ACTE TROISIEME
ARISTIDE
Plaiderez-vous contre elle?
STERNAY.
Je plaiderai.
ARISTIDE
Le jeune homme consentira-t-il à laisser traîner le nom de sa mère devant un tribunal pour avoir un nom qu'il ne demande pas? — Vous n'en savez rien. L'enfant n'étant pas là, moi, l'ami de l'enfant, je réponds pour lui : « Non ! » (Au marquis.) Avez-vous une mère, un père, un fils naturel, légitime ou légitimé, une femme qui puisse s'opposer à la reconnaissance ?
LE MARQUIS
Non.
ARISTIDE
Vous pouvez reconnaître ou légitimer à votre choix. Monsieur ne le peut pas. L'intérêt de l'enfant est ici. (n montre le
marquis.)
STERNAY.
Alors, je l'adopterai.
ARISTIDE
Soit. Avez-vous des enfants légitimes?
STERNAY.
Non.
Votre femme consent-elle à l'adoption?
STERNAY.
Oui.
ARISTIDE
Avez-vous cinquante ans révolus?
STERNAY.
Oui.
ARISTIDE
Pouvez-vous prouver que vous avez fourni à l'adopté, pendant sa minorité, six ans au moins de secours et de soins non interrompus?
STERNAY.
Mais...
ARISTIDE
Pouvez-vous le prouver ?
STERNAY.
Non.
ARISTIDE
L'adoption est impossible.
STERNAY.
Alors, un père ne peut pas reconnaître son enfant?
Si, monsieur, le jour de sa naissance. '
LE MARQUIS
C'est ce qu'il y a de plus simple.
ARISTIDE
Il y a une chose plus simple encore, monsieur le marquis : c'est de n'avoir d'enfants que par le mariage ; car, voyezvous, tant qu'on n'est pas marié, la loi permet de faire des enfants, elle ne permet pas d'en avoir.
STERNAY.
Singulière loi, qu'une loi qui donne plus de facilités à un étranger pour reconnaître un enfant qu'au père lui-même!
ARISTIDE
La loi a raison, monsieur : un père qui veut donner son nom à son fils au bout de vingt-cinq ans répare à peine une mauvaise action ; un étranger qui donne son nom à un enfant sans père en fait une bonne. Personne ne dit plus rien? Adjugé l'enfant à M. le marquis.