‹ Comedies de paraventChapitre 20 sur 224 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

BALDAUF, STÉPHAN.

STÉPHAN entre.

fil a le bras et la main gauche enveloppés dans un foulard de soie noire.) Que faites-vous done là, Baldauf?

BALDAUF, se relevant.

Ah î c'est vous Stéphan... Je priais ma mère, et elle m'a répondu.

STÉPHAN

Et pour qui, mademoiselle?

BALDAUF, hésitant.

Pour qui, Stéphan?... Pour moi. Depuis qu'elle n'est plus, je lui dis toutes mes peines.

STÉPHAN

Et quand elle vivait ?

BALDAUF.

C'était bien différent : je ne lui confiais que mes joies.

STÉPHAN

Vous êtes donc malheureuse, mon enfant?

Malheureuse, moi? Non... Je suis seule î

STÉPHAN, avec un geste de douleur.

C*esl vrai î

BALDAUF.

Mais qu'avez-vous? Vous pâlissez... (Apercevant le bras de Stéphan en écharpe.J Vous êtes blessé !

STÉPHAN

Ce n'est rien... une égralignure... voilà tout. Dans huit jours, j'en serai quille. Mais vous, ne voulez-vous pas me confier vos chagrins?

BALDAUF.

Des chagrins ? je n'en ai pas... El qui pourrait m'en faire ici? Madame Muller est pleine de bontés pour moi : tout le monde m'aime...

STÉPHAN

Excepté moi, Baldauf...

BALDAUF, avec une douleur contenue.

Excepté vous... Stéphan. Je serais une ingrate si je n'était pas heureuse de ma condition, et c'est un vilain défaut, n'est-ce pas, que l'ingratitude?

STÉPHAN

Abominable, mais commun, comme la lâcheté, comme l'envie, comme tous les vilains défauts de la faiblesse humaine. Il est peu de cœurs assez forts pour porter un bienfait, tout le long de la

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