ACTE II, SCÈ^E V
Je n'ai pas de nom à vous dire; mais je croii hommes capables de n'aimer qu'une fois.
Combien de fnia un bonnéttt horame peut-il ai
Veux-tu me faire réciter une litanie, ou rérîles-ta loî-méme un catéchisme f
CAMILLE
Je voudra» ntHnstruire , et savoir si j'ai tort ou raison de me faire religieuse. Si je tous épousai», ne devriei-voos pas répondre avec fraocbîse à toutes mes questions , et me montrer votre cœur i nuT Je vous estime beaucoup, et je vous crois, par votre éducation et par votre nature, supérienr k beaucoup d'antres hommes. Je suis fâchée que vous ne vous «ouveniec plus de ce que je vous demande; peut-^tre en vous connaissant mie ni je m'enhardirais.
Où veux-tu en venir? parle; je répondrai.
UNILLE.
Réponde! donc à ma première question. Ai-je raison de rester au couvent?
PEHBICAN.
Non.
CMILLE.
le ferai donc mieui de vous épouser?
Si le curé de votre paroisse soufQait sur un verre d'eau, si vous disait que c'est ua verre de vin , le boiriez-vous
PERDICÏN.
CAMILLE
Si le cui^é de voire paroisse soufllait sur vous , et me disait que vous m'aimeret toute votre vie , aurai»-je raison de lo
CUIILLR.
Que me coiwcîllci'icz-vniis de faire le jour où j« verrais que vous ne m'aimez plus?
De prendre un amanL
CAUIME.
Qucferii-jceusuilclcjauroùmonamanl ne m'aimera plus? Tu en prendras un autre.
Combien do temps c«la dur
Jusqu'A ee qae le» cheveux soient gi'is, et alors les miens seront blancs.
Savez-vous ce que c'est que les doilres, Perdican? Vous êles-vous jamais assis un jour entier sur le banc d'un monastère de femmes?
Oui, je m'y suis assis.
J'ai pour amie une sœur qui n'a que trente ans, et qui a eu cinq cent mille livres de revenu h l'âge de quinze ans. C'est la plus bclleet la plus noble crôalure qui ait marché sur terre. Elle était pairesse du parlement, et avait pour mari un des hommes les plus distingués de france. Aucune des nobles facultés humaiues n'clait restée saas culture en elle, et, comme uD abrisseau d'uue sève choisie, tous ses boui^eons avaient donné des ramures. Jamais l'amour et le bonheur ne poseront leur couronne fleurie sur un front plus beau ; son mari l'a trompée; elle a aimé un autre homme, et die se meurt de désespoir.
Cela est possible.
Nous habitons la même cellule , et j'ai passé des nuits entières il parier de ses malheurs; ils sont presque d'evenus les niions; vcla est singulier , n'est-ce pas? Je ne sais trop comment cela se fait. Quand elle me parlait de son mariage, quand elle me peignait d'aboi-d l'ivresse des premiers jours , puis la tranquillité des autres , ri comme enlln tout s'était en-