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ALBERTINE
Non, monsieur, quelque flatteur qu'il soit pour mon amour-propre de se persuader que partout vous croyez me voir, une telle illusion pourrait amener des conséquences trop dangereuses... dans ce moment, par exemple ; et je me hâte de vous désabuser et de vous déclarer qu'aujourd'hui vous ne m'avez pas vue dans la rue dont vous me parlez, par la raison infiniment simple que je n'y suis point allée et que je n'y connais personne !
LÉOPOLD
Il serait possible!... Vous n'y connaissez personne? El cependant tout à l'heure, lorsque je parlais, ce trouble que j'ai cru remarquer...
ALBERTINE
Oh ! je dois convenir que le commencement de votre récit m'avait un peu troublée, un peu effrayée, car il est vrai qu'à l'insu de mon mari et de ma sœur je suis sortie ce malin.
LÉOPOLD, vivement.
Vous voyez bien.
ALBERTINE
Pour me rendre chez un peintre célèbre qui demeure à côté d'ici, près de notre liôtel.
Grand Dieu !
ALBERTINE
Une surprise que je réserve à ma sœur pour après-demain, le jour de sa fôte.
LÉOPOLD, confus.
Ah ! madame !
ALBERTINE
Après cela, monsieur, il est tout naturel que vous ne me croyiez pas sur parole. Il ne tient qu'à vous d'interroger mon peintre, et surtout mon portrait, dont le témoignage aura peut-être plus de pouvoir que le mien !
LEOPOLD
Pardon!... pardon!... C'est m'accabler ! Et maintenant que je me rappelle, que je compare, comment se peut-il que dans ma folie, dans mon délire?... Mais je vous aurais vue comme je vous vois en ce moment, que je n'aurais pas dû en croire mes yeux; à plus forte raison quand je n'avais d'autre preuve, d'autre certitude, que cet instinct défiant et jaloux dont je rougis maintenant I... Oui, c'est moi qui suis coupable, puisque j'ai pu douter de vous !
ALBERTIXE.
Pas un mot de plus !.... Voici ma sœur et mon mari !