ACTE III. - SCÈNE I
LA MARQUISE
Pas encore ; il est toujours temps de faire pénitence.
LE COMTE
Surtout quand on a si peu péché.
Si peu !... Que vous faudrait-il donc de plus? [Au moment où le comte va pour lui répondre, la marquise se tourne du côté des dames assises près d'elle et leur dit :J Vous savez ce qui arrive à cette pauvre Valentine?... Elle est ruinée, archiruinée !... On m'a donné ce matin les détails; je ne voulais'pas y croire... Figurez-vous qu'elle doit les yeux de la tête: 200,000 francs àBarennes pour ses robes, 100,000 à Laure pour ses chapeaux ; 50,000 francs de parfumeries à Oubigant, 20,000 de cheveux à Félix... Oh î c'est bien fâcheux pour son mari l... Il va être obligé de reprendre le commerce de moutons que faisait son père. fS'adressant au comte.) Vous disiez, mon cher comte...?
LE (COMTE
Rien, marquise; j'écoutais votre histoire de \di grandeur et de la décadence de M'^' de Sablé.
LA MARQUISE
C'est effrayant, n'est-ce pas ? Vous qui êtes agriculteur, pourriez- vous me dire combien M. de Sablé devra vendre de moutons pour payer les cheveux de sa femme?
LE COMTE
Cinq cents à peu près.
LA MARQUISE
C'est moins que je ne pensais... Mais pour le reste, conament fera-t-elle?
LE COxMTE.
Ma foi, je l'ignore ; on n'a pas calculé encore ce qu'il peut entrer de moutons dans la robe d'une jolie femme.
LA MARQUISE
Tiens, je VOUS croyais pi us fort; il faudra que je le demande au marquis; il connaît àfondlaquestion des laines... (Le prince Antonelli entre.) Ah ! voici Antonelli ; je suis sûre qu'il va nous le dire.