‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 25 sur 245 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ARISTIDE

Et il aime son fils?

CLARA

îl l'aime.

ARISTIDL.

L'a-t-il reconnu ?

CLARA

Non.

ARISTIDE

Pourquoi ?

CLARA

A cause de sa famille.

ARISTIDE

Ce n'est pas une raison pour un honnête homme,

CLARA

Il le reconnaîtra, il me l'a promis.

ARISTIDE

Et, en attendant, a-t-il assuré votre sort à tous les deux ?

Je ne lui ai jamais rien demandé.

ARISTIDE

Comment vis-tu, alors?

CLARA

Je travaille.

ARISTIDE

Et cet homme permet, dans sa position, que tu travailles pour élever son fils ?

CLARA

Bien des fois, il m'a offert, il m'a apporté de l'argent, je l'ai toujours refusé. C'est bien assez d'accepter, au jour do l'an, à ma fête, ou à la fête du petit, les cadeaux qu'il croit devoir nous faire. C'est lui qui m'a donné tout ce qu'il y a ici ; et j'y serais mal à mon aise, si je ne savais qu'il s'y

trouve mieux, quand il y vient, que dans les simples meubles que je pourrais avoir.

ARISTIDE

Tu as eu tort d'être si délicate.

CLARA

Aristide !

ARISTIDE

Certainement. Tu n'as pas de fortune, il en a; c'est à lui de prendre soin de son enfant.

Cet enfant coûte si peu de chose! Il me semble qu'il est encore plus à moi, ne dépendant que de moi seule ; tant que je pourrai suffire seule à nos simples besoins, je n'aurai recours à personne. Je ne voudrais pas que Charles pût supposer un moment qu'il y a eu calcul de ma part. Je crois qu'il m'aime, je veux qu'il m'estime.

ARISTIDE

Il ne t'en estimerait pas moins, et il t'aimerait davantage, si tu lui rappelais de temps en temps les devoirs auxquels la paternité oblige. Tu l'habitues à vous oublier tous les deux, et un beau jour!... Je n'ai pas grande confiance dans ce M. Sternay, moi. Je n'ai pas grande confiance dans les gens qui ne travaillent pas, et qui, en venant au monde, trou vent leur vie toute faite. L'oisiveté des hommes comme lui, c'est la perte des femmes comme toi. Je l'ai aperçu quelquefois quand il se promenait autour du château de sa mère ; je le voyais venir à la ville avec son précepteur, quand il était plus jeune ; il mettait trop bien sa cravate à quinze ans, et il s'occupait déjà trop de chevaux et de chiens pour qu'il lui soit venu beaucoup de cœur dans ces occupations-là. Qu'un homme du monde qui dépend de sa famille n'épouse pas tout de suite la jeune fille dont il a un enfant, ce n'est déjà pas bien; mais, quand l'enfant a... Quel âge a l'enfant?

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