ACTE II, SCÈNE I. 2r
KIHIAHHE.
C'est nnc (Scheuse affaire sans doule , et voire creur en doit ressentir un vide effrojable.
OCTATÇ.
TJd »iâe que je ne Kaarais eiprimer, et que je communique en vain à «elle large coupe. Le carillon des vêpres ma fendu le crâne pour toute l'après-dînée.
■IBIINKE.
Dite^-moi , cousin , eaUe du vin à quinze sous la bouteille que v«ns buvet?
N'en riez pas; ce sont les larmes de Christ en personne.
HàRMNNB.
Cela m'étonne que vous ne buviei pas du vin A quinze sous; buvei-en, je vous en supplie.
■OCTAVE
Pourquoi en boirai»-j^ i ^'i' ^'^"^ plait?
■uni AN NE.
Goùtei-en; je suis sûre qu'il n'y a aucune différenee' avec
Il y en a une aussi grande qu'entre le soleil el une lanteme.
KÂMAnKE.
Non , vousdig-je, c'est la même rhose.
Dieu m'en préserve ! Vous moquez-vous de moi ?
HAHUMME.
Vous trouvez qu'il y a une grande différente? Assurément.
HARUNNE.
Je croyais qu'il en était du vin comme des femmes. Vue femme n'eet-elle pas aussi un vase précieu», scellé comme ce flacon de cristal? Ne renferme- t-elle pas une ivresse grossière ou divine , selon sa force el sa valeur? Et n'y a-t-il pas parmi elles te vin du peuple et les larmes du Cbrist? Quel misérable cœur etl-ce donc que le vûtre , pour que vos lèvres lui fassent la leçon? Vous ne boiriei pas le vin que boit le peuple; vous aimeï les femmes qu'il aime; l'esprit généreux et poétique da
D,niz=rtNGoogle
3(6 LES CAPItlCES DE MARIANNE. -
ce Hacon doré , ces sucs merveitleoi que la lave du V^uve a cuvt% sous son ardent soleil, tous conduiront chancelant et sans force dans les bras d'une lllle de joie ; vous rougiriez de boire un vin grossier ; votre gorge se saalèverojt. Âh ! vos lèvres sont délicates , mais votre cœur s'enivre â bon marché. Bonsoir, cousin ; puisse Rosalinde rentrer ce soir chez elle !
Deux mots, de grâce, belle Marianne, et ma réponse sera courte. Combien de temps prnsex-vous qu'il faille faire la cour à la bouteille que vousvoyei pour obtenir sos faveurs? Elle rst, comme vous dites, toute pleine d'un esprit céleste, et le vin du peuple lui resaecnblo aussi peu qu'un paysan A pou seigneur. Cependant, regardez comme elle se laisse faire ! — Elle n'a reçu , j'imagine , aucune éducation , elle n'a aucun principe ; voyez comme elle est bonne fille I Un mot a sufB pour la faiie sortir du couvent; toute poudreuse encore , elle s'en est échappée pour me donner un quart d'heure d'oubli , et mourir. Sa ronronne virginale, empourprée de cire odorante , est aussitôt tombée en poussière , et , je ne puis vous le eadier, elle a failli passer tout entière sur mes lèvres dans la cbileur de son pre-
Ëles-vous sur qu'elle en vaut davantage? Et si voua èles un de ses vrais amanis , n'iriez-vous pss , si la recelte en était perdue, en chercher la dernière goutte jusque dans la bouche du
volcan?
Elle n'en vaut ni plus ni moins. Elle sait qu'elle est bonne à boire et qu'elle est faite pour être bue. Dieu n'en a pas carhé la source au sommet d'un pic inabordable, au fond d'une caverne profonde : il l'a suspendue en grappes dorées au bord de nos chemins; elle y fait le métier des courtisanes; elle y efllcuro la main du passant ; elle y élale aux rayons du soleil sa gorçe rebondie, et toute une cour d'abeilles et de frelons murmure autour d'elle matin et soir. Le voyageur dévoré de soif peut se coucher sous ses romeaui verts ; jamais elle ne l'a laissé languir, jamais elle ne lui a refusé les douces larmes dont son cœur est plein. Ah! Marianne, c'est un donfalalque la Iwautél — Lasagessedont elle se vante est sœur de l'ut ariee, '''va p4uB de miséricorde dans te ciel pour ses faiblesses
que pour m cruauté. Bonsoir, cousine; puisse Cœlîo vc oublier !
Il r«nlre dan* l'anàerge, et Uariantta data maiion.
SCËNE 11.
CCELIO , ClUTA.
Seigneur Cœlio, déliei-voiis d'Oclave. Ne vous a-t-it pas quels belle Marianne lui avait fermé «a poiii??
Assurément — Pourquoi m'en déflerais-je?
Tout à l'heure, eu pawant dans m rue, je l'ai vu en coni salion avec elle sous une tonnelle couverte.
Qa'j a-l-il d'étormant à cela ? Il aura épié ses démardie saisi un moment favoraUe pour lui parler de moi.
' J'entends qu'ils se parlaient amicalemeul et comme j; qui sont de bon accord ensemble.
En es-tu sûre, Ciuta? Alors je suis le plus beureui hommes) il aara plaidé ma cause avec chaleur.
Pniase le ciel vous bvoriser I
Elle torl.
CWLIO.
Ahl que je fusse né dans te temps des tournois et des tailles! QuHl m'eût été permis de porter les couleurs de I rianne et de les teindre de mon sang! Qii'on m'eût donné rival à combattre , une armée entière ii déflerl Que le sa flce de ma vie eût pu lui être utile 1 Je sais agir , mais je puis parler. Ha langue ne sert point mon cœur, ctjemoui sans m'êtrefait comprendre, comme un muet dans une pris n*oH.
itê LES CAPRICES DE HARIANNC.
SCËKEIIl.
<»»i OUodio.