CYRANO DE BERGERAC
Savinien Cyrano de Bergerac vint au monde au château de Bergerac, en Périgord, l'an 1620. Il commença ses études chez un curé de campagne, vrai type de pédant, contre lequel l'élève conserva, sa vie durant, une profonde rancune. D'ailleurs, Cyrano ne pouvait souffrir les régents, professeurs, porte-férule et autres gens de même farine. En 1638, le futur auteur de tant d'œuvres capricantes et folâtres fut envoyé par son père à Paris, probablement pour y chercher fortune. Il se jeta dans le vin, la bonne chère et l'amour avec l'ardeur dont son tempérament méridional pouvait être capable. Duelliste enragé, brave, franc et spirituel, Cyrano fut surnommé Y Intrépide dans les sociétés qu'il fréquentait. Puis, il entra au collège de Beauvais pour y faire sa rhétorique et sa philosophie. Il était encore sur les bancs de ce célèbre collège qu'il composait déjà sa joyeuse comédie du Pédant joué.
Un des amis d'enfance de Cyrano servait au régiment des gardes. On le nommait M. Le Bret. Sur ses conseils, le nouvel auteur comique voulut tâter de l'état militaire. Un matin, Cyrano s'enrôla aux gardes, dans la compagnie commandée par M. de Carbon- Castel- Jaloux. Cyrano, de première force à l'escrime, allait tous les jours sur le pré, quoique simple cadet. On ne l'appelait plus que le Démon de la bravoure. Un jour même, suivi d'un seul ami, il osa attaquer une troupe de cent hommes. On croit rêver en lisant de tels exploits, peu communs chez les serviteurs d'Apollon. Cyrano fut vainqueur,
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au témoignage même de M. de Bourgogne, mestre-de-camp du régiment d'infanterie de Conti. Comme soldat, il prit part au siège de Mousson, où il fut blessé d'un coup de mousquet. En 1640, il assistait au siège. d'Arras ; il y récolta une seconde blessure. Un maréchal'de France, M. de Gassion, voulut le protéger ; mais Cyrano n'était pas de ceux qu'on apprivoise facilement. En sortant du régiment des gardes, il revint à Paris, reçut l'hospitalité de M. le duc d'Arpajon, à qui il dédia ses livres ; et dès lors songea sérieusement à la gloire. Esprit curieux et chercheur, fort préoccupé des choses scientifiques, le jeune de Bergerac fut alors l'ami du mathématicien Rohault et prit des leçons du célèbre Gassendi, précepteur de Chapelle, de Molière et de Bernier. Heureux Gassendi !
Mais, à travers tout cela, les duels continuaient. Comment y renoncer, d'ailleurs ? Cyrano avait un nez colossal, un nez de forme singulière et de proportions inusitées. On peut en juger par le portrait du poète, gravé par Heince et Le Doyen, et que le libraire Charles de Sercy a placé en tête des Œuvres diverses de M. de Cyrano- Bergerac. (1681.) Ce maître-nez valut à'son possesseur quantité d'afiaires d'hon- • neur. On avait représenté avec succès le Pédant joué. Cyrano, qui venait de lerminer sa belle et émouvante tragédie de la Mort d'Agrippine, se prit de querelle, pendant les répétitions de cette dernière pièce, avec le comédien Montfleury, de l'Hôtel de Bourgogne. Un soir, du milieu du parterre, le poète cria à l'acteur de se retirer de la scène, faute de quoi « .il pouvait faire son testament et se regarder comme mort. » Le comédien obéit, plus mort que vif, et Cyrano ne lui permit de remonter sur les planches qu'un mois après.
Pendant la Fronde, l'aimable Cyrano crut devoir s'enrôler dans le parti mazarin. Ce fut lui qu'on chargea de répondre à la Mazarinade de Scarron. De là quelques pièces violentes, d'injurieuses épîtres, des sonnets allumés à braise, sans grand profit pour la république des lettres. Les deux poètes, gens d'esprit tous deux, se déchirèrent à belles dents.
En outre de ses deux pièces de théâtre, œuvres de grande valeur littéraire et de haute portée morale, Cyrano écrivit un grand nombre de Lettres bien tournées, pleines de pointes et de jeux d'esprit, un Voyage à la lune et une Histoire comique des États et Empiy % esdu Soleil. Ces œuvres diverses sont encore lues et goûtées. Elles ont donné à Voltaire l'idée de TAicromégasj à Swift celle de Gulliver ; et peut-être même ont-elles piqué la curiosité de Montgolfier, l'inventeur des aérostats. Cyrano de Bergerac mourut à trente-cinq ans, en septembre
Ses CEuvres complètes ont été réunies pour la première fois
en 1677. Viennent ensuite la célèbre édition de Sercy (2 volumes in-12, 1681) puis l'édition de Paris, 1741. (3 volumes in-12.) Théophile Gautier lui a consacré une belle étude dans les Grotesques, et MM. Élémir Bourges et Henri Signoret ont réimprimé son Pédant joué dans leur intéressante Revue des chefsd'œuvre. (Juin et juillet 1884.)
PERSONNAGES
ORANGER, pédant.
CHASTEAUFORT, capitan.
MATHIEU GAREAU, paysan.
DE LA TREMBLA YE, gentilhomme amoureux de la fille du pédant.
CHARLOT GRANGER, fils du pédant.
GORBINELI, valet du jeune Granger, fourbe.
PIERRE PAQUIER, cuistre du pédant, faisant le plaisant.
FLEURY, cousin du pédant.
MANON, fille du pédant.
GENE VOTE, sœur de M. De la Tremblaye.