SCÈNE I
I« Jardin du roi de BaTiére.
Entrtta EXSBETH et ta gouvernantt.
It OOBVBBNiHTE.
Mes pauvres jeux en ont plearé, pleura uu torrent do ciel.
ELSBBTH.
Tu e» si bonne I Mai ausû j'ainiau Saint-Jean; il avait tant d'esprit! Ce n'était point un bougon ordinaire.
Dire que le pauvre homme est allé li-haut la veille de vm fiançailles! lui qui ne parlai! que de vous à dîner et à souper, tant que le jour durait. Un garçon sï gai , si amusant , qu'il bisail aimer la laideur , et que les yeux le cherchaient toujours en dépit d'eui-mémes!
ELSBETB.
Ne me parle pas de mon mariage ; c'est encore 1A un plus grand malheur.
hk GOVTEBtUNTE.
Ne savex-vODS pas que (e prince de Hantoue arrive anjourd'hui¥ On dit quec'est un Amadis.
Que dis4u là , ma chère I 11 est horrible et idiot , tout te monde le sait déjï ici.
En vériléî on m'avait dit quec'élait un Amadig.
ELSBETH
Je ne demandais pas un Amadis , ma chère; mais cela est cruel , quelquefois, de n'être qu'une flUe de roi. Mon père est le meilleur des hommes; le mariage qu'il prépare assure la paix de son royaume; il recevra en récompense la bénëdio tion d'un peuple; mais axâ , hélas! j'aurai la sienne, et rien de plus.
Si je refusais le priaoe , )a guerre serait bi cée; quel malheur que ces trailés de paii se i avec des larmes I Je voudrais être une forte i gner à épouser le premier veuu , quand cela ' politique. Être la mère d'un peuple, cela <x i cœurs , mais non les lélea faibles. Je ne sui rêveuse; peut^tre la faute en est«lle à les i toujours dans les poches.
L« «OEVERKtKTE.
Seigoeurl n'en dites rien.
EUBETH.
J'ai peu connu la vie, et j'ai beaucoup rét
Si le prince de Hantoue est tel que voua 1 laissera pas cette afliijre-là s'arranger , j'en sti :
Tucroisl Dieu laisse faireleshommes, ma i il ne fait guère plus de cas de nos plaintes q . d'un mouton.
Je suis sûre que w vous refusiez le prince fous forcerait pas.
ELSBETH
Non certainement il ne me forcerait pas; e que je me sacriQe. Veui-lu que j'aille dire à i blier sa parole, et de rayer d'un Irait de plum pectable sur un contrat qui fait des milliers d'h porte qu'il lasse une malheureuse? Je laisse mi
HiThi!
EUt plturt.
ELSBEra.
Ne pleure pas sur moi , ma bonne; tu me I
pleurer moi-même , et il ne faut pas qu'une ro
les yeux rouges. Ne t'aRlige pas de tout cela. .
serai une reine , c'est peut-être amusant ; je prt'
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gofll à mes parures, que «ais-Je? k im
velle coiu*; tieureuseinsnt qu'il j a pour une princesse autre
chose dans un mariage qu'an mari. Je trouTCrai peut-élre le
bonheur au fond de ma corbeille de noces.
Vous êtes un vrai agneau pascal.
ELSBETH
Tiens , nu chère , oommençoDs toujours par en rire , qnitte à en pleurer quand il en sera temps. On dit que le prince de Hantoue est U plus ridicule chose du monde.
Li GODVERMHTE.
Si Saint-Jean était là!
Ah ! Saint-Jean , Saint-Jean 1
Vous l'aimies beaucoup , mon en&nt.
ELSBETB.
Cela est singulierj son esprit m'sUachaità lui avec des fils imperceptibles qui semblaient venir de mon cœur ; sa perpë~ tnelle moquerie de mes idées romanesques me plaisait à l'eicès, tandis que je ne puis supporter qu'avec peine bien des gêna qui abondent dans mon sens ; je ue sais ce qu''il j avait antourde lui , dans ses yeui , dans ses gestes , dans la manière dont il prenait son tabac C'était un homme bizarre ; tandis qu'il me parlait , il me passait devant les yeux des tableaux délicieux ; sa parole donnait la vie , comme par enchantement, aui choses les plus étranges.
C'était un vrai Triboulet.
Je n'en sab rien ; mais c'était uu diamant d'esprit.
u COCTEEDANTE.
Voilft des pages qui vont et vieunent; je crois que le prince ne va pas tarder à se montrer ; il faudrait retourner au palais pour vons habiller.
ELSBETB.
Je t'en supplie , laisse-moi un quart d'heure encore ; va préparer ce qu'il me faut : hélas! ma chère, je n'ai plus long-
iz=rtNGoo«^[c
U COBTERNAMTE.
Seigneur, est-il passible que ce mariage an fasse , s'il vous déplaItT Un père sacrifier sa fille! le roi serait uii véritable Jepbté , s'il le bisait.
ELSBETH
Ne dit pas de soElisee k mon père ; va , ma cbèro , prépare ce qu'il me faut.
La gouvertiante tort.
ELSGKTB , Muta.
Il me semble qu'il y a quelqu'un derrière ces bosquets. Est ce le fantâme de mon pauvre boufibn que j'aperçois dans ces bJueEs , assis sur la prairie? Bépoodez-moi; qui éles-vous? que faites-vous là, à cueillir ces fleurs?
EU» t'avanc» vtn un i«rtr».
PâiTTisio, anit, «Au en bouffàn, avec ont botte et un«
perruque.
Je suis un brave cueilleur de Deurs, qui soubaite le bonjour à vos beaui yeui.
ELSBETB.
Que signifle cet accoutrement? qui êtes-voifs pour venir parodier sous cette large perruque nu homme que j'ai aimé? Êtes- vons écolier en bouftonaerie?
FtNTASIO.
Plaise ï votre altesse sérénissimc, jesuisle a ou^eau bouffon du r(M; le majordome m'a reçu favorablement ; je suis présenlé au' valet de chambre; les marmitons me protégeili depuis hier au soir, et je cueille modestament des fleurs en at> tendant qu'il me vienne de l'esprit.
ELSBRTn.
Cela me parait douteux , que vous cueilliez jamais cette OeurJè.
Pourquoi? l'esprit peut venir k un homme vieux, tout comme è une jeune fille. Cela est si difficile quelquefois de distinguer un irait sjùriluel d'une grosse sottise I Beaucoup parler, ToilA l'impartant; le plus mauvais tireur de pistolet peut attraper la mouche, s'il tire sept cent quatre-vingts coups à la minute, tAut aussi bien que le plus habile homme qui n'en tire qu'un ou deux bien ajustés. Je ue demande qu'A
être aourri couvenableinenl pour la grosseur de moa «entre , et je regarderai mon ombre au soleil pour toÏt si ma p«Tuqne
pousse.
En «orle que yous voilà revêtu des dépouilles de Saiul- Jean? Vous avez raison de parler de voire ombre; tant que vous aurez ce costume, elle lui ressemblera toujours, je crois,
Je fais en ee moment une él^ie qui déddera de mon sort.
ËLSBCTV.
En quelle fe^n?
Elle prouvera dairement que je suis le premier homme du monde, ou biea elle ne vaudra rien du tout. Je suis en train de bouleverser l'uuivers pour le mettre en acrostiche ; la lune, le soleil et les éloiles se battent pour entrer dans mes rimes , comme des écoliers à la porte d'un théâtre de mélodrames,
ELSBETH
Pauvre homme ! quel métier lu enk^prendsl faire de l'esprit à tant par heure! N'as-tu ni bras ni jambes, et uc feraistu pas mieux de labourer la terre que ta propre cervelle?
FÂNTASIO.
Pauvre petite! quel métier vous entreprenez! épouser un sol que voua n'avez jamais vu ! — N'avez-vous ni cœur ni tête, et ne feriec-vous pas mieni de vendre vos robes que votre corps?
ELSBETH
Voilà qui esl hardi -, monsieur le nouveau-venu? Comment appelez-vous cette fleurlà, s'il vous plattf
EbSBETB.
Une tulipe. Que veui-tu prouver?
FIMTUIO.
Une tulipe rou^ , ou une tulipe bleueT
Bleue , k ce qu'il me semble.
Point du tout, c'est une tulipe reuge.
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