LES MÊMES, HÉLÈNE
HÉLÈNE
Pardonnez-moi, monsieur, d'entrer de celte façon... mais j'ai été surprise par cet affreux orage... je me suis complètement égarée, et si je n'avais trouvé la porte de votre cour ouverte, je voyais le moment où j'allais être emportée avec mon cheval dans la rivière.
JOHANN
Veuillez vous regarder comme chez vous, madame.
HÉLÈNE
Chez qui ai-je l'honneur de recevoir une si gracieuse hospitalité?
JOHANN
Chez le bourgmestre de Forbach.
HÉLÈNE
Et cette charmante jeune femme est alors...?
CHARLOTTE, faisant une révérence.
Madame la bourgmestre... pour vous servir.
HÉLÈNE
Je crains en vérité d'être indiscrète, et je ne sais si je puis...
JOHANN
Pas le moins du ;monde ; je suis bourgmestre, c'est vrai... mais je suis également aubergiste.
HÉLÈNE
Je resterais bien volontiers ; mais si ce soir même on ne me voyait pas revenir à Bade, on serait dans une inquiétude...
CRARLOTTE.
Impossible, madame ; les chemins sont défoncés par la pluie; mon mari devait d'ailleurs y envoyer dans une heure un des garçons de son moulin, et rien ne sera plus facile...
HÉLÈNE
Ah ! vous êtes meunier aussi ?
JOHANN
xMon Dieu, oui, madame: bourgmestre, aubergiste et meunier...
HÉLÈNE, souriant.
Et marié ?
JOHANN
Et marié, comme vous voyez ; aussi je vous assure que je n'ai guère le temps de m'ennuyer ; mon auberge d'un côté, mon moulin de l'autre, ma commune à administrer, mafemmeàdorlotler... cane va pas tout seul, vous pouvez m'en croire, et il y a des moments où je ne sais plus où donner de la tête.
CHARLOTTE
Plaignez-vous donc, monsieur le bourgmestre ; on vous en donnera souvent des meunières comme moi.