pris pour un sentiment plus vif la bonne amitié que vous voulez bien me porter?
GEORGES
Le cœur n'a pas de ces méprises, comtesse.
LA COMTESSE
Le cœur, c'est possible; mais l'esprit, mais ce besoin d'aimer qui nous entraîne aux plus nobles comme aux plus sottes entreprises, croyez-vous qu'à votre insu vous n'en subissiez pas la maligne influence? Je ne vous en fais pas un crime, remarquez-le bien ; c'est si naturel et si doux, quand on a notre âge... vingt ans, n'est-ce pas?...