‹ Comédies en prose et en versChapitre 55 sur 67 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ANAIS, LE DOCTEUR.

Anaïs est assise et travaille. Le docteur entre par la porte de droite.

ANAIS.

Eh bien, docteur, comment trouvez-vous la malade?

LE DOCTEUR

Voici mon ordonnance : une saison de Bade, Quelques distractions, et nous domptons le mal. Une grande secousse ébranla le moral, Et produisit l'état que nous nommons névrose ; Mot grec très-effrayant, qui dit fort peu de chose. A la cause première il faudrait remonter.

ANAIS.

Mais vous avez prescrit, cher docteur, d'éviter Ce qui pourrait, froissant cette âme endolorie, Réveiller du passé la mémoire assoupie.

LE DOCTEUR

Et vous n'avez on rien pénétré son secret?

Non. Comme au premier jour, le mystère est complet.

LE DOCTEUR

L'amour à tout cela doit avoir part, je gage. Vous l'avez, dites-vous, rencontrée en voyage?...

ANAIS.

Je venais de passer quelques jours à Paris, D'une ancienne splendeur pour sauver les débris. (A part.) Dure nécessité, dont je subis la honte. Une dame après moi dans la voiture monte. Et se glisse aussitôt dans le fond du wagon, En tremblant. Je n'avais pas d'autre compagnon. La figure d'un voile épais enveloppée.

Elle semblait de fuir mes yeux préoccupée ;

Cependant, sous ce voile aisément on sentait Une agitation qui sans cesse augmentait, Et décelait du cœur le tumulte et l'orage. Nous allions arriver au terme du voyage; Sur un geste fortuit vers elle que je fis, Croyant que je voulais lui parler, je la vis Se lever brusquement, de terreur éperdue; Mais cet effort l'avait épuisée et vaincue. Une crise de nerfs dans mes bras la jetait, Dans la gare au moment où le train s'arrêtait. Que faire? Elle était comme inanimée et morte, Seule, inconnue... Ici j'ordonne qu'on la porte. Je vous fis appeler. Votre savoir bientôt Eut apaisé son mal.

LE DOCTEUR

C'est à vos soins plutôt, Si dévoués, si doux, que Ton doit rendre grâce ; Ma science, sans, vous, n'eut rien pu d'efficace. Mais j'ai, Madame, encor une malade ici, Qui prend de mes conseils un très-faible souci. Je ne suis pas content. Vous toussez. Cette lèvre Me dénonce une nuit d'insomnie et de fièvre.

ANAIS.

Cher docteur, vous voyez de la fièvre partout. Je n'ai rien.

LE DOCTEUR

Accusez de mensonge ce pouls Alors; quatre vingt-neuf...

ANAIS.

Nombre cabalistique!

Mon pouls, sans le savoir, passe à la république.

LE DOCTEUR

Je ne plaisante pas.

ANAIS.

Cher docteur, au revoir.

Venez, pour me gronder, prendre le thé ce soir.

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