ACTE n. — SCÈNE V
LA COMTESSE, à part.
Nous y voilà, le feu va commencer. . . fA AntonelU.J Peut-être craint-elle de se trouver dans votre cœur en trop nombreuse compagnie?
ANTONELLI
Ma, coumtesse, du moment qu'elle m'aura accordé ce que z'attends et ce que ze désire, ze les casse, ze les casse toutes de ce cœur où elle régnera désormais en souveraine.... Ze ne serai pas soun serviteur, ze serai soun esclave... D'oun zeste, d'oun mot, elle pourra faire dé moi tout ce qui plaira à sa cère fantaisie... Si elle lé veut, ze resterai près d'elle, à ses pieds... Si elle l'ordonne, nous partirons ensemble, et nous irons, loin du monde et des envieux, nous réfugier sour les bords....
LA COMTESSE
Du lac de Côme, je parie !
ANTONELLI
Précisément.
LA COMTESSE
Ah! mon cher prince, ne pourriez-vous choisir un autre endroit?
Pourquoi donc? Si vous saviez comme il est bleu, comme il est poétique, comme ses rives sont fleuries et parfoumées?
LA COMTESSE
Je ne dis pas non ; mais il y a trop de danseuses sur ses bords.
ANTONELLI
Ze ne vous comprends pas.
LA COMTESSE
Je m'en doute bien... (Avec une naïveté feinte.) Et avez-vous fait part de vos projets à mon mari?
ANTONELLI
Hein?... à votre mari?
LA COMTESSE
Oui, à mon mari. Il s'est déjà aperçu, comme moi, de l'impression profonde que vous aviez faite sur la marquise, et comme c'est pour vous un ami véritable...
ANTONELLI
Ma, coumtesse, il n'est pas question de la marquise !
LA COMTESSE, avec unc haute dignité.
Et de qui donc alors?
ANTONELLI, à part.
Diavolo, serais-ze allé trop loin ?
LA COMTESSE, O part.
Calmons-nous, je puis m'en débarrasser encore à meilleur marché. fS' adressant à Antonelli.J Eh bien, prince, répondrez-vous à ma demande?