‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 59 sur 245 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

vieille femme, je comprends bien des choses que' je ne comprenais pas autrefois. Sois doux et conciliant pendant cette entrevue. En voyant ce qu'est devenu son fils, M. Sternay sera fier de toi; lui seul peut réparer, sinon matériellement, du moins moralement, le malheur qui te frappe, puisqu'il est le tuteur de mademoiselle Hermine, et qu'après tout, pourvu que tu l'épouses, tu seras heureux. Eh bien, fais appel à ses bons sentiments; il t'écoutera, il te nommera son fils, j'en suis sûre, non devant tout le monde, mais dans l'intimité de son cœur; et, après t' avoir exclu de sa famille par son mariage, il t'y fera rentrer par le tien. Voyons, n'est-ce pas le meilleur conseil que je puisse te donner; n'est-ce pas ce qu'en cette triste circonstance tu as de mieux à faire?

JACQUES

Non, ma mère, non. Crois-tu qu'un homme comme moi, qui depuis vingt-trois ans aime et estime sa mère comme la meilleure et la plus sainte des femmes, va apprendre tout à coup ce que je viens d'apprendre, et que cet homme, se trouvant en face de son père, ne lui demandera pas l'explication de toute sa vie, et oubliera tout ou ne voudra rien savoir, pourvu qu'on lui donne la main de celle qu'il aime? Tu me connais trop, tu as fait de moi un homme trop fier et trop loyal pour penser que je vivrai avec un doute sur toi ou sur moi. Oui, j'aime Hermine, et je faisais de cet amour l'espoir de mon avenir; mais il y a deux heures de cela, quand je me croyais un homme comme les autres. Maintenant, c'est autre chose, et mon amour ne doit plus venir qu'après mon honneur. J'aimerai Hermine, quand je serai sûr d'être un honnête homme.

CLARA

Jacques!...

JACQUES

Tu ne vois donc pas, ma mère, ou tu ne veux donc pas voir, depuis que je suis là, qu'une seule pensée domine mon

esprit, qu'une seule question tourmente mes lèvres; tu ne sens donc pas qu'il y a dans ma vie passée et présente un mystère que je ne m'explique pas, et dont je n'ose pas te demander l'explication, tant je suis encore habitué à t'aimer et à te respecter, et que cette explication que je veux avoir et que je ne puis te demander, il faut bien que je la demande à un autre ?

CLARA

Tu sauras tout; interroge-moi, juge-moi, je le veux.

JACQUES

Eh bien, ma mère, puisque tu étais sans fortune, puisque mon père m'a abandonné, comment se fait-il que je sois riche ?

CLARA

Écoute, Jacques, écoute-moi bien, avec calme, je t'en prie.

(Le domestique entre.)

JACQUES, au domestique.

Que me voulez-vous?

LE DOMESTIQUE

Il y a là un monsieur, chez qui vous êtes allé tout à l'heure, qui demande à vous parler : M. Sternay.

JACQUES, poussant une porte latérale^

Entre là, ma mère, écoute ce qui va se passer, et parais quand tu croiras devoir paraître. (Au domestique.) Priez

M. Sternay d'entrer. (Il embrasse sa mère.) CLARA.

Tu me promets ?

JACQUES

Je te promets de me conduire en homme d'honneur. (Eiie

sort au moment où M. Sternay paraît.)

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