‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 77 sur 245 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

STERNAY.

Il n'y a qu'un moyen d'arriver à quelque chose.

LE MARQUIS

C'est? '

STERNAY.

C'est la députation. J'ai une position honorable, une belle fortune, des amis dans mon département. J'ai usé de mon influence pour les autres ; à mon tour.

LE MARQUIS

Eh bien, moti cher ami, tu as eu une idée excellente. Sois un homme politique; ça ne peut faire de mal à personne. Et tu comptes siéger dans l'opposition?

STERNAY.

Oh! ma foi, non.

LE MARQUIS

Tu le rallies, alors; car ta mère avait cru devoir être légitimiste.

STERNAY.

Il y a si longtemps.

Elle t'approuve, alors?

STERNAY.

C'est elle qui... (S'arrêtant.)

LE MARQUIS

Achève donc; c'est elle qui t'a donné ce -conseil?

STERNAY.

Eh bien, oui.

LE MARQUIS

C'est un conseil excellent.

STERNAY.

Et vous m'aiderez? .

lao LE FILS NATUREL.

LE MARQUIS

Gomment?

STERNAY.

En me recommandant au ministre, avec qui vous êtes très-Iié.

LE MARQUIS

Tu voudrais être le candidat du ministère ?

STERNAY.

Dans mon département, où les élections vont avoir lieu.

Je te présenterai au secrétaire du ministre.

STERNAY.

Quand?

LE MARQUIS

Tout à l'heure.

STERNAY.

tl va venir?

Le MARQUIS.

Je Tatténds ; et il a unô grande influence sur lé nlinistfOi

STERNAY;

A merveille. Le teste ne dépend plus que de vous;

LE MARQUIS

Il y adohbun reste?

STERNAY.

dui.

LE MARQUIS

Voyons-le.

STERNAY.

Vous me répondrez : oui du non, sans vous gêner;

LE MARQUIS

Mais va donc.

STERNAY.

Eh bien, je viens vous dire tout simplement : Il n'y a que vous qui ayez le titre et le nom de nos aïeux paternels; vous êtes garçon, vous ne comptez pas vous marier. Ce titre et ce nom mourront avec vous. Franchement, ce n'est pas juste, et, puisque vous n'avez qu'un mot à dire pour qu'ils restent dans la famille...

LE MARQUIS

Comment?

STERNAY.

Adoptez-moi : vous n'avez pas d'enfant.

LE MARQUIS

Ni toi non plus.

STERNAY.

Moi, je suis marié.

LE MARQUIS

Et ta femme est encore jeune... On ne sait pas ce qui peut arriver* C'est encore une bonne idée que tu as eue là, mais il y a vingt ans que ta mère l'a eue avant toi. A l'époque de ton mariage, elle m'en a cassé la têtCé

STERNAYi

Et vous avez refusé ?

LE MARQUISi

Tu as dû t'en apercevoir.

STERNAY.

xMais aujourd'hui?

Aujourd'hui, je refuse toujours.

STERNAY;

Me croyez-vous indigne de porter votre nom?

LE MARQUIS

Non. Mais, puisque tu en as déjà un, qui est celui de ton

père et qui est très-bien... Sternay... c'est très-joli, garde ton nom, je garderai le mien. Ah! si tu n'en avais pas du tout... si tu étais comme ton fils, par exemple, je ne dis pas; et encore, tu as bien refusé ton nom à ton fils quand il est venu te le demander.

STERNAY.

Mon fils! mon fils! D'abord, il n'est pas venu me le demander, et puis c'est tout autre chose, et, puisque vous me pariez de cette histoire...

LE MARQUIS

Mon cher ami, à ton âge comme au mien, on sait ce qu'on fait, et, si tu n'as pas épousé la mère de ton enfant, si tu n'as pas reconnu ton fils, si tu ne lui as pas donné ta nièce, tu avais certainement d'excellentes raisons.

STERNAY.

Oui, excellentes.

LE MARQUIS

Je voudrais bien les connaître.

STERNAY.

Ah çà! voyons, mon oncle, est-ce vous qui allez me faire de la morale, après la vie que vous avez menée ?

LE MARQUIS

3Ioi, mon cher, je n'ai pas à me reprocher d'avoir jamais compromis une femme ou déshonoré une fille. Je n'ai heureusement rencontré que des personnes qui avaient pris leurs précautions avant de me connaître. Je n'ai eu que des amours de table d'hôte. J'ai mangé du plat que me passait mon voisin de droite, je l'ai passé à mon voisin de gauche, j'ai payé et je suis parti. Si j'avais été à ta place...

STERNAY.

Vous auriez fait ce que j'ai fait.

LE, MARQUIS

Non.

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