SCENE III
WALPOLE, HENRL
HENRI, à part.
A trois heures... dans la grande galerie... c'est ici!
WALPOLE, l'apercevant.
Ah ! le voilà !
Ciel ! mon oncle
HENRI
l'ambitieux 171
WALPOLE
Viens, mon ami, viens à mon aide, viens me conseiller!...
HENRI
Qu'y a-l-il donc? qu'est-ce qui vous tourmente encore ?
WALPOLE
Celte obligation, que m'a imposée le roi, de lui désigner mon successeur. Je suis là... je cherche... je ne sais que résoudre ! Moi d'abord je les prendrais tous... mais encore faut-il répondre à la confiance du roi, et laisser le pouvoir en des mains qui en soient dignes.
HENRI
11 y a, grâce au ciel, dans notre pays, tant de gens de mé rite !
WALPOLE, avec ironie.
Tu crois cela?... Dis-moi donc lesquels !
HENRI, regardant autour de lui arec inquiétude.
Vous les connaissez mieux que moi !... 3Iais, à parler franchement, un tel choix entraîne après lui une responsabilité qu'à votre place je craindrais de prendre.
WALPOLE
A^oilà justement ce qui m'inquiète... me tourmente...
HENRI
Eh bien, alors! pourquoi accepter? Refusez un pareil honneur, et que le souverain s'adresse...
WALPOLE
A qui ?
HENRI
Au pays lui-même 1 II connaît mieux que personne ses véritables intérêts ; et le ministre qu'il lui faut, qui lui convient, il le désignera par ses votes. Laissez-le faire, et ne vous en inquiétez pas plus que moi !
WALPOLE, se levant.
Quoi ! vraiment, cela ne te tourmente point?
IIEXRI.
En aucune façon.
WALPOLE, lentement et s'appuyant sur son épaule.
Comment?... ce pouvoir qui est en mes mains et dont je peux disposer... ne le donne pas à rêver... ne fait pas naître en toi quelque idée... quelque espérance?...
Aucune!... je ne désire rien, vous le savez... (Regardant toujours.) ou du moins mes vœux ne sont pas là !
WALPOLE
Mais enfin... tu es mon ami, mon neveu... presque mon fds... et cette puissance souveraine... cette place si brillante que tout le monde envie... si je te l'offrais?...
HENRI
Je la refuserais!
WALPOLE
Vraiment!... (Après un instant de silence.) Voilà l'iiomme qu'il nous faut ! honneur, esprit, talents, tout chez lui se trouve réuni !... et puis enfin un autre moi-même !... et je ne sais pas comment j'hésitais, comment j'allais chercher ailleurs un mérite que j'ai là, chez moi... dans ma famille.
HENRI
Je vous remercie, mon oncle... et qu'une telle pensée vous soit seulement venue... c'est plus qu'il n'en faut pour me rendre fier toute ma vie... Mais, je vous l'ai dit, je ne puis accepter...
WALPOLE
Et pour quelles raisons?
HENRI, avec impatience.
Ni mon caractère, ni mes goûts ne me le permettent!...
L'.VMBtTIEUX 173
je ne pourrais jamais supporter ce fardeau des affaires, trop pesant pour ma jeunesse et mon inexpérience.
WALPOLE, avec joie.
Il n'y a pas de mal, mon garçon, il n'y a pas de mal à cela... Ne suis-je pas là ? Tu n'auras rien à faire... je t'aiderai... je continuerai... sous ton nom.
HENRI
C'est me combler de vos bontés... mais...
WALPOLE
Tu feras ce que tu voudras... ce n'est plus moi, c'est le roi qui se chargera de vaincre tes scrupules... Il me demande un successeur... je cours lui désigner le plus capal)le, le plus digne...
HENRI
Mais, mon oncle...
WALPOLE
Celui que j'aime... que je préfère à tous.
HENRI, apercevant Cécile.
Dieu! c'est elle !...
WALPOLE
La comtesse deSunderland!... elle vient à propos; lu peux lui annoncer cette nouvelle ; (ii salue Cécile.) je serai enchanté que madame soit la première à l'apprendre! Adieu, je passe chez le roi qui m'attend.
(il sort en serrant In main d'Henri.)