‹ Comédies en prose et en versChapitre 43 sur 67 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

VERDBOIS, PAUL.

PAUL (il tient une liasse de papiers.)

De la souscription Je vous remets, Monsieur, la situation ; Voici tous les détails et l'ensemble du compte : A trente millions le chiffre souscrit monte ; Le capital émis est de quinze. Il s'en suit Que chaque souscripteur est de moitié réduit.

VERDBOIS.

Réduisez des deux tiers. La marchandise rare Est plus voulue et trouve acheteur moins avare. Je garde le surplus pour mes amis et moi.

PAUL

Déjà trois millions ont eu le même emploi.

VERDBOIS.

Eh bien?...

PAUL

Faites la part de la chance contraire ; La politique peut venir gâter l'affaire.

VERDBOIS.

Nous n'avons rien à craindre : à mon nom personnel Mettez un million; un au duc de Réthel.

PAUL

Vous savez qu'envers vous sa dette est déjà forte : Elle passe aujourd'hui deux millions.

Qu'importe?

PAUL

Je voulais seulement vous le faire observer, Sans me croire le droit de rien désapprouver.

VERDBOIS.

C'est là tout?

PAUL

Oui, Monsieur.

VERDBOIS.

Fort bien.

PAUL

Je me relire.

VERDBOIS.

Cherchez; vous n'avez pas autre chose à me dire?

PAUL

Mais...

VERDBOIS.

Quoi donc?...

PAUL

J'aurais bien à vous entretenir D'un projet auquel est lié mon avenir, Mais je ne sais...

Pourquoi?...

PAUL

C'est d'une découverte Que je veux vous parler. Le fait vous surprend?

VERDBOIS.

Certe.

PAUL

La science d'abord fut ma vocation ; Sur les faits j'en scrutais la féconde action : C'était là ma carrière, et je l'aurais suivie, Si le sort eut permis cet emploi de ma vie. Trop jeune je perdis, par malheur, mes parents ; Mais l'étude resta mon plus cher passe-temps; Je cherchais, combinais... Cette terre promise Que rêve l'inventeur, enlin je l'ai conquise : J'abrège la distance à l'aide d'un moteur, Qui double de moitié l'effet de la vapeur ; Avec vingt mille francs je puis faire un modèle, Qui rendrait convaincu l'esprit le plus rebelle. Voulez-vous me prêter cet argent?...

VERDBOIS.

Ma foi, non.

D'inventions, mon cher, j'ai là tout un carton ; A peine une sur mille à vivre est destinée, Et sans vouloir traiter la vôtre de mort-née..

PAUL

J'entends.

VERDBOIS.

Vous avez trop d'imagination, Et tout semble permis à votre ambition ; Mais si vous me croyez un patron débonnaire Dont on fait son caissier, — pourquoi non son beau-père?- Vous me connaissez mal.

PAUL

Votre langage est dur ; Rien ne l'a provoqué de ma part, à coup sûr. Vous faisiez un appel à toute ma franchise, Et vous m'avez rendu confiant, par surprise. Je me suis follement à vos mépris heurté. Laissons là mon projet, rêve ou réalité. Des temps viendront pour lui peut-être plus propices La fortune a parfois de bizarres caprices. Mon cœur cachait encor, en ses derniers replis, Un secret différent, que vous avez surpris ; Mais je savais si bien nourrir une chimère. Que je m'en faisais presque h moi-même mystère. N'ayant rien espéré, je ne suis point déçu, Et vous pouviez me taire un arrêt superflu.

VERDBOIS.

Voyons, que tout ceci de votre esprit s'efface ; Le mien, en vérité, n'en garde plus de trace. Vous veniez traverser des plans cliers i\ mon cœur, Et je vous témoignai peut-être trop d'humeur ; Mon estime pour vous n'est pas diminuée.

PAUL, en se retirant.

Monsieur, je vous rends grâce.

Il a l'âme élevée.

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