SCÈNE VII LYSANDRE, ALGIDON, FILIDAN
LYSANDRE
Il est vrai qu'il est temps de penser à vos filles.
Elles sont toutes trois vertueuses, gentilles, D'âge à les marier, puis vous avez du bien ; Ne différez donc plus, la garde n'en vaut rien.
ALCIDON
Lysandrc, il est certain : mais pour choisir un gendi Il s'en présente tant, qu'on ne sait lequel prendre. Puis je suis d'une humeur que tout peut contenter, Pas un d'eux à mon gré ne se doit rejeter. S'il est vieux il rendra sa famille opulente ; S'il est jeune, ma fille en sera plus contente ; S'il est beau, je dis lors, beauté n'a point de prix ; S'il a de la laideur, la nuit tous chats sont gris ; S'il est gai, qu'il pourra réjouir ma vieillesse : Et s'il est sérieux, qu'il a de la sagesse ; S'il est courtois, sans doute il vient d'un noble san<. S'il est présompteux, il sait tenir son rang. S'il est entreprenant, c'est qu'il a du courage ; S'il se tient à couvert, il redoute l'orage ; S'il est prompt, on perd tout souvent pour différer ; S'il est lent, pour bien faire il faut considérer, S'il révère les dieux, ils lui seront prospères ; S'il trompe pour gagner, il fera ses affaires ; Enfin quelque parti qui s'ose présenter, Toujours je trouve en lui de quoi me contenter.
lysandrîî:.
Que sert donc, Alcidon, une plus longue attente, Si vous trouvez partout quelqu'un qui vou^^ <'mif..v,t,
ALCIDON
Quand je choisis un gendre, un qui va survenir Me plaît, et du premier m'ôte le souvenir ; Si pour s'offrir à moi quelque troisième arrive, Je trouve quelque chose en lui qui me captive.
LYSANDRE
Mais pour en bien juger, et pour faire un^bon choix. Il faut dans la balance en mettre deux ou trois ; (^eux de qui le talent plus solide vous semble, Les peser mûrement, les comparer ensemble.
ALCIDON
C'est ce que je ne puis ; (juo sert de 1<^ ni<n- ? Je conclus sans faillir toujours \h)uv h' dirni'-i-.
LYSANDRE
Votre esprit est étrange.
FILIDAN.
Objet de mon martyre !
ALGIDON.
Dieux! qu'est-ce que j'entends ?
LYSANDRE
Quelque amant qui soupire,
Sa prunelle mourante à peine voit le jour.
FILIDAN.
Est-ce toi, cher ami, père de mon amour ?
ALGIDON.
Sans doute il est épris de l'une de mes filles.
FILIDAN.
Merveille de nos jours, astre luisant qui brilles Dans le ciel des beautés, viens te montrer à moi : Regarde si je manque ou d'ardeur ou de foi : Fais-toi voir à mes yeux, viens soulager ma peine : Que te sert d'affecter le titre d'inhumaine ? Prends pitié de mon mal, tu ne l'ignores pas, Les dieux n'ignorent rien, du moins vois mon trépas : Doutes-tu de mes feux ? apprends-les de ma bouche.
ALGIDON.
Lysandre, en vérité sa passion me touche, Son amour m'a rendu tout saisi de pitié ; Aussi n'est-il rien tel qu'une belle amitié.
P^ É LYSANDRE
?4 pi est déjà vaincu.
ALGIDON.
J'aimerais mieux un gendre Qui chérît sa moitié d'un amour aussi tendre. Qu'un qui posséderait les plus riches trésors, Et toutes les beautés de l'esprit et du corps. Le savoir et les biens, sans la flamme amoureuse. Ne purent jamais rendre une alliance heureuse.
FILIDAN.
< Cessez, mes chers amis, de flatter mon malheur : Ou bien de quelque espoir soulagez ma douleur.
ALGIDON.
Consolez -vous, mon fils, ayez bonne espérance.
Je veux récompenser cette rare constance. J'entrepends de guérir vos désirs enflammés. Vous aurez aujourd'hui celle que vous aimez.
FILrDA>I.
Puis-je obtenir de vous le bonheur que j'espère? Ah ! je vous nommerai mon salut et mon père.
ALGIDON.
Croyez que dès ce soir je vous rendrai content.
LYSANDRE
Quand un autre viendra vous en direz autant.
ALGIDON.
Je veux dedans cejour, sans prendre un plus long terme Choisir ceux qu'il me faut, d'une volonté ferme.
LYSANDRE
C'est beaucoup pour un jour.
FILIDAN.
Me la ferez-vous voir?
ALGIDON.
Oui, prenez bon courage. Adieu jusqu'à ce soir.
Que ce retardement pour voir ces divins charmes, Me doit coûter encor de soupirs et de larmes.