SCÈNE III LYSANDRE, MÉLISSE, ALGIDON
Mélisse, savez-vous pourquoi l'on vous appelle ?
MÉLISSE
Je ne sais.
LYSANDRE
Pour vous dire une bonne nouvelle.
Alcidon vous marie.
MÉLISSE
Hélas 1 que dites-vous?
Je veux plutôt la mort.
LYSANDRE
Modérez ce courroux.
MÉLISSE
Je souffrirais qu'en moi quelqu'un osât prétendre, Après ce que j'ai lu du vaillant Alexandre ? Mon cœur qui dès longtemps adore sa grandeur, Pourrait se voir épris d'une plus vile ardeur ? Mille coups perceraient ce cœur traître et volage, S'il avait entrepris d'effacer son image.
ALGIDON.
Hélas ! ma fille est folle.
MÉLISSE
Ali t je ne la suis point.
Qu'on me donne un mari valeureux à ce point ! Un qui devant trente ans ait gagné cent batailles ;
Qui seul se soit lancé du plus haut des murailles Dans un bourg assiégé parmi tant d'ennemis; Et qui dessous ses lois ait cent peuples soumis.
Oui, j'ai trouvé ton homme.
MÉLISSE
En est-il sur la terre?
ALGIDON.
J'ai celui qu'il te faut, un grand homme de guerre, Un plus grand qu'Alexandre, un qui dedans un mois A fait à l'univers reconnaître ses lois.
LYSANDRE
Quel est ce grand guerrier? c'est pour lui faire accroire.
ALGIDON.
Non, lui-même tantôt m'a conté son histoire.
LYSANDRE
Vous êtes fou vous-même, ô dieux ! le croyez-vous ?
MÉLISSE
N'est-ce point Artabaze?
ALGIDON.
Oui.
MÉLISSE
Ce maître des fous ?
Pourrait-on rencontrer un plus lâche courage ? Mais, mon père, que sert de parler davantage ? Rien ne me peut résoudre au lien conjugal Si ce n'est Alexandre, ou du moins son égal.
0 dieux!
LYSANDRE
Que voulez-vous, c'est là sa rêverie.
Mais sans perdre le temps appelez Hespérie. Elle sera plus sage.
ALGIDON.
Hélas ! quelles douleurs ?
J'entre'par sa folie en de nouveaux malheurs.