‹ Comédies et proverbesChapitre 125 sur 304 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

TI^IA

Fi! votre femme n'a pasd'amanls. — C'est comme si vous disiez que j'ai des matlresses.

Pourquoi n'en aurais-lu pas , Tibia? Tu rs fort laid , mais tu as beaucoup d'espril.

Itegarde, Tibia, tu en conviens loi-m£mei il n'eu faut plus douter, et mon déshonneur est public.

TIBIA

Pourquoi public?

CLAODIO.

Je le dis qu'il est public.

Mais, monsieur , votre femme passe pour un dragon de vertu dans loute la ville; elle ne voit personne , elle ne sort de chez elle que pour aller à la messe.

Laisse-moi bire. — Je ne me sens pasde nnlére , après tous les cadeauK qu'elle a reçus de moi. — Oui , Tibia , je machine en ce moment une épouvantable trame, et me sens prêt à mourir de douleur.

Oh! que non.'

Quand je te dis quelque chose , tu me ferais plaisir de le

lit toHent.

coELio, rtiUrant.

Malheur è celui qui, au milieu de la jeunesse , s'abandonne à un amour sans espoir I Malheur à celui qui se livre <i une douce rêverie, avant de savoir où sa chimère le mène , et s'il peut élre payé de retour! Mollement couché dans une barque, il s'éloigne peu à peu de la rive; il aperçoit au loin des plaines enchantées , de vertes prairies et le mirage léger de «on Eldorado. Les vents l'entraînent en silence, et quand la réalité le i-éveillc , il est aussi loin du but où il Mspire que di-

,aV);(lc

iS4 LES CAPRICES DE MAHIANNE.

rivage qu'il a quille; il ne peulplug ni poursuivre m route m

revenir aur ses pas.

On entend un bruit-d'itulrumtntt.

Quelle esl celte mascarade? N'est-ce pas Octave que j'aperçois ?

£ntre Octave.

OITAVE.

Commealseporle, mon bon monsieur , cette gracieuse mélancolie?

Octave ! 6 fou que tu es ! tu as un pied de rouge sur les joucsl D'où le vient cet accoutrement? N'as-lu pas de houle en plein jour ?

0 Coeliol Tuu que tu esl tu as un pied de blanc sur les jouesl — D'où te vient ce large babil noir? N'as-lu pas de honle en plein cai'naval?

cmtio.

Quelle vie que la tienne! Ou tu es gris, ou je le suis mottnêmc.

Ou tu ee amoureux , ou je le suis moi-même.

Plus que jamais de la belle Marianne.

Plus que jamais du vin de Chypre.

J'allab chei toi quand je t'ai rencontré.

Et moi aussi j'allais chez moi. Comment se porte ma maison? il y a huit jours que je ne l'ai vue.

J'ai un service ï te demander.

Parle, Cœlio, mon cher enlanl. Veui-tu de Targeut? je n'en ai plus. Veui-tu des conseils? je suis ivre. Vcui-tu mon épée, voilà une baticd'arlequiu. Parle, parle, dispose de moi.

Combien de temps cela durera-t-il? Huit jours hoi-s de cliei loi! Tu le tueras, Octave.

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