‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 62 sur 245 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

STERNAY.

Parce que je ne puis rien réparer.

JACQUES

Je ne vous demande pas de réparer votre conduite, monsieur; je vous demande de l'expliquer. Je ne viens pas solliciter un nom, je viens demander un renseignement. J'ai été trompé jusqu'à présent sur ma naissance, je veux savoir pourquoi. Vous seul pouvez m'éclairer, monsieur : parlezmoi donc sans détours; je suis un homme et je connais la vie. Veuillez me répondre. Que faisait ma mère quand vous l'avez connue?

STERNAY.

Elle travaillait.

Pour vivre?... Je ne sais rien de plus honorable. Quelqu'un avait-il le droit de dire quoi que ce fût sur elle?

STERNAY.

Non.

JACQUES

Et vous l'aimiez?

STERNAY.

Je l'aimais.

JACQUES

Vous vous êtes fait aimer d'elle en lui promettant de devenir son époux?

STERNAY.

Quand je lui faisais cette promesse, je croyais pouvoir la tenir.

JACQUES

Pourquoi ne l'avez-vous pas tenue ?

STERNAY.

Les événements, plus forts que la volonté de l'homme, ma position, ma famille, qui n'eût jamais consenti à ce mariage; ni. 7

des pertes d'argent, qui me faisaient encore plus l'esclave de ma mère et des nécessités sociales...

Quand vous avez été résolu à vous marier avec une autre femme que la mère de votre enfant, ètes-vous venu apprendre franchement à celle-ci cette séparation? s'y est-elle résignée? y a-t-elle consenti ?

STERNAY.

Non; j'ai dit seulement à votre mère que je partais.

JACQUES

Pourquoi ce... détour?

STERNAY.

Pourquoi?... pourquoi?... Parce qu'il y a des choses qu'on n'a pas le courage de dire à une femme à laquelle, c'est vraij on n'a rien à reprocher. J'avais peur des larmes, des récriminations, des reproches. Vous en convenez, monsieur, vous connaissez la vie aussi bien que moi; à quoi bon me forcer de vous dire ce que vous devinez et ce qui peut vous faire de la peine?... Que voulez-vous!... j'avais vingt-cinq ans, j'étais jeune. Ce dénoûment était prévu. J'ai agi comme un jetine homme, comme tant d'autres^ comme vous-même auriej^. agi à ma plade:

JACQUES

Je tie crois pas.

STERNAY.

Vous ne croyez pas! parce qu'en ce moment il S'agit dé vous. Je voudrais pouvoir réparer ce malheur ; mais comment?... Je suis marié, je ne puis pas avouer la vérité à ma femme. Interrogez les sentiments qui vous ont conduit chez moi quand vous avez connu la vérité sur votre naissance, et vous verrez qu'ils n'ont rien de filial. C'est que la famille est plus qu'un lien du sang: c'est une habitude du cœur qui ne se reprend pas quand, par un événement quelconque, elle

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