ACTE II, SCËNE II
LOKBCZO.
SaDB doute; ce que tous dites là est parfoilemenl irai, et paifailement faux, comme tout au monde.
TEBiLDEO FBEccu, t'uppnehanî de Valori.
Abl monseigneur, qu'il est doux de voir un homme tel que Votre Ëminence parler ainsi de la tolérance e( de l'enthou- BÎasroe sacré I Pardonuei à un citoyen obscur , qui brûle de ce feu divin , de vous remercier de ce peu de paroles que je viens d'eotendre. Trouver sur les lèvres d'un honoéle homme ce qu'on a aoi-mfme dans le cœur , c'est le plus grand des bonheurs qu'on poisse dteirer.
VILOU.
N'étes-VODS pas le petit Freccia?
TEBALDEO
Mes ouvrages ont peu de mérite; je sais mieux aimer les Bris que je ne sais les eiereer. Ha jeunesse tout entière s'est passée dans les églises. Il me semble que je ue puis admirer ailleurs Raphaël et notre divin Buonarotti. Je demeure alors durant des journées devant leurs ouvrages, dans une extase sans ^ale Le chant de l'orgue me révèle leur pensée, et me bit pénétrer dans leur âme ; je regarde les persopnages de leurs tableaux si saintement agenouillés , et j'écoule , comme si les cantiques du chœur sortaient de leurs bouches eatr'ouvertes ; des boutTées d'encens aromaUque passent entre eux et moi dans une vapeur légère ; je crois y voir la gloire de l'artiste; c'est aussi une triste et douce fumée, et qui ne serait qu'un parfum stérile, si elle ne montait à Dieu.
VALOBI.
Vous êtes un vrai cœur d'artiste ; venes à mon palais , et ayez quelque chose sous votre manteau quand vous y viendrez. Je veux que vous travailliez pour moi.
TEBUOEO.
C'est trop d'houneur que me fait Votre Ëminence. Je suis
un desservant bien humble de la sainte religion de la peinture.
louenzo.
Pourquoi remettre vos offres de service? Vons avei , il me semble , un cadre dans les mains.
TEBALDEO
Il est vrai; mais je n'ose le montrer à de si grands connaisseurs. C'est une esquisse bien pauvre d'un rêve magnifique.
,»,lc
VoiMbil^s le porifail de yog rêve»? Je ferai poser pour vous quelques-uns d«B miens.
l'EHlLDEO.
Béalisn- de* réres, voilA U vie dn p«inlre. Les plus grands ont représenU les leurs dans toute leur force , et sans 7 rien channer. Leur imaginatioD était un arbre plein de ié</e; les bourgeons s'y métamorphosaient sans peine en fleurs , et les fleuraen fruits; bientôt ces fruits mûrissaient iuu soleil bienfaisant, et quand ils étaient mûrs , ils se détachaient d'euxmêmes et tombaient sur la lerre sans perdre un seul grain de leur poussière Tirginale. Hélas ! les rêves des artistes médiocres sont des plantes dirHcilcsâ nourrir, et qu'on arrose de tannes bien améres pour les faire bien peu prospérer.
Il montre Ion labUau.
Sans compliment, cela est beau ; non pas du premier mérite, il est vrbi : pourquoi flatterais^e un homnte qui ne se UaMe pas lui-mtme I Hais votre barbe n'est pas poussée , jeune bomme.
Est-ce an paysage ou un portrait? De quel cdié &nt-il le regarder, en long ou en lai^?
TEBILDEO.
Votre seigneurie se rit de moi. C'est la vue du Campo
LORENEO.
Combien y a-t-il d'ici à rimmortalité?
ViXORI.
Il est mal à vous de plaisanter cet enfant. Voyei comme ses grands jeux s'attristent â chacune de vos paroles.
TESALnEO.
L'immortalité, c'est la foi. Ceux à qui Dien adonné des ailes y arrivent en souriant.
VILOM.
Tu paries comme nn élevé de Raphaël.
TGBILDEO.
Seigneur, c'était mon msitre. Ce que j'ai appris vient de lui.
LORBJZO.
Viens diez moi; je le ferai peindre la Hanaflrra toute nue.