SCÈNE I
Dna roe I il iB*t niût.
RAZETTA dmmd d'une gondole. LACREl
BUCTTA.
Parl«£-Toue , Lauretle? E^t-il vrai que Tou : Je o'at pu faire aulremeot.
Vous quittra Venise!
LlUBETTE.
Demaia matin.
BAZB1T1.
Ainsi cette funeste nouvelle qui courait la t:i n'est que trop vraie : on vous vend au pria Quelle fête ! votre oreueilleux tuteur n'en moi joie 1 Lâche et vil courtisan I
Je vous en supplie , Rasetta , n'élevei pal la vemante est dans ia salle voisine; on nti'att que vous dire adieu.
Pour loujourol
RAZETT*.
Je suis awet ricbe pour tous suivre en Allemagae.
UDRETTE.
Voua ae devez pas le faire. Ne nous opposons pas , mon ami , ï la volonté da ciel .
BilEITi.
La volonlé du ciel écoulera celle de l'homme. Bien qne j'aie perdu au jeu Is moitié de mon bien , je voua répète que j'en ai assez pour vous suivre , et qne j'y suis déterminé.
LICRETTE.
Vous nous perdrez tous deux par cette action. La générosité n'est pins de mode sur cette terre.
Je le vois; vons êtes au désespoir.
RizerTA.
Oui; et l'on a agi prudemment en ne m'invilant pas à votre noce.
UURETTE.
Ëcoulei, Raietta; vous eavez que je vous ai beauoonp aimé. Si mon tuteur y avait consenti, je serais à vous depuis longtemps. Une fille ne dépend pas d'elle ici-bas. Voyez dans quelles mains est ma destinée; vous-même ne pouvez-vous pas me perdre par le moindre éclat? le me suis soumise A mon sort. lésais qu'ilpeutvouapai'aitre brillant, heureux... Adieu 1 adieu I je ne puis en dire davantage... Tencil voici ma croix d'or que je vous prie de garder.
BAZETTA.
fetle-la dans la mer; j'irai la rejoindre.
Mon Dieu I rovenei à vous.
RlZETfA.
Pour qui, depuis tant de jours et tant de nuits, ai-je rôdé comme un assassin autour de ces muraille»? Pour qui ai-je tout quittéP Je ne parle pas de mes devoirs, je lee méprise; je ne parle pas de mon pajt, de ma ftimille,de mes amis;
avec de l'or, on en trouve paiioul. Maw l'I père, où est-il? Tai p«nlu mesépauleltMi vous au monde ï qui je tienne. Non , non , c vie entière sur un coup de dé ne doit pas si la chance.
Mais que voulez-vo
us de moi?
BIZETT».
Je veui que vous v
eniez avec mot k Ginea.
LAUBEITE.
Comment le poum
lis-je? Ignorez-vous qui
parlez ue s'appartient plus? Hélas I Razetta. < d'Eysenach.
RAZETTit.
Ah 1 rasée Vénitienne, ce mot n'a pu pase i sans leur arracher un sourire.
Il faut que je me retire.. , Adieu , adieu , ir i
RiZETTi.
'Tu me quittes? — Prends-y garde; je n'ai présent de ceui que la colère rend faibles, n . A. ton second père l'ëpée h la main.
Je l'avais prévu que celte nuit nous sei i pourquoi ai-je consenti à vous voir eucore uni
, Es-tu donc une Francise? Le soleil du ji sance était^l donc si pâle que le saiig soit veines?... ou ne m'aimes-tu pas? Quelques b<i prêtre, qnelques paroles d'un roi ont-elles instant ce que ^ux mois de supplice... ou i] être...
LADIIETTE.
Je ne l'ai pas vu.
HUCTTA.
Comment? tu es cependant princesse d'Ey»
UtlHETTE. .
Vous ne connaissez pas l'usage de ces cours prince, le baron Ciimm, son secrétaire intim inatin.
Je comprends. On ■ placé ta froide main dans la main du vassal inaolcnt, décoré des pouvoirs du maître; la royale procuration, sanctionnée par l'officieux cJiapelain de Son Ëicel-' Icace, a réuni aux yeux du monde deux êtres inccnnusl'un à l'autre. Je suis au fait de ces ccrëmonies. Et toi , ton cœur, la léte , ta vie , marchaudés par entremetteurs , tout a été vendu au plus otTrant', une couronne de reine t'a faite esclave pour jamais; et cepeudant ton flancé, enseveli dans les délices d'une cour, attend nonchalamment que sa nouvdie éponse...
LMKETte.
11 arrive ce soir à Venise,
RMETTA.
Ce soir? Ah vraiment! voilà encore une imprudence de m'en avertir.
LIDRETTE.
Non, RazeLta,je ne puis croire que (u veuilles ma perle; je sais qui tu es et quelle réputation tu i'es bite par des ac- . lions qui auraient dû m'éloigner de toi. Comment j'en suis venue à l'aimer, à le permettre de m'aimer moi-même , c'est ce dont je ne suis pas capable de rendre compte. Que de (bis j'ai redouté ton caractère violent , excité par une vie de désordres qui seule aurait dû m'averlir de mou danger 1 — Hais Ion «sur est bon.
BAZETTl.
Tti le trompes ; je ne suis pas un lâche , et voilï tout. Je ne fais pas te mal pour le bien ; mais , par le ciel ! je sais rendre le mal pour le mal. Quoique bien jeune, Laurette, j'ai trop conau ce qu'on est convenu d'appeler la vie , pour n'avoir pas trouvé au fond de cette mer le mépris de ce qu'on aperi^it A sa aur&ce. Sois bien convaincue que rien ne peut m'ar-
Que Ieras-tu7
RUEm.
Ce n'est pas du moins mon talent de spadassin qui doit i'eUnyer ici. J'ai affaire è un ennemi dont le soug n'esl pas fait pour mon ép^.
LtUBETTE.
^b bien donc?...
Une t'importe? c'est à moi de m'oocuper de loi. Je vois dea flambeaui traverser la plerie; ou t'attend,
Je ne quitterai pu ca balcon que lu ne m'aies promis de ne rien tenter contre loi, ni contre...
Ni contre lui?
UDRETTE.
Contre cette Laurette que tu Ait avoir aimée , et dont tu veux la perte. Ahl Raielta, ne m'aceablei pas; votre colère me bit frémir. Je vous supplie de me donner votre parole de ne rien tenter.
KÀZETti.
Je vous promets qu'il n'y aura pas de sang.
UDRETTE.
Que TOUS ne ferci rien; que vous attendre!... que vous lâcherez de m'oublier, de...
RAEETTl.
Je fais un éohangei permettez-moi de vous suivre.
De me suivre , i mon Dieu 1
■AZETTA.
 ce prii , je consens è tout.
LlUBETTE.
On vient... Il faut que je me reUre .. An n jurex-vous?
BlZEITl.
Ai-je aussi votre parole? alors vous avez h
Bazetta , je m'en fie à votre cœur ; l'amour d'une femme a pu y trouver place, le respect de cette femme l'y trouvera. Adieu ! adieu! Ne voulez-vous donc pas de cette croix?
Oh! ma vie! ^''tervK.
n r«FO<l la croix; ttle m relire.
IUZETT\, WUl.
Ainsi je l'ai perdue. — Raietta, il fut nn temps où cette gondole , éclairée d'un falot de mille couleurs, ne portait snr celte roér indolente que le plus insouciant de ses llls. ha
832 LA NUd VÉNITIENNE,
plaisirs des jeunes ^ds, la passion furieuse il u jeu l'absor' baieat; tu étais gai, libre, heureux ; on le disait, du nioÎDS ; l'iDconstance , celle sœur de la folie , était mallresse de tes actions ; qnitler une femme le coAtait quelques larmes ; en être quitté te coAtait un sourire. Où en es-tu arrivé?
Mer profonde, heureusement il t'est facile d'éteindre un« étincelle. Pauvre petite croix , qui avais sans doute élé placée dans une fSte , nu pour un jour de uaissauce, sur le sein tranquille d'uu enfant ; qu'un vieux père avait accompagnée de sa bénédiction ; qui , au chevet d'un lit, avait veillé dans le silence des nuits sur l'innocence; sur qui, peut-être, une bouche adorée se posa plus d'une fois pendant la prière du soir; tu ne resteras pas longtemps entre mes mains.
La belle part de ta destinée est accomplie; je t'emporte, et les pécheurs de cette rive te trouveront rouillée sur mon
Laurettel Laurettel Ab ! je me sens plus .lâche qu'une femme. Mon désespoir me tue; il faut que je pleure.
Or entend le «en d'une ij/mphonte «ur l'eau, tint gondole chargée de femmet et de muHiAen* poète.
CNE von OB PEHME.
Gageons que c'est Razetta.
C'est lui , sous les (énétres de ta belle Lauretle.