ACTE 1, SCENE I. iflg
OCTAVE
Mon nom est Octave-, je suie cousin de votre mari.
MilllAN^E.
Vpuei-vous pour le voir? eutrei au logis, il va revenir.
le ne viens pas pour le voir , cl n'entrerai point au logis , de peur que vous ne m'en chassira tout à l'beure, quand ja vous aurai dit ce qui m'amène.
Dispensez- vous donc de le dire et de m'arréter plus longtemps.
le ne saurais m'en dispenser, et vous supplie de vous arrêter pour l'eateodre. Cruelle Uarianne! vos yeux ont causé bien du mal , et vos paroles ne sont pas faites pour le guérir.
Que vous avait Tait Cœlio?
MARIUIME.
De qui parlei-voug, el quel mal ai-je causé?
Un mal le plus cruel de tous, car c'est un mal «ans espérance; le plus terrible, car c'est un mal qui se chérit luimême , ei repousse la coupe salutaire jusque dans ta main do l'amitié; un mal qui Tait pAlir les lèvres sous des poisons plus doui que l'ambroisie, et qui fond en une pluie de larmes le cœur le plus dur, comme la perle de Cléopâtre; un mal que tous les aromates, toute la science humaine ne sauraient soulager, et qui se nourrit du vent qui passe, du parfum d'une rose fanée, du refrain d'une chanson, et qui suce l'élemel aliment de ses souffrances dans tout ce qui l'entoure, comme UDC abeille soD miel dans tous les buissons d'un jardin.
He direi-vous le nom de ce mal?
OCTAVE
Que celui qui est digne de le prononcer vous le dise; que les rêves de vos nuils, que ces orangers verts, cette fraîche cascade vous l'apprennent; que vous puissie* le chercher un beau soir, vous le Irouverei aur vos lèvres; son nom n'existe pas sans lui. . ,-- ■
aoo lES CAPKlClilS DE UARUNNË.
■UBIINHE.
Esl^il si dangereux à dire, eî terrible dsDS sa conlngion , qu'il elTrnye une langue qui plaide en sa faveur?
Est-il «i doux à entendre , cousiae , que tous le demandiez? Vous l'avex appris à Cœlio.
C'est donc sans le vouloir; je ne conoalK ni l'un
Que vous les connaissiez ensemble, et que v sépariez jamais, voilà le souhail de mon cœur.
En vérilé?
OCTAVE
Cielio est le meilleur de mes amis; si je voulais vous faire envie, je vous dirais qu'il est beau comme le jour, jeune, noble', et je ne mentirais pas; mais je ne veux que vot» faire pîli^, et je vous dirai qu'il est triste comme la mort, depuis le jour où il vous a vue.
Est-ce ma faute s'il est triste?
Est-co sa faute si vous êtes belle? Il ne pense qu'i vous; â toute heure, il rAde autour de cette maison. N'avei-vnus jarnab entendu cbanler sous vos fenêtres? N'aven-vous januis soulevé, à minuit, cette jalousie cl ce rideau?
Tout le monde peut chanter le soir, et cette plaoe appartieat à tout le nnonde.
OCTIVE.
Tout le monde auasi peut vous aimer; msû personne ne peut vous le dire. Quel âge avcz-vous, Marianne?
Voilà une jolie question t et «i je n'avais que dii-neuf ans, que voudriei-vous que j'en pense?
Vous Bvra doitc encore cinq ou six ans pour être aimée, huit ou dix pour aimer vous-ntéine, et le reste pour prier Dieu. ,
Vraiment? Ëh bien , pour mellre lo tempi k profil , J't Claudio, votre cousin et mon mari.
Mon cousin et votre mari ne feront jamait A eui deux qi pédant de village; vous n'aimez point Claudio.
Ni Cœlio; vous pouvez le lui dire.
Pourqutn?
Pourquoi n'aimerais-je pas Claudio? C'est mou mari.'
0CTAV8.
Pourquoi n'aimeriei-vous pas CœlioT c'est voire «nian
MIHUNNE.
Me dircz-vous aueai pourquçi je vous écoute? Adieu, gneur Ootave; voilà uue plaisanterie qui a duré asseï I lemps.
EUi tort.
ft fort.