LES PRÉCÉDENTS, MAXIME
MAXIME
(A Anais.) Carissima. (A verdbois.) Cela va mal, patron ; On entend, et de près, comme un bruit de canon. Dieu veuille que le fait démente mon oracle, Mais nous allons, je crois, avoir une débâcle. La Bourse fut mauvaise, et les cours au plus bas : Des vendeurs à foison, mais des acheteurs pas; A trente francs de perte on cote notre Banque; Nous rachetons en vain; la confiance manque; J'ai beau l'encourager dans l'Aigle financier : Pauvre oiseau, dans le vide on le laisse crier.
BENOIT
Diantre.
VERDBOrS.
Mais n'est-ce pas l'effet d'une panique, Ou de quelques baissiers une adroite pratique ? Car tu sauras, Benoit, sans vouloir nous noircir, Qu'à la Bourse tout est permis pour réussir. Tel dont l'honnêleté jamais ne capitule, A la Bourse, en entrant, dépose tout scrupule. L'un invente un faux bruit et l'autre le répand ; Le tour est fait ; on est ce qu'on était avant. La spéculation blanchit toute manœuvre ; Plus même elle est hardie et plus c'est un chef-d'œuvre. Au plus fin le succès. On l'escompte aussitôt; Le joueur dépouillé, s'il se plaint, est un sot.
MAXIME
Peste! Vous vous croyez donc gravement malade? C'est d'un homme fini, mon cher, cette tirade. L'horizon est brouillé, fiez-vous à mon flair; Du reste, vous pouvez tirer la chose au clair : Votre ami de Réthel est à très-bonne source Pour connaître le vrai de ces rumeurs de Bourse; Il approche de près des gens bien informés Des plans dans les conseils de l'Europe formés.
A son Cercle c'est l'heure où toujours on le trouve ; Vous apprendrez de lui quel est le feu qui couve : Si c'est un incendie, en effet menaçant, Ou quelque feu de paille, au fond très-innocent.
VERDBOIS.
J'y cours, (a Benoit.) Viens avec moi, mon Pylade fidèle.
BENOIT
Nous revenons ici. Madame, à tire d'aile.