ACTE DEUXIÈME
DE LIGNER A YE.
Est-ce qu'il se marie?
DE NATON.
Faites donc celui qui ne se doute de rien! 11 est allé à Paris chercher son vieil extrait de naissance et tous ses pantalons de nankin.
DE LIGNERA Y E.
Et il épouse?
DE NATON.
Vous le save? mieux que moi : la nièce de la maîtresse de céans. Du reste, c'est la mode aujourd'hui : tous les vieux se marient avec de jeunes femmes. Ils les pomponnent, ils les rênent court, et ils les envoient stepper aux Champs-Elysées de quatre heures à six heures. C'est une drôle d'idée qu'ils ont là.
DE LIGNE RAYE
Il faut bien que les vieux se marient, puisque les jeunes gens ne veulent pas se marier. C'est vous qui auriez du épouser mademoiselle de Brignac.
Vous voilà comme mon père, qui veut absolument que je me marie.
DE LIGNE RAYE
Eh bien?
DE NATON.
Eh bien, je ne veux pas, moi.
DE LIGNERAYE.
Vous aimez mieux Albertine!
DE NATON.
Vous allez encore dire du mal de Titine !
DE LIGNERAYE.
C'est probable.
DE NATON.
Vous ne l'aimez pas, décidément?
DE LIGNERAYE.
On ne peut pas l'aimer toute la vie.
DE NATON.
Elle n'aura pas voulu de vous.
DE LIGNERAYE.
Voilà un joli mot! c'est comme si vous disiez que les chemins de fer ne veulent pas de voyageurs.
Elle m'a dit qu'elle ne vous connaissait pas.
DE LIGNERAYE.
Elle m'aura oublié, il y a si longtemps...
DE NATON.
Quel âge a-t-elle ?
DE LIGNERAVE.
Trente-cinq ans.
DE NATON.
Allons donc !
DE LIGNERAYE.
Trente-cinq ans !
DE NATON.
Elle ne les paraît pas, elle est jolie.
DE LIGNERAYE.
Elle le sera tant qu'elle voudra maintenant; le plus dur est > fait. Ce n'est plus qu'une question de patience et de parfu- | merie.
DE NATON. ;
C'est une bonne fille.
DE LIGNERAYE.
C'est elle qui le dit.