L'OFFICIER
Et vive la Cyiithie!...
Elle nous prépara le gain de la partie.
LE PODESTAT
Je rêve.
JACOMO
Vous sortez plutôt d'un long sommeil.
Et la réalité vous surprend au réveil.
LE PODESTAT, à Cynthie.
Perfide!... Est-ce à cela que je devais m'attendre?
A feindre plus longtemps je ne saurais prétendre.
Mantoueest mon pays. Vous le savez déjà.
Enfant, le saint exploit de Judith me toucha;
Son exemple devait m'inspirer, jeune femme.
Mais le même motif n'entraîna pas mon âme :
Une sentence avait de Mantoue éloigné,
Pour des vers, où le Duc n'était pas épargné,
Rafaël Valergi, mon ami le plus tendre;
Je songeais au moyen qui pourrait me le rendre ;
L'image de Judith traversa mon esprit.
J'allai trouver le Duc. Le marché lui sourit;
Il demanda Forli pour casser la sentence.
Je partis... J'arrivai... J'avais vaincu d'avance.
Rien ne m'effrayait — rien, qu'un sanglant dénoûment ;
Mais la fortune en tint quitte mon dévouement.
Et ne me demanda pas d'autre sacrifice
Qu'un innocent abus de ruse et d'artifice.
JACOMO, au podestat qui lève les mains au ciel.
Devant ce beau récit vous voilà tout pâmé.
LE PODESTAT
Certe. Et ce beau récit m'a si bien désarmé
Que, ne sentant pour elle amoindrir mon estime, Je la prends devant tous pour femme légitime.
{A Cynthie.)
Mamour, il vous souvient de ce petit contrat :
(Montrant le papier.)
« Je promets d'épouser le seigneur podestat. »
CYNTHIE
Quoi! cet engagement?...
LE PODESTAT
Je veux qu'il s'accomplisse.
CYNTHIE
Bien. (Appelant.) Seigneur podestat.
{Sijlvio fend la foule et s'approche. // n le cosiume de podestat.) LE PODESTAT.
Hein?... Sylvio!...
.lACOMO.
Son complice!...
LE PODESTAT
Mon coquin de valet!...
SYLVIO
Moins de vulgarité, Brave homme, je vous prie, avec l'autorité.
{Montrant un parchemin.)
De votre emploi voici l'ordre qui vous décharge. Et remet en mes mains de podestat la charge. Je prends Cynthie avec les profits de l'emploi.
CYNTHIE
Moi, ce contrat m'oblige à lui donner ma foi ; C'était lui que j'aimais. J'ai fini sa disgrâce.
LE PODESTAT
Ah ! race de serpents !
SYLVIO, au podestat.
Encore un mot, de grâce; D'un quatrain mal sonnant je vous livre l'auteur.
(Se désignant.)
Voici... De cent ducats vous m'êtes débiteur. Le moyen, je l'avoue, est machiavélique, Mais on peut tout oser, dit-on, en politique.
LE PODESTAT
Je vais fuir k jamais cet endroit détesté. Et chercher, pour y vivre, un roc inhabité.
Où de fille on ne voie empreinte ni vestige. Eût-elle les attraits de Venus Callipyge, La grâce de Junon, une femme y viendrait, Que vers d'autres climats ma course reprendrait ; Pour dépister la race en malices féconde, Dussé-je aller plus loin que les confins du monde.
FIN