‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 28 sur 207 · SCÈNE III FILIDAN, AMIDOR · texte numérisé non relu

SCÈNE III FILIDAN, AMIDOR

FILIDAN.

Je la vois cette belle; à ce coup je la vois. Cruelle, impitoyable, où fuyez-vous de moiî La mauvaise qu'elle est, je l'avais aperçue, Mais l'ingrate aussitôt s'est soustraite a ma vue, Elle a privé mes yeux d'un si divin plaisir, Pour augmenter en moi la fureur du désir.

Amidor, je Pai vue.

AMIDOR.

Às-tu vu cette belle ?

FILIDAN.

J'ai vu comme un éclair cette beauté cruelle. Mais ne l'as-tu point vue ? à quoi donc rêvais-tu ?

AMIDOR.

Je rêvais au malheur des hommes de vertu.

Qu'en ce siècle ignorant les auteurs d'importance Languissent sans estime, et sans reconnaissance.

FILIDAN.

C'est ainsi que parfois en des lieux écartés S'offrent aux yeux humains les célestes beautés : On les voit sans les voir, ces belles immortelles Sont en même moment et douces et cruelles.

AMIDOR.

Siècle ingrat ! autrefois Sophocle eut cet honneur Qu'en Pile de Samos on le mît gouverneur Pour une tragédie, ainsi qu'on le raconte : Je devrais être un roi pour le moins à ce eompte.

FILIDAN.

Dieux ! qu'elle m'a laissé dans un ardent désir De voir son beau visage avec plus de loisir.

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 61

AMTDOR.

Quel homme enfla jamais comme moi sa parole?

Et qui jamais plus haut a porté l'hyperbole ?

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