‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 176 sur 207 · SCÈNE II AGANTE, LAURETTE, CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

SCÈNE II AGANTE, LAURETTE, CHAMPAGNE

LAURETTE

Vous nous trouvez causants, monsieur Champagne et moi.

AGANTE.

Vous vous aimez toujours, à ce que je connoi.

CHAMPAGNE

Hêl pourquoi non, monsieur?

Avec même tendresse.

acante!

Que vous êtes heureux! mais voit-on ta maîtresse?

LAURETTE

On ne peut voir madame encor de quelque temps ; Elle est à sa toilette.

AGANTE.

Il suffit, et j'attends.

CHAMPAGNE

C'est-à-dire, entre nous, que madame se farde.

LAURETTE

Ne retiendras-tu point ta langue babillarde?

CHAMPAGNE

Hé ! ce n'est qu'entre nous.

AGANTE.

Que dites-vous tout bas?

LAURETTE

Que la mère en ces lieux n'attire point vos pas; Que la fille plutôt...

AGANTE.

Quoi! l'ingrate Isabelle?

Je l'aimais, je l'avoue, et d'une ardeur fidèle; Dès mes plus jeunes ans je m'en sentis charmé, Et je puis dire, hélas I qu'alors j'étais aimé. J'en avais chaque jour quelque douce assurance.

Tant qu'elle fut dans l'âge où règne l'innocence.

Elle vit avec joie, et même avec transport,

Nos deux pères amis, de notre hymen d'accord;

Et j'attendais, des nœuds qu'en nous on voyait croître,

Un éternel amour, s'il en peut jamais être.

.T'avais cru que son cœur pourrait se dégager

Du penchant naturel qu'a son sexe à changer;

Mais l'ingrate, au mépris d'un feu tel que le nôtre,

Est changeante, sans foi; fille, enfin, comme une autre.

LAURETTE

C'est traiter un peu mal notre sexe à mes yeux; Les hommes, par ma foi, ne valent guère mieux; Et tel qui nous impute une inconstance extrême, Souvent cherche querelle, et veut changer lui-même. Quand les traîtres sont las, messieurs font les jaloux.

AGANTE.

Crois-tu?...

LAUIIETTE.

Ce que j'en dis, monsieur, n'est pas pour vous. Isabelle, sans doute, agit d'une manière Qui fait voir qu'avec vous elle rompt la première ; Et, malgré ses mépris, malgré tous ses rebuts, Je ne jurerais pas que vous ne l'aimiez plus.

AGANTE.

Moi! que j'aime une ingrate, une inconstante fille !... Mais est-elle en sa chambre?

Oui, monsieur, qui s'habille ; Un homme y vient d'entrer.

AGANTE.

Qui?

LAURETTE

Qui vous craint fort peu, Beau, jeune.

AGA.NTE.

Et c'est ?

LAURETTE

Déjà vous voilà tout en feu ; Il n'a que soixante ans ; c'est monsieur votre père.

AGANTE.

Mon père 1 hé ! que fait-il ?

LAURETTE

Hé ! que pourrait-il faire ?

Courbé sur son bâton, le bon petit vieillard Tousse, crache, se mouche et fait le goguenard, De contes du vieux temps étourdit Isabelle :

C'est tout ce que je crois qu'il peut faire auprès d'elle.

AGANTE.

Crois-tu qu'elle aime ailleurs ?

Là, dis.

LAURETTE

Je le crois bien ; Mais pour dire qui c'est, monsieur, je n'en fais rien,

CHAMPAGNE

Serait-ce point...

AGANTE.

Qui donc ?

CHAMPAGNE

Attendez que j'y pense.

Le marquis?

AGANTE.

Mon cousin? j'y vois peu d'apparence.

LAURETTE

Il est vrai : ce cousin, respect la parenté, Est un jeune étourdi bouffi de vanité, Qui cache, dans le faste et sous l'énorme enflure D'une grosse perruque et d'une garniture, Le plus badin marquis qui vit jamais le jour; Et pour tout dire enfin, un sot suivant la cour.

CHAMPAGNE

N'importe; il est marquis; c'est ainsi qu'on le nomme; Et ce titre, parfois, rajuste bien un homme.

AGANTE.

Ah! si c'était pour lui... Non ; je ne le crois pas; Isabelle n'a point des sentiments si bas ; Quelque juste dépit qui contre elle m'aigrisse,

Je ne saurais lui faire encore cette injustice. Mais si je connaissais mon rival trop heureux...

LAURETTE

Ah ! vous êtes, monsieur, encor bien amoureux.

AGANTE.

Non; je ne veux plus l'être après un tel outrage.

LAURETTE

Quand on l'est malgré soi, on l'est bien davantage : On ne m'y trompe pas; je m'y connais trop bien.

AGANTE.

Hélas! que l'orgueilleuse, au moins, n'en sache rien! Si l'ingrate qu'elle est connaissait ma tendresse, Elle triompherait encor de ma faiblesse.

LAURETTE

Vraiment ! sans lui rien dire, elle en triomphe assez, Et vous raille en secret plus que vous ne pensez; Elle ne croit que trop que vous l'aimez encore.

AGANTE.

L'ingrate me méprise et croit que je l'adore. Dis-lui qu'elle s'abuse; oui, mais dis-lui si bien...

LAURETTE

Ma foi, j'aurais beau dire, elle n'en croira rien; Elle tient votre cœur trop bien sous son empire.

ACANTE

Je l'empêcherai bien de m'en oser dédire; Ce cœur 9 ce lâche cœur...

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