‹ Comédies, dramesChapitre 66 sur 170 · HENRI, GEORGE · texte numérisé non relu

HENRI, GEORGE

GEORGE

Voilà votre oncle libre enfin, et bien heureux à ce que je vois.

HEXRI, qui pendant toute la fin de la scène précédente est resté plongé dans ses réflexions.

Pardon, sire. Votre Majesté a daigné m'adresser la parole...

GEORGE, souriant.

Je vois que mon nouveau ministre est suj'et aux distractions... il n'y a pas de mal... cela passe souvent, dans les affaires, pour de la gravité ou de la profondeur... Je disais que Walpole est enchanté de vous... car il craignait d'abord un refus... il me l'avait formellement annoncé !

C'est vrai, sire, j'y étais décidé, je me l'étais bien promis.

GEORGE

Quoi ! sincèrement vous aviez l'intention de résister aux désirs de votre oncle... aux volontés de votre roi!... Ce projet se rattachait-il à des considérations d'État ?

HENRI

Non, sire!...

GEORGE

A quelque système que depuis vous avez abandonné ?

HENRI

Non, sire... et je demanderai à Votre Majesté la permission de ne pas lui faire connaître les motifs qui m'ont déterminé !

GEORGE

Et pourquoi donc ?

Scribe. — Œuvres complèles. Ire Série — Sme Vol. 11

182 COMÉDIES — DUAMES

HENRI

Ils lui paraîtraient peut-être peu dignes de la gravité qu'elle a droit d'attendre de son ministre.

GEORGE

Eh ! mon Dieu, détrompez-vous. La gravité m'ennuie à périr, et je suis trop heureux d'y faire trêve ; ainsi donc... parlez sans crainte.

Eh bien! sire, j'en conviens, je voulais d'abord refuser... mais une personne qui a tout pouvoir sur moi a éveillé dans mon cœur des sentiments d'ambition et de gloire qui ont triomphé de mes craintes et m'ont décidé à accepter.

GEORGE, souriant.

De l'air dont vous dites cela... je parie que cette personne est une femme ?...

HEXRI.

C'est vrai I

GEORGE, de même.

Je l'avais deviné. Vous comprenez qu'avec votre oncle, je ne pouvais parler que d'affaires d'État ; la sévérité de son âge et de son caractère... Et puis, c'est le champion de la reine... son défenseur! il lui est tout dévoué... et moi aussi! car je la respecte et l'aime avant tout ; mais à la moindre confidence il se serait cru, en sujet fidèle, obligé à des sermons, à des remontrances!... C'est gênant... c'est ennuyeux... (Souriant.) tandis qu'entrc nous...

HENRI , avec respect et étonneinent.

Qui, moi, sire?...

GEORGE, avec bonté.

Croyez-vous donc qu'un roi ne puisse jamais descendre des hauteurs de la politique ou de l'étiquette?... Croyezvous donc que souvent, au fond du cœur, il ne désire pas un ami à qui il puisse confier ses peines?...

l'ambitieux 183

Que dites-vous?

GEORGE, sonpirnnt.

Que moi aussi... mon cher Henri, j'aurais peut-être là,

(Montrant son cœur.) l)lus d'un chagriu... (Avec bonté.) Mais il

s'agit de vous ! je vois que vous aimez... que vous êtes amoureux...

HENRI

A en perdre la tète...

GEORGE, gaiement.

Je conçois cela, et vous êtes heureux?...

HENRI

Hélas! non... elle m'aime... elle me le dit... et elle refuse ma main.

GEORGE, de même.

Ce n'est pas possible.

HENRI

Elle refuse d'être à moi !

GEORGE, avec abandon.

Eh bien ! moi, c'est tout le contraire.

HENRI

En vérité !...

GEORGE, vivement.

C'est comme je vous le dis !... Et voyez donc désormais quelle existence, quel bonheur sera le nôtre!... Nous nous délasserons des affaires puliliques en parlant de nos chagrins, ce sera déhcieux... Moi qui redoutais l'heure du conseil, je la verrai arriver maintenant avec plaisir.

Et moi qui tremblais d'être ministre !

GEORGE

Vous voyez bien que ce n'est rien !... le tout est de s'en-

tendre. (Lui prenant la main.) Et iious nous entendons déjà... nous nous comprenons à merveille ! (a demi-voix.) Diles-njoi, Henri...

IIEXRI.

■ C'est mon oncle !...

GEORGE, à part.

Quel ennui !... (Bas à Henri.) Silencc devant lui !

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