ACTE TROISIÈME
LE COMTE
Vous croyez ?
HÉLÈNE
Récapitulons toutes les conditions de bonheur que vous avez déjà autour de vous : la santé, la fortune, l'esprit. Une seule des trois suffirait à un autre homme. Vous avez votre fils qui vous adore, vous avez moi qui vous aime aussi, non pas comme un père, puisque le mot vous blesse, mais comme notre meilleur ami, à André et à moi. Cela ne vous suffît pas? Eh bien, regardez autour de vous, et vous trouverez dans une étrangère la plus délicate, la plus loyale, la plus attentive des affections.
LE COMTE
Madame Godefroy ?
HÉLÈNE
Oui.
LE COMTE
Toujours madame Godefroy! Alors, c'est là votre moyen de guérison? Elle vous connaît depuis deux mois, et eile vous a déjà enrôlée dans la conspiration de son mariage. Oui, oui, si j'épousais madame Godefroy, je serais guéri — comme les malades sont guéris quand ils sont morts.
HÉLÈNE
Alors, il est encore trop tôt.
LE COMTE
Ah! oui, c'est, avec vous, la femme que j'estime le plus dans le monde, mais c'est tout.
HÉLÈNE
Cherchons autre chose. Voyons, faut-il vous traiter tout à fait comme un enfant et vous gâter?
LE COMTE
Est-elle gentille!
HÉLÈNE
Quelquefois, vous regrettez votre liberté, vos amis, vo» habitudes, et, pour tenir votre promesse de vivre avec nous, je crois que, pas plus tard qu'hier, vous avez fait de la peineà quelqu'un, et que c'est ce qui vous attriste aujourd'hui.
LE COMTE
Hier, j'ai fait de la. peine à quelqu'un?
HÉLÈNE
Oui, à une dame qui est venue vous voir.
LE COMTE, avec inquiétude.
Vous l'avez vue ?
Ne craignez rien, je n'ai pas vu son visage. Je travaillais k ma fenêtre lorsque j'ai entendu une voiture s'arrêter à la porte; j'ai regardé machinalement, et j'en ai vu descendreune dame voilée. Elle a traversé la cour comme une familière de la maison. J'ai été prise d'un battement de cœur, dont vous comprenez la cause, n'est-ce pas ? Mais cette dame est entrée chez vous, et, lorsqu'elle en est sortie une heureaprès, elle tenait son mouchoir à la main ; elle avait pleuré. Vous lui aurez reproché d'être venue dans ma maison. Allez voir cette pauvre femme, et demandez-lui pardon de l'avoir si mal reçue hier. Quant à moi, je ne regarderai plus par les fenêtres, je vous le promets.
LE COMTE
11 n'y a rien de bon comme vous, chère enfant! Mais cette d ame ne venait pas pour moi. Les femmes de son âge ne sedérangent pas pour les hommes du mien.
HÉLÈNE
Pour qui venait-elle donc ?
LE COMTE
Pour un de mes amis qui l'a abandonnée^ et qui m'àvaitr