ACTE IL - SCÈNE V
ANTONELLI
Z'avoue qu'elle mé rend des plous perplexes.... Sans doute, la marquise est digne à tous égards que ze la distingue... et lou marquis est si occoupé ailleurs, qu'elle pourrait aller zousqu'au lac de Côme, sans même qu'il s'en doutât; ma, vous lé dirai-ze, z'avais oune plous haute ambition que dé plaire à la marquise, et si celle, à qui z'ai voué ma vie, avait daigné se rendre à ma prière, si elle avait counsenti à mé dire tout bas l'heure et l'endroit, où z'aurais pu, sans l'offenser, lui déclarer ma flamme, ze vous lé zoure, coumlesse, z'y serais allé... comme l'Amour... avec oun bandeau sour les yeux !
LA COMTESSE, à part.
Ciel ! une idée. fS^adressant à Antonelli avec une coquetterie affectée,) Et si l'on vous prenait au mol, ne reculeriez-vous pas devant un tel engagement?
ANTONELLI
Ze ne me dédis zamais.
LA COMTESSE
C'est ce que nous allons voir. (Elle tire un mouchoir brodé de sa 'poche et passe derrière la chaise d' Antonelli.J Ne bougez pas.
ANTONELLI
Que faites-vous?
Eh mon Dieu ! ce que vous désirez. Vous êtes
286 LE SEÉGE.
l'Amour... voici le bandeau. fElle place le mouchoir sur les yenx dAntonelli et le serre avec force.)
ANTONELLI, à part.
Allons donc, ze savais bien que ça finirait par là. (Haut.) Ah ! coumtesse, vous mé coumblez !
LA COMTESSE
Pas un mol.... laissez-vous conduire. (Elle prend Antonelli par la main et le mène vers le côté gauche du théâtre.)
ANTONELLI
OÙ ça?
LA COMTESSE
Par ici, monsieur le curieux... dans le boudoir vert... couleur d'espérance... Là, vous y êtes.
ANTONELLI
Mais enfin....
LA COMTESSE
Un peu de patience donc... Vous me promettez au moins de ne pas toucher à votre bandeau ?
ANTONELLI
Ze vous le promets.
Vous me jurez de ne sortir du boudoir que lorsque vous entendrez frapper trois coups?
ANTONELLI
Ze vous le zoure sour ce que z*ai dé plus cer au monde.