‹ Comedies de paraventChapitre 2 sur 224 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

FRANZ

Quand je pense que depuis huit jours je ne me suis pas grisé une fois de peur de lui déplaire I

PETER

Et moi donc, qui ne jure plus et ne vais plus aux rendez-vous de Charlotte !

ALBRECHT

J'ai bien mieuxfait que vous, camarades... Avanthier, je passais ma thèse de philosophie; c'était le sévère, le majestueux, le triple âne bâté de maître Philéasqui m'interrogeait, II me demande du haut de sa perruque et de son fauteuil ce que je pensais de l'âme... Je lui réponds qu'elle a les jeux bleus, et me voilà renvoyé aux calendes grecques.

FRAKZ.

Que veux-tu j faire, mon pauvre ami ? Elle nous a jeté un sort, c'est évident. Quant à moi, qu'elle me demande ma vie, et je la lui donne!

PETER

Ah ! si je croyais qu'en vouant mon âme au diable elle m'aimerait... je tuerais la poule noire et je signerais le contrat sans broncher.

ALBRECHT, levant les mains au ciel.

Seigneur, vous m'êtes témoin qu'il ne me reste qu'une espérance... Cette dernière espérance est un oncle... Si je la perds. Seigneur, je suis pauvre comme Job. Qu'elle dise un mot, et je lui donne

mon oncle. (Ils continuent à causer entre eux et à fumer leurs longues pipes de porcelaine.)

ARNOLD à Wi'helm.

Savpz-vous bien que c'est vraiment une ravissante fille et que j'en suis éperdument épris?

WILHELM

Ali ! monsieur, c'est Hébé sur terre descendue : Les dieux compatissants nous l'ont enfin rendue.

ARNOLD

Dieu me damne, Wilhelm, depuis que nous parlons, vous ne me répondez plus qu'en vers !

WILHELM

Que voulez- vous, Arnold? L'amour m'a faite poëte. Je ne sais quel démon m'a passé par la tête ; Mais depuis que mon cœur s'est follement jeté Dans le charme enivrant de sa chaste beauté, Si je parle, aussitôt chaque mot se balance Sur le ton mesuré d'une juste cadence.

ARNOLD

Parbleu, moi aussi je pourrais faire rimer âme avec flamme, mais je ne m'en donne pas la peine.

WII.FIELM.

C'est que vous n'aimez pas : j'étais tout comme vous,

Avant d'aimer Baldauf et d'en être jaloux :

Je faisais autrefois des sonnets à la lune,

 la brise, au soleil, à la grève, à la dune,

Et par tous les chemins de la création

Je menais au hasard mon inspiration.

Je la vis un beau jour : dès ce jour, je vous jure,

Je renonçai bien vite à toute la nature,

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