‹ Comédies et proverbesChapitre 152 sur 304 · MATHAN · texte numérisé non relu

MATHAN

Tu as le m<^ de mai sur les joncs.

FANTiaiO.

C'est vrai; et le moi» de janvier dans te cœur. Ha lâte est comme une vieille cheiiUDée sans fen : il n'y a que dn vent et de» ceadres. Ouf!

Que cela m'ennuie que tout le monde s'amuse ! Je voudrais que ce graud del »! lourd fût un immeuse bonuet de coton , pour envelopper jusqu'aux oreille» cette sotte ville et ses sots habitante. Allons, voyons! dites-moi, de grâce, un calembour usé, quelque chose de bien rebattu.

BAKTMAH.

Pourquoi?

FàMTlSIO.

Pourquçjerie. Jenerisplusde ce qu'on invente ; peut-être que je rirai de ce que je connais.

aAHTHlN.

Tu me parais iin tant soit peu m mélancolie.

Du tout; c'est que je

13 de chez i

inthrope et eoclia à la

la maîtresse.

, es-lu dee nôtres?

Je suis des vAlres , si ji

i; restons a

A parler de choses et d'autres , en regardant nos habits ueub.

Non , ma foi. Si tu es las d'être debout , je suis las d'élre assis; il faut que je m'évertue en plein air.

e saurais m'évertuer. Je vais fumer sous ces mar- K ce brave Spark, qni va me tenir compagnie. N'est-ce pas, Spark?

Comme tu voudras.

En ce «as , adieu. Nous allons vi

FatUatfo t'astitd avec Spark.

Cwnme ce soleil couchant est tnanquél La nature eat pitoyable ce soir. Regarde-moi nn peu cette vallée là-bas, ces quatre ou dnq méchants nuages qui grimpent sur cette montagne. Je faiMis des pa;sa([es comme celui-là , quand j'avais dooEe ans , sur la couverture de mes livres de classe.

Je dois bien t'ennujer , Sparkf

Non ; pourquoi cela?

FUITASIO.

Toi , tu m'ennuies horriblement. Cela ne le fait rien de voir tons les jours In même figure? Que diable Hartman et Facio s'en vontils (aire dans cette fête?

Ce sont deux gaillards actifs , et qui ne sauraient rester en

Quelle admirable chose que les Uille et une Nuits! OSpark! mon cher Spark, si tu pouvais me transporter eu Chinel Si je pouvais seulement sortir de ma peau pendant une heure ou deux I Si je pouvais être ce monûeur qui passe !

SPABI.

Cela me parait assez difficile.

FIMTÏSIO.

Ce monsieur qui passe est charmant; regarde : quelle belle culotte de soiel quelles belles fleurs rouges sur son giletl Ses breloques de monb% battent sur sa panse, en opposilioa avec les basques de sou habit, qui voltigent sur ses mollets. Je suis sur que cet bomme-là a dans la télé un milher d'idées qui me sont absolument étrangères; son essence lui est particulière. Hélas ! tout ce que les hommes se disent entre eux se ressem- . ble ; les idées qu'ils échangent sont presque toujours les mêmes dans toutes leurs conversations; mab, dans l'intéiieur de toutes oes machines isolées, quels replie, quels compartimeuts secrets! C'est tout un monde que chacun porte en lui 1 un monde ignoré qui natt et qui meurt en silence I Quelles solitud» que tous ces corps humains !

FANTASIO

Boi» donc, désœuvré, au lieu de te creuser ta têle.

11 u'; a qu'une chose qui m'ait amnsé depuis trois jours : c'est que mes créanciers ont obtenu un arrêt contre moi , et que si je mets les pieds dans ma maison, il ya arriver quatre l'sUfiers qui me prendront au collet.

Voilà qui est fort gai , en effet. Où coucheras-tu ce soir?

FANTiSIO.

Chez la première venue. Te flgures-lu que mes meubles se vendent demain matin? Nous en achèterons quelques-uns, n'est-ce pas?

Manques-tu d'argent, Henri? Veux-tu ma bourse?

Imbécile! si je n'avaispasd'argent, je n'aurais pas de dettes. J'ai envie de prendre pour maitresse une flite d'opéra.

SFARK.

Cela t'ennuiera A périr.

Pas du loutj mon imagination se remplira de pirouettes et de souliers de satin blanc; il y aura un gant à moi sur la banquette du balcon depuis le premier janvier jusqu'à la Sainl- Silvestre, et je fredonnerai des solu de clarmette dans mes rêves, en attendant que je meure d'une indigestion de fraises dans les bras de ma bien-aimëe. Remarques-tu une chose, Spark? c'est que nous n'avons point d'état; nous n'exerçons aucune profession.

C'est là oe qui l'aUriste?

FlNTiSIO.

Il d'j a point de maître d'armes mélancolique. Tu me fais l'effet d'être revenu de tout.

li , il faut être allé

iz=rtNGoo«^[c

Eh bien donc I où veui-tu que j'aille ? Regarde cette vieille ville enruméey il n'y a pas de places , de rues, de ruelles où je n'aie r6délrenie fois; il a'j a pas de pavée oii je n'aie traîné ces talons usés , pas de maisons où je ne sache quelle est la (îlle ou la vieille femme dont la lèle stupide se des^ne éternellement à la fenêtre j je ne saurais faire un pas sans marcher sur mes pas d'hier ; eh bien , mon cher ami , cette ville n'est rien auprès de ma cervelle. Tous lee recoins m'en sont ceni fois pins connus; toutes les rues, tous les trous de mon imagination sont cent fois plus fatigués; je m'y suis promené en cent fois plus de sens , dans cette cervelle délabrée , moi son seul bahiUnt I je m'y suis grisé dans tous les cabarets; je m'y suis roulé comme un roi absolu dans un carrosse doré ; j'y ai troUé en bon bourgeois sur une mule pacifique, el je n'ose seulement pas maintenant y entrer comme un voleur, une lanterne sourde à la main.

SPjtBK.

Je ne comprends rien i ce travail perpétuel sur toi-même ; moi , quand je fume, par exemple, ma pensée se fait fumée de . tabac; quand je bois, elle se fait vin d'Espagne ou bière de Flandre ; quand je baise la main de ma maîtresse , die entre par le bout de ses doigts cflilés pour se répandre dans lont son être sur des courauls électriques; il me faut le parfum d'une Qeur pour me distraire, el de tout ce que renferme l'universelle nalure , le plus chélif objet suffit pour me changer en abeille et me fïiire volliger ^ el là avec un plaisir toujours

Tranchons le mot , tu es capable de pêcher k la ligne.

SPIBE.

Si cela m'amuse, je suis capable de tout.

FANTiSIO.

Même de prendre la lune avec les dents? Cola ne m'amuserait pas.

Ah ! ah ! qu'en sBifr4u ? Preudre la lune avec les dents n'est pas à dédaigner. Allons jouer au trente et quarante.

Pourquoi ?

Parce que nous perdrions noire argent.

Àh ! mon Dieu I qu'est-ce qae tu vas imaginer le 1 Tu ne sais quoi invenler pour te torturer l'esprit. Tu vois donc tout en noir, mieéniMe? Perdre notre aident! lu n'as donc dan« le cœur ni foi en Dieu ni espérance ? tu es donc un athée épouvantable , capable de me dessécher le cisUr et de me désabuBer de tout , moi qui suis plein de aéve et de jeunesse? il te met à danttr.

En vérité , il y a de certains moments où je ne jureraii pas que tu n'es pas fou.

FiNTlsio , damant toujoart.

Qu'on me donne une cloche ! une cloche de verre I

A propos de quoi une cloche?

lean-Paul n'a-t-il pas âil qu'un homme absorbé par une grande pensée est comme un plongeur sous sa cloche , an milieu du vaste Océan ? Je n'ai point de cloche, Spark , point de cloche , et je danse comme Jésus-Christ sur le vaste Océan.

Fais- toi journal isie ou hommede lettres, Henri, c'est encore le plus efiicace mofen qui nous reste de déeopiler la misanthropie et d'amortir l'imaginelion.

Oh I je Toudrab me passionner pour un homard i la moutarde, pour unegrisette, pour une dasse de minéraux. Sparfc! essayons de bâtir nue maison à nous deux.

Page 1