‹ Comédies et proverbesChapitre 235 sur 304 · J1C«0EUNE · texte numérisé non relu

J1C«0EUNE

Kh I mon Dieu , j'ai bien entendu. Me prenez-vous pour

33îoo|c

une brute, de me rebattre ainsi la tête? C'est une fatigue qui n'est pas supportable.

MtITHE AKDRÉ.

A quoi tient-il que tous ne répondiez ? JACQDELINE , pleurant.

Se^neur mon Dieu, que je euie malheureuse I qu'est-ce que je vais devenir? Je le vois bien, vous avez résolu ma mort; vous ferez de moi ce qui tous plaira; vous êtes homme, el je suis femme; la force est de voire côté. Je suis résigoëe ; je m'y attendais; vous saisissez Je premier prétexte pour justifier votre violence. Je n'ai plus qu'à partir d'Ici ; je m'en irai avec ma 6lle , dans un couvent, dans un désert, s'il est possible; j'y emporterai avec moi, j'y ensevelirai dans mon cœur le souvenir du temps qui n'est plus.

HIITRE AN DUE.

Ha femme, ma femme 1 pour l'amour de Qicu et des sainte, est-ce que vous vous moquez de moi?

IkCQVEUttE.

Ah çà , tout de bon , maitre André , est-ce sërieui ce que

Si ce que je dis est sérieux? Jour de Dieu! la patience m'écbappe , et je ne sais à quoi il tient que je ne vous mène en

JlCQVEUTiE.

Vous, en justice?

Hoi , en juslicc; il y a de quoi faire damner un homme , d'avoir affaire à une telle mule; je n'avais jamais oui dire qu'on pût être aussi entêté.

JAceutLlNE, sautant à boa du lit.

Vous avez vu un homme entrer par la fenêtre? l'avex-vous

Je ne l'ai pas vu de mes yeux.

JACQUEUNE.

Vous ne l'avez pas vu de vos yeux, et voi en justice?

HIITRE ANKBÉ.

Oui , par le ciel I si lons-ne répondez.

lACQUEUNE.

Savez'Vous uae chose , mailre André , | a appris de la Gieone? Quand ua mari t garde pour lui les mauTais propos, et qui fait, il n'a que faire de la consulter. Qua ' on les lève ; quand on manque de preuves . on ne peut pas démontrer qu'on a raison venez; sortons d'ici.

MAITHE ANORÉ.

C'est donc ainsi que vous le prenez?

ilCQUELINE.

Oui , c'est ainsii marchez , je vous suis.

MIITHE AN DUE.

Et où veui'tu que j'aille à cette heure \

JACQUELINE

Eu justice.

MAITRE ANDKË.

Hais, Jacqueline...

JACQUELINE

Uarehez, marchez; quand on menace ,

MAITHE AtiDRÉ.

Allom , Toyons , calme-loi un peu.

JACQUELINE

Non ; TOUS voulei me mener en justice , copw.

HAITRB ANBBÉ.

Que diras-tu pour la défense 1 dis-le-moi

JACQUELINE

Non , je ne veux rien dire ici.

MAITRE ANDBÉ.

JACQUELTHE.

Parce que je veui aller en justice.

MAITRE ANDBÉ.

Vous êtes capable de me rendre fou , el je rêve. Ëlernel Dieu, créateur du monde une maladie. Comment? quoi? cela esl po mon lit ; je dormais , et je prends les mun lait de toute mon âme. Landry, mon clerc ,

Bn« , qui de sa vie n'a médit de peTHOUDe , le plus candide garçon du monde, qni veuaîl de passer la nuit A copier un inventaire, voit entrer un homme par la fenêtre; il me le dit, je prends ma robe Ac. chambre , je viens vous trouver en ami , je voua demande pour toute grSce de m'eipliquer ce que cela signifie , et vous me dites des injures! vous me traitez de furieui , jusqu'à vous élancer du lit et k me saisira la gorge! . Non , cela pasae toute idée; je serai hors d'état pour huit jours de faire une addition qui ait le sens commun. Jacqueline , ma petite femme! c'est vous qui me traitez ainsi!

Allez, al1e7, vous êtes un pauvre homme.

Haisealln,ma chère petite, qu'est-ce que cela te fait de me répoudre? Crois-tu que je puisse penser que tu me tromjœs réellement? HélasI mon Dieu, un mot le suffit Pourquoi ne veui-tu pas le dire? C'était peut-être quelque voleur qui en glissait par notre fenêtre; ce qûartier-ci n'est pas des plus sArs , et nous ferions bien d'en changer. Tous ces soldats me déplaisent fort , ma toute belle , mou bijou chéri. Quand nous allons à ta premcnade, au spectacle, au bal, et jusque che« nous , ces gens-là ne nous quittent pas ; je ne saurais te dirs un mot de près sans me heurter à leurs épaukltes , et saus qu'un grand sabre crochu ne s'«ml>arraeee dans mes jambes. Qui sait ti leur imperlincno? ne pourrait aller jusqu'à escalader nos fenêtres? Tu n'en sais rien , je le vois bien; ce n'est pas toi qui les encourages; ces vilaines gens sont capables de tout. Allons , voyons , donne la main ; estce que tu m'en veux , Jacqueline?

JACQUELINE

Assurément , je vous en >eui. Me menarer d'aller en justieel Lorsque ma mère le saura , elle vous fera bon visage I

Eh ! mon enfant , ne le lui dis pas. A quoi bon faire part aui antres de nos petites brouillevies? (^ sont quelques légers nuages qui passent un instant dans le ciel , pour le laisser plus tranquille et plus pur.

lACQUEUNË.

A la bonne heure, touchez là.

NAITRE iNDRE.

Est-ce que je De sais pas que tu m'aimes' I pas en loi la plus aveugle ronfiaiice? Est-o i ans lu ne m'aa pas doiiLio toutes les preu' ' tu es toute à moi, Jacqueline? Cette fenêtr dry, ne Jaune paa tout k fait dans ta cham i le péristyle , un va par là au polager-, je d< : que notre voisin , maître Pierre , ne vint bi i espaliers; va, va, je ferai mettre notre ja ; sentinelle, et le piège k loup dans l'allée; n tous les deux.

- JACQUELINE

Je tombe de fatigue, et vous m'avez é> ; propos.

Recouche-loi, ma chère pelilc; je m'en ici. Allons, adieu , n'y pensons plus. Tu le ' < je ne fais pas la moindre recherche dans toi n'ai pas ouvert une armoire; je t'en crois ■ semble que je t'en aime cent fois plus de ti A tort et de te savoir innocente. TantAl je ré nous irons en campagne etjo te ferai uneadu jo te reverrai.

/Ifort.

JaequtHnt, seule, ouvre une o\ çoit, accnmpi , ie capilaine CLAVABOCHE, lortant de l'armi Ouf!

JAC(>VELINE.

Vite, sortez I mon mari est jaloux; on vOu i-econnu; vous ae pouvez pas revenir ici. Ce là dedans?

A merveille.

JACQDEI.INE.

Nous n'avons pas de temps h perdre; qu'; Il faut nous voir , et échapper k Ions tes prendre? le jardinier y sera ce soir; je ne su femme ia ehambre; d'aller ailleurs , impu!

à jour dans une petite ïille. Vous êtescouTert de poussière, <;t il me semble que vous boitez.

J'ai le genou et la télé brisés. La poignée de mon sabre m'est entrée dans les cdtes. Pouah ! c'est à croire que je sors d'uu mouliu.

JAUJUELINE.

Brûlez mes lettres en rentrant chez vous. Si oa les trouvait, je serais perdue, ma mère me mettrait au Miuvent. Landry, un clerc , vou$ a tu passer, il me le payera. Que faire? quel moyen? répondez ! vous êtes pâle comme la mort.

i'avais une position fausse, quand vous a\ex pouasé le battant, eu sorte que Je me suis trouvé, une heure durant, comme une curiosité d'histoire naturelle dans on bocal d'espril-de-vin.

JACQUELINE

Eh bien ! voyonsi que feroas-nous?

Bon ! il n'y a rien de si lacile.

Mais encore?

Je n'entais rien; mais rien n'est plus aisé. M'en croyeivous à ma première alTaire? Je suis rompu; donnez-moi uu verre d'eau.

IICQVELIKE-

Je crois que le meilleur parti serait de nous voir à la ferme.

CLAVAHOCUE.

Que ces maris , quand ils s'éveillent, sont d'incommodes animaux I Voilà un uniforme dans un joli état, et je serai beau b la parade t

ItboU.

Avez-vous une brosse ici? \je diable m'emporte , avec cette poussière, il m'a fallu un courage d'enfer pour m'empêcher d'éternuer.

lACQDELINE.

Voilà ma toilette , prenez ce qu'il tous faut. CLiVABOCBE , te brotMMt la tâtê.

A quoi bon aller à la ferme? Voire mari esl, i tout prendre,

Page 1