‹ Comédies en prose et en versChapitre 41 sur 67 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES PRÉCÉDENTS, MADAME VERDBOIS. Deux domestiques. MADAME VERDBOIS, aux domestiques qui portent des objets.

Posez ce bronze ici.

Au salon vei^t la table en lapis-lazuli; La cotipeiimon boudoir. — Bonjour, Monsieur Maxime.

VERDBOIS, présentant Benoit.

Un vieil ami... Benoit, i\ Rollin mon intime; La province en exil ti^ente ans l'a retenu.

MADAME VERDBOIS.

Monsieur Benoit, soyez ici le bienvenu.

— J'ai voulu, mon ami, vous faire la surprise

De cette Danaé sur l'ennemi conquise.

Madame de Prangis n'eut rien de plus charmant;

Et comme Jupiter je payai chèrement.

MAXIME, bas à Verdbols.

L'objet que tu donnas pour sa fête à ta flamme, Et qui revient ici par la main de ta femme... 0 fantasque retour des choses d'ici-bas!...

VERDBOIS, froidement.

Merci, c'est fort joli.

MADAME VERDBOIS.

Pourquoi cet embarras ?...

Ce bronze a-t-il gardé sa tache originelle, Et sa possession vous scandalise-t-elle?

Je ne vous savais pas cet excès de rigueur. Alors voici qui va redoubler votre horreur, Et moi-même je fus choquée, au fond de l'âme. Figurez-vous, Messieurs, que cette belle dame Avait un boudoir, or et vert tendre, d'un goût Délicieux, — calqué meubles, tenture et tout Sur le mien.

VERDBOIS.

Allons donc !

MADAME VERDBOIS.

A ne pouvoir comprendre Gomment on aurait fait pour ne pas s'y méprendre.

MAXIME

Infamie!...

BENOIT

On ne voit ces choses qu'à Paris.

MADAME VTRDBOIS.

Tout le premier, Monsieur, vous eussiez été pris, Et chez vous sans effort vous auriez pu vous croire.

MAXIME, à Verdbois.

Ta femme parle d'or.

BENOIT

C'est une étrange histoire.

MADAME VERDBOIS, à Maxime.

Voyons, Monsieur, avec votre imagination, Expliquez-nous cela.

MAXIME

Mais l'explication Est chose la plus simple et la plus naturelle. Mesdames, vous cherchez à prendre pour modèle, — Je parle du dehors, — ces volages beautés : Leurs habits et leur air par vous sont imités ;

Jusqu'au langage va cette similitude,

A ce point qu'il y faut employer de l'étude

Pour distinguer toujours l'ivraie et le bon grain;

Et le choix est parfois d'autant plus incertain

Que, prenant leur revanche avec vos propres armes,

Ces dames croient donner du piquant h leurs charmes

Par l'hypocrite attrait d'un maintien ingénu ;

Et si l'égalité, chez le sexe barbu,

Est et doit demeurer encor longtems un rêve,

On la voit s'implanter parmi les filles d'Eve.

Je parle du dehors toujours, — comprenons-nous bien.

MADAME VERDBOIS.

Grand merci, cher Monsieur, mais vous n'expliquez rien.

MAXIME

Eh, ne voyez-vous pas la chose de vous-même? Madame de Prangis, sachant le goût suprême Qui fait un rare objet de votre appartement, A votre tapissier s'adressa simplement.

VERDBOIS, avec vivacité.

C'est vrai.

MADAME VERDBOIS.

Comment, c'est vrai?...

VERDBOIS.

Je disais vraisemblable.

MADAME VERDBOIS, à Benoit.

Vous dînez avec nous?

BENOIT

Vous êtes trop aimable.

VERDBOIS.

Je l'amène avec moi dîner au cabaret.

BENOIT

Mais pourtant...

VERDBOIS.

Je te veux rendre mauvais sujet.

(A Maxime). VoUS êtCS du fOStin?...

MAXIME

J'accepte.

VERDBOIS.

A tout-à-rheure.

BENOIT

Je passe à mon hôtel. *

MAXIME

Au revoir.

MADAME VERDBOIS, à Verdbois.

Je demeure.

Et désire avec vous un moment d'entretien.

A vos ordres, Madame.

MAXIME, à Verdbois.

Allons, défends-toi bien.

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