‹ Comédies et proverbesChapitre 192 sur 304 · ACTE U, SCENE V. 3Ô · texte numérisé non relu

ACTE U, SCENE V. 3Ô

, PEHDictr'.

Es-tu sûre que si ma mari ou son amaul revcuail lui dire de BoulTrir encore , elle répoodrait dod?

CAMILLE

Je le crois.

FEHDICAM.

u y a deui cents femmes dans ton inonastèro , et la plupart ont au fond du cœur des blessures profondes; elles le les ont fait toucher, et elles ont coloj'é ta peusëe virginale des gouttes de leur sang. Elles oui vécu, n'est-ce pas? et elles t'ont montré avec horreur la roule de leur vie: lu l'es signée devant leurs cicatrices, comme devant les plaies de Jésus; elles t'ont fait une place dans leurs processions lugubres, et tu te serres contre ces corps décharnés avec une crainte religieuse, lorsque tu vois passer un homme. E^s-tu sûre que si l'homme qui passe était celui qui les a trompé<'S , celui pour qui elles pleurent et elles soulfreul, celui, qu'elles maudissent en priant Dieu , es-tu sûre qu'en le voyant elles ne briseraient pas leurs chaînes pour courir à leurs malheurs passés , et pour presser leurs poitrines sanglantes sur le poignard qui les a menrti'ies ? 0 mon enfant ! sais-tu les rêves de ces femmes qui te disent de ne pas rêver ? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leurs lèvres font trembler l'hostie qu'on leur présente? Elles qui s'asseoient près de toi avec leurs têtes branlantes pour verser dans lou oreille leur vieillesse Uétrie , elles qui sonneut dans les ruines de ta jeunesse le tocsin de leur désespoir, et qui font sentir a ton sang vermeil la fraîcheur de leurs tombes, sais-tu qui elles sont? CAMILLE.

Vous me faites peur; la colère vous prend aussi.

B||RI>ICA«.

Sais-tu ce que c'est que des uonues, malheureuse fllle? Elles qui te représentent l'amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu'il y a pis encore, le mensonge de l'amour divin ? Savent-elles que c'est un crime qu'elles font , de venir chuchoter à une vierge des paroles de femme? Ahl comme elles t'ont fait la leçon 1 Comme j'avais prévu tout cela quand tu t'es arrêtée devant le portrait de notre vieille tante I Tu voulais partir sans me serrer la main; lu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde

«04 ON NE BAOINË PAS AVEC L'AHOGH.

toute en lannea-, tu reniais 1m jours de Iod enbaoe, et le masque de pUIre que les nonupa t'ont plaqué snr tes joues me refusait un baiser de frère; mais ton c<pnra bsttu; il a oublié sa leçon, lui qui ne sait pas lire, et tu es revenue t'^isseoirsur l'herbe oii nous voilà. Eh bien ! Camille , ces femmes ont bien parlé; elles t'ont mise dans le vrai chemin; il pourra m'en coûter le bonheur de ma vie; mais dis-leur eela de ma part : . le ciel n'est pas pour elles.

Ni pour moi, n'est-ce pas?

Adieu , Camille , retourne k ton couvent , et lorsqu'on fera de ces récits hideui qui t'ont empoisonnée , réponds que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs , incoi stants , faut ^ bavards , hypocrites , oi^eilleui et lAches , méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, arliBcienses, vaniteuses, curieuses et dépravées; le monde n'est qu'un é^ut sans fond où les phoques les plus informes i pent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a au monde une chose sainte el sublime , c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe , on se retourne pour regarder en arriére, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis bvmpé quelquefois, maisj'ai aimé. C'cstmo) qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orguàl et mon ennui. HêotI.

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