ACTE DEUXIÈME
peul s'expliquer, moi, je n'ai pas de père, ce qui ne s'explique pas.
STERNAY.
Pas de père?... Je ne comprends pas.
JACQUES
Je suis un enfant naturel. Je viens de l'apprendre, il y a deux heures, et je me suis empressé d'aller vous le dire. Ma mère m'avait toujours caché ma position; sans quoi, je ne me serais pas permis de demander la main de votre nièce. Madame votre mère, qui vient d'apprendre la vérité, refuse formellement son consentement au mariage, il ne me reste donc plus d'espoir qu'en vous, monsieur.
STERNAY.
Je m'attendais peu à cette révélation si simplement, si brusquement faite.
JACQUES
Que votre réponse soit aussi franche que l'aveu a été franc.
STERNAY.
Alors, je vous dirai, monsieur, que votre franchise prouve un honnête homme; malheureusement...
JACQUES
, Malheureusement?...
Nous appartenons, ma mère et moi, elle par sa naissance, moi par mes travaux, à un monde, à deux mondes même, chez lesquels ce que les gens supérieurs appellent un préjugé s'appelle encore un principe. Hermine n'est pas ma fille, elle n'est que ma nièce. Nous ne pouvons dispjDser de son sort qu'avec les plus grandes réserves... Le mariage n'est pas seulement l'union de deux personnes, c'est l'alliance de deux familles; il faut donc...
JACQUES
Que ces deux familles soient, sinon de même rang, du moins de même race?
STERNAY.
Oui, monsieur. Tous m'avez demandé d'être franc, pardonnez-moi, je le suis.
JACQUES
Et nous allons voir jusqu'où ira cette franchise. Ma mère se nomme Clara Vignot.
STERNAY, se levant.
Clara Vignot?
JACQUES
Oui, monsieur.
STERNAY.
Vous êtes le fils de Clara Vignot ?
JACQUES
Et le vôtre, par conséquent.
Monsieur!
JACQUES
Si vous niez que vous êtes mon père, monsieur, je me retire à l'instant même.
STERNAY.
Je ne nie rien, monsieur.
JACQUES
Alors, monsieur, pourquoi n'avez-vous pas épousé ma mère? pourquoi ne m'avez-vous pas donné votre nom?
STERNAY.
Je n'ai rien à vous dire.
. ACQUES. ^
Parce que ?