‹ Comédies, dramesChapitre 144 sur 170 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

EMILIE, ESTHER et M""" GESLIN, entrant par la porte à droite. ESTHER, courant à Emilie qu'elle embrasse.

Ma bonne sœur !

M"^'' GESLIN, pendant que les deux sœurs sont dans les bras l'une de l'autre.

Si mademoiselle voulait seulement m'ccouter...

ESTHER

Cela suffit, madame Gcslin!... allez-vous recommencer cette discussion ? Il n'y a personne au monde d'aussi obstiné (lue vous !

M'"'' GESLIN

Peut-être!... (Lui présentant un papier.) Voici le buUclin dcS

Messageries, et la preuve que nos effets ont été enregistrés; si, après cela, votre malle et votre boîte à chapeau ont été changées au bureau... ce n'est pas ma faute! deux femmes seules dans une diligence !

ESTHER

C'est bien !

M'"- GESLIN

Est-ce qu'on peut se faire obéir I... est-ce que le conducteur vous écoute seulement !... mademoiselle ne veut jamais de cavalier avec nous !

ESTUER.

C'est mon idée.

M™"^ GESLIN

Si c'est pour qu'on ne nous en conte pas en route, nous n'y gagnons guère !... car au lieu d'un, nous en avons cinq ou six !... il n'y a pas de commis voyageur qui ne se croie le droit de faire le galant !

ScKiDE. — Œuvres complètes. U« Série. — 3* Vol.

•59!^ COMKDIKS DRAMES

K.MIL1E, riant.

11 serait vrai !

ESTHER

Non, ma sœur!... madame Geslin, ma femme de chambre, s'effraye de tout !

M™'' GESLIX.

Ail ! je m'effraye de tout ! et les bons mots, et les récils de ces messieurs!... passe pour moi... je puis entendre... mais j'ai été obligée de leur imposer silence, et de leur dire « Messieurs 1 ma maîtresse n'est pas mariée, elle est demoiselle ! »

ESTHER, avec impatience.

Madame Geslin !...

M"'' GESLIN

Il était temps !... depuis ce moment, du moins, la conversation a été convenable ; et sauf quelques plaisanteries à double entente sur les ingénues qui sont majeures, sur le boslon, la i)rovince, et le caractère acariâtre des vieilles tilles, plaisanteries que j'ai eu l'air de ne pas entendre...

ESTHER

11 suffit... je vous ordonne de vous taire !

M""" GESLIN

Je me lais, mademoiselle ; mais ce n'est pas moins Irùsdésagréable !... et si seulement feu mon mari avait été avec nous !...

EMILIE

. Madame a été mariée ?

M™'' GESLIX.

Trois fois, madame !

EMILIE, gaioment.

Voilà une puissante alliée I... un argument vivant qui luouve (lour le mariage!...

ESTHER

Ou pour la soumission de madame Geslin ; il y a des gens qui aiment à obùir.

M™'' GESLIX.

Eh ! mon Dieu ! mademoiselle, je n'ai jamais été i)lus libre que sous mes trois maîtres ! je veux dire mes trois maris I Je faisais tout ce que je voulais ; mais, depuis mon dernier veuvage, depuis que je suis entrée chez mademoiselle de Vaucresson, votre marraine...

EMILIE, bas à Esther.

Ah ! c'est de là qu'elle vient !

ESTHER

Oui ; ma marraine, qui y tenait beaucoup, me Ta laissée, me l'a léguée !...

EMILIE, à demi-voix.

.Ce serait le cas de renoncer à la succession.

ESTHER, à M'"'' Geslin.

Voyez la chambre que ma sœur me destine... mettez tout en ordre ; et tantôt nous sortirons.

M""' GESLIN

Une belle idée ! Après un aussi long voyage, et fatiguée comme vous l'êtes ! ce qu'il y a de mieux est de se reposer.

ESTHER

Sans doute ; mais j'ai affaire, et comme je ne puis sortir seule...

M™^ GESLIX.

Si vous ne songez pas à votre santé, c'est à moi de m'en occuper; oui, mademoiselle!..*, vous direz ce que vous voudrez, je ne vous laisserai pas être malade ! demain il sera assez tôt ! d'autant plus qu'à cette heure vous ne trouverez plus les gens d'affaires (juc vous voulez voir.

ESTIIKR, impatientée.

C'est bon!... c'est bon!... en voici beaucoup trop sur ce sujet !

M""^ GESLIN, à part.

Et elle est de mauvaise humeur encore !... Les maîtres sont si difficiles et si ingrats ! surtout les vieilles filles !...

(Elle son.)

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