SCÈNE IV
JACQUES, STERNAY.
STERNAY.
C'est à M. de Boisceny que j'ai l'honneur de parler?
JACQUES
Oui, monsieur.
STERNAY.
Vous avez pris la peine de passer chez moi, monsieur; j'étais absent, je le regrette ; mais, en rentrant, j'ai trouvé votre nom et votre adresse ; je me suis empressé de me rendre chez vous, pour vous épargner la peine de revenir chez moi.
JACQUES
Je vous sais gré, monsieur, de cette prévenance.
STERNAY.
Elle est toute naturelle.
JACQUES
Madame Sternay, avec qui j'ai eu l'honneur de faire connaissance à la campagne, vous a sans doute déjà parlé de moi?
STERNAY.
En effet, monsieur, dans ses dernières lettres, elle m'entretenait souvent de vous, et dans des termes tels, qu'étant encore un inconnu, vous n'étiez déjà plus un étranger pour moi. Elle me disait que vous aimez ma nièce, et que vous nous avez fait l'honneur de demander sa main. — Ma mère ne devait-elle pas venir à la campagne?
JACQUES
Elle y est en ce moment.
STERNAY.
Vous l'avez vue ?
Non, monsieur.
STERNAY.
Ah ! C'est elle cependant qui s'occupe spécialement d'Hermine. C'est plus convenable... je ne puis que ratifier ce qu'elle fera... mais la cession que j'ai faite de mes droits n'a ni diminué mes devoirs ni atténué mon affection pour Hermine, que j'aime comme si elle était ma fille, et qui sera mon unique héritière, puisque je n'ai pas d'enfants.
JACQUES, le regardant.
Vous n'avez pas d'enfants, monsieur?
STERNAY, tout natureUement.
Non.
JACQUES
Vous n'en avez jamais eu ?
STERNAY, même jeu.
Jamais.
JACQUES, après une pause.
Quand je me suis rendu chez vous, monsieur, c'était pour vous prévenir que mes projets de mariage doivent être considérés probablement comme non avenus.
STERNAY.
Vous retirez votre demande?
JACQUES
Non. Mais madame votre mère refuse son consentement, et sans doute votre décision sera conforme à la sienne.
STERNAY.
Pourquoi ce refus?
Parce que, de même que vous n'avez pas d'enfants, ce qui