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SCÈNE IX

BALDACF.

Vous me laissez souffrir et vous prétendez m'aimer?

wiLHELM, avec exaltation.

Moi, ne pas vous aimer? Moi qui rêvais pour vous Un destin dont les dieux eussent été jaloux ?

(Musique douce.) Si vous saviez, BaJdauf, quelle douce retraite Imaginait pour vous mon amour de poëte : (Baldauf ne V écoute pas et regarde avec inquiétude du côté de la porte.) C'était, sur des coteaux de mélèzes couverts, Une blanche maison avec des volets verts...

BALDAUF.

Croyez-vous qu'Arnold soit aussi adroit qu'il se plaît à le dire ? »

WILHELM, continuant.

Sur un mode pareil les heures fortunées Mesuraient lentement le cours de nos journées ; En vain l'on eût cherché dans un coin de ce ciel Le point noir précurseur des sinistres tempêtes, Et de ce calme pur les voluptés secrètes Allongeaient les quartiers de la lune de mieL..

BALDAUF.

Mais Stéphan est plein de sang-froid , n'est-ce pas?

WILHELM, du même ton.

Un étemel printemps berçait de sa caresse

Notre étemel bonheur... Les mêmes mots sans cesse

Revenaient à plaisir l'un par l'autre amenés...

J8ALDAUF.

Et le sang-froid, c'est tout dans ces sortes de rencontres?

wiLHELM, de même.

La jeunesse y mêlait son reflet poétique.

Et nos belles amours, comme une églogue antique,

Auraient pu se chanter en couplets alternés :

BALDAUF.

Je n'y résiste plus... il faut que je m'assure par moi-même... (Elle sort.J

WILHELM, de même.

— Sur mon cœur, mon Wilhelm, pourquoi te faire attendre?

— Baldauf, à mes côtés que ne viens-tu t'asseoir ?

— Plus près, plus près encor ... j'ai besoin de t'entendre.

— Plus près, plus près encor' ... j'ai besoin de te voir.

(S' apercevant que Baldauf est sortie.) Désespoir ! Elle a fui... qu'est-elle devenue? Ma tendresse est par elle à jamais méconnue ! 0 mes pauvres amours ! 0 mes châteaux en l'air ! Je vais ouvrir mon cœur à madame Muller !

(La musique s'arrête. — 77 sort.)

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